PREFACE
cistes libéraux, c'est ergoter ou manquer de franchise. Jamais, ô Révolution, un mot de blasphème n*est tombé de ma bouche -sur tes défenseurs consciencieux et dé* Youés, qu'ils appartinssent d-ailleurs à la Gironde ou à la Montagne. Si, en racontant leurs divisions fatales, j'at dû rétablir, sur bien des points,, la vérité altérée on méconnue, j'ai, du moins, reconcilié dans la tombe cm glorieux patriotes qui tous ont voulu la patrie honoréev heureuse, libre et forte. Adversaire décidé, pius que personne peut-être, de tous tes moyens de rigueur^ J^ me suis dit que ce n'était pas à nous, ûis des hommes de la Révolution, héritiers des moissons arrosées de leur sang, à apprécier trop sévèrement les mesures terribles que, dans leui' bonne foi farouche^ ils ont jugées indi^ pensables pour sauver des entreprises de tant d'ennemis la jeune Révolution assaillie de toutes parts. 11 est assu"rément fort commode, à plus d'un demi-siècle dies événements, la plume à la main, et assi« da'&s un bon fauteuil^ de se couvrir majestueusement la face ti'un masque d'indulgence, de se signer aiiseul mot de Terreur; mais quand on n'a pas traversé la tourmente^ quand on n'a pas été m^é aux enivrements de la lutte> quand on n'a pas respiré l'odeur de la poudre, peut-on répondre de ce que l'on aurait été soi-même, si l'om s'était trouvé au milieu de la fournaise ardente, si Toii avait figuré dans la bataille? Il faut donc se montrer au moins d'une.exciessive réserve en jugeant les acteurs de ce drame • formidable ; c'est ce que comprennent et admettent tous les hommes' de bonne foi et d'intelli» gence^ quelles que soient d'ailleurs leurs opinions. »
Il y a vingtrsept ans que j'écrivais ces lignes, et elles Bont aujourd'hui plus vraies que jamais.
4l PRÉFACE
• Sans doute il y a eu dans la Révolution des sévérités inouïes et de déplorables excès. Mais que sont ces sévérités et ces excès, surtout si Ton considère les circon&tances effroyables au milieu desquelles ils se sont produits, comparés aux horreurs commises au temps de la monarchie? Que sont, sans compter les massacres de la Saint-Barthélémy, les exécutions de 1793 et de 1794 auprès des cruautés sans nom qui ont déshonoré le règne de Louis XIV avant et après la révocation de Tédit de Tuantes? Et nous-mêmes, avons-nous donc été si tendres, pour nous montrer d'une telle rigueur dans nos jugements sur les grands lutteurs de la Révolution? N'avonsr nous pas vu fusiller de nos jours, après le combat, froidement, indistinctement, au hasard, des milliers et des milliers de malheureux? Un peu plus de réserve conviendrait donc, surtout de la part de gens chez qui ces immolations impitoyables n'ont pas soulevé beau- .'coup d'indignation.
- Ah I combien M. Guizot appréciait plus sainement les choses, quand il écrivait à propos de la Révolution d'Angleterre et de la nôtre : « Qu'on cesse donc de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans Thistoire de TËurope; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales inventions, elles ont poussé la civilisation dans la route qu'elle suit depuis quatorze siècles...
« Je ne pense pas qu'on s'obstine longtemps à les condamner absolument parce qu'elles sont chargées d'erreurs, de malheurs et de crimes : il faut en ceci tout accorder à leurs adversaires, les surpasser même en sévérité, ne regarder à leurs accusations que pour y ajouter, s'ils en oublient, et puis les sommer de dresser