FIÈRE ATTITUDE DE ROBESPIERRE
n'est donc pas question de me demander que je blanchisse tel ou tel. J'ai fait mon devoir, c'est aux autres de faire le leur ».
Couthon expliqua comment, en demandant Tenvoî du discours à toutes les communes, il avait voulu que la Convention en fît juge la République entière. Mais c'était là ce qu'à tout prix les conjurés, tenaient à empêcher. Ils savaient bien qu'entre eux et Robespierre l'opinion de la France ne pouvait être un moment douteuse.
Bentabole et Charlier insistent pour le renvoi aux comités. « Quoi »! s'écria Maximilien, « j'aurai eu le courage de venir déposer dans le sein de la Convention des vérités que je crois nécessaires au salut de la patrie, et Ton renverrait mon discours à l'examen des membres que j'accuse » I On murmure à ces paroles, c Quand on se vante d'avoir le courage de la vertu, il faut avoir celui de la vérité », riposte Charlier; et les applaudissements de retentir.
L'apostrophe de Charlier indique suffisamment la faute capitale commise ici par Robespierre. Ce n'était pas à lui, ont prétendu quelques écrivains, de formuler son accusation; il n'avait qu'à indiquer aux comités la faction qu'il combattait, les abus et les excès dont elle s'était rendue coupable, et il appartenait à ces comités de prendre telles mesures qu'ils auraient jugées nécessaires. C'est là, à notre avis, une grande erreur ; et telle était aussi l'opinion de Saint-Just à cet égard, puisqu'il a écrit dans son discours du 9 Thermidor : « Le membre qui a parlé longtemps hier à cette tribune ne me paraît point avoir assez nettement distingué ceux qu'il inculpait x>. Le mystère dont Maximilien eut le tort d'envelopper son accusation servit merveilleusement les conjurés. Grâce aux insinuations perfides répandues par eux, un doute efiFroyable planait sur l'Assemblée. Plus d'un membre se crut menacé, auquel il n'avait jamais songé. Quelle difiFérence s'il avait résolument nommé les cinq ou six coquins dont le châtiment eût été un
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hommage rendu à la morale et à la justice! L'immense majorité de la Convention se fût ralliée à Robespierre; am lui eussent déûnitivemcnt triomphé, je n'en doute pas, la liberté et la Hépublique. Au lieu de cela, il persista dans ses réticences, et tout fut perdu.
Amar et Thirion insistèrent, à leur tour, pour le renvoi aux comités, en faveur desquels étaient toutes les présomptions, suivant Thirion, montagnard aveuglé qui, plus d'uoe fois, plus tard, dut regretter la légèreté avec laquelle il agit en cette circonstance. Barère, sentant chanceler la fortune de Robespierre, jugea prudent de prononcer quelques paroles équivoques qui lui permissent, à un moment donné, de se tourner contre lut. Ënûn TAssemblée, après avoir entenda Bréard en faveur des comités, rapporta son décret et, par une ironie sanglante, renvoya le discours de Robespierre h Texamen d'une partie de ceux-là mêmes contre lesquels il était dirigé (*j. Ce n'était pas encore pour les conjurés on triomphe définitif, mais leur audace s'en accrut dans des proportions extrêmes ; ils virent qu'il ne leur serait pas impossible d'entraîner cette masse incertaine des députés du centre, dont quelques paroles de Cambon avaient si subitement modifié les idées. Jamais, depuis, Tillustre et sévère Cambon ne cessa de gémir sur l'influence fâcheuse exercée par lui dans celte séance mémorable. Proscrit sous la Restauration, après s'être tenu stoïquement à l'écart tant qu'avaient duré les splendeurs du régime impérial, il disait alors : « Nous avons tué la République au 9 Thermidor, en croyant ne tuer que Robespierre I Je servis, à mon insu, les passions de quelques scélérats I Que n'ai-je péri, ce jour la avec eux ! la liberté vivrait encore » (^) ! Combien d'autres
(1) Voyez, pour cette séance du 8 thermidor, le Moniteur du 11 (29 juillet 479i). Avons-nous besoin de dire que le compte-rendu de cette feuille, fait après coup, eût été tout autre si Robespierre Tavail emporté?
(2) Paroles rapportées à M. Lîiurent (de l'Ardèche) par un ami de Cambon, (Voy. la Réfutation de l'Histoire de France de l'abbé