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considération de cette motion. Ce discours, objecta-l-il, pouvait contenir des erreurs comme des vérités, et il en demanda le renvoi à l'examen des deux comités. Mais, répondit Barére, qui sentait le vent souffler du côté de MaximiJien, <i dans un pays libre la lumière ne doit pas être mise sous le boisseau ». C'était à la Convention d'iilrc juge elle-môme, et il insista pour l'impression. Vint ensuite Couthon. Demander le renvoi du discours h l'examen des comités, c'était, selon ce tendre ami de Maximilien, faire outrage k la Convention nationale, bien capable de sentir et de juger par elle-niéme. Non seulement il fallait imprimer ce discours, mais encore l'envoyer à toutes les communes de la République, a6n que la France entière sût qu'il était ici des hommes ayant le courage de dire la vérité. Lui aussi, il dénor(;a les calomnies dirigées depuis quelque temps contre les plus vieux serviteurs de la Révolulion ; il se lit gloire d'avoirparlé contre quelques hommes immoraux indignes de siéger dans la Convention, et il s'écria en terminant: H Si je croy.iis avoir contribué à la perte d'un seul innocent, je m'immolerais moi-même de douleur )>. Ce cri, sorti de la bouche d'un homme de bien, acheva d'entraîner l'Assemblée. L'impression du discours, l'envoi à toutes les communes furent décrétés d'enthousiasme. On put croire à un triomphe définitif.
A ce moment le vieux Vadier parut à la tribune. D'un ton patelin, le rusé compère commenta par se plaindre d'avoir entendu Robespierre traiter de farce ridicule l'affaire de Catherine Théot, dont lui Vadier, on s'en souvient, avait été le rapporteur. Se sentant écouté, il prit courage et s'efforça de justifier le comité de Sûreté générale des inculpations dont il avait été l'objet. On l'avait accusé d'avoir persécuté des patriotes, et sur les huit cents affaires déjà jugées par les commissions populaires, de concert avec les deux comités, les patriotes, prétendit Vadier, s'é,<KiwX trouvés dans Ja proportion d'un sur qvva.V.te-Nwi^'i- ^^'*'
i<ïi TliERMIDOB
Robespierre ne s*était pas seulement plaint des persécutioos exercées contre les patriotes ; il avait aussi reproché à quelques-uns de ses collègues d'avoir porté la Terreur dans toutes les conditions, érigé en crimes des erreurs ou des préjugés afin de trouver partout des coupables, et voilà eommcnt, sur un si grand nombre d'accusés^ les commissions populaires, de concert avec les comités, dont s'était séparé Maximilien, avaient rencontré si peu d'innocents. Du reste, il n'y eut de la part de Vadier nulle récrimination contre Robespierre.
Cambon, qui prit ensuite la parole, se montra beaucoup plus agressif. Il avait sur le cœur une accusation peut-être un peu légèrement tombée de la bouche de Maximilien. •f Avant d'être déshonoré, je parlerai à la France » , s'écria-l^l. et il défendit avec une extrême vivacité ses opérations financières, et surtout le dernier décret sur les rentes, auquel on reprochait d'avoir jeté la désolation parmi les petits rentiers, des nécessiteux, des vieillards pour la plupart (').
'') M. Mit'holot, qui est bien forcé «l'avouer avec nous que la Répul)li(|U(^ a «H»' engloutie dans le guet-apens de Thermidor, mais dont la d<*i»l()ral)l(^ j»artialité contre Robespierre ne se dément pas jusqu'au flénoùuK'nl, a travesti de la façon la plus ri»licule et la plus odieuse ce qu'il app<?lle le discours accusateur de Robespierre, à qui il ne peut pardonner son atUique contre Cambon. (Voy. t. Vil, liv. XXI, ch. III. ifais les opérations de Cambon ne paiiirent pas funestes à Robespieri'e seulement, puis(|ue après Thermidor elles furent, à di veines reprises, l'objet des i)lus sérieuses critiques, et qu'à cause d'elles leur auteur se trouva gravtîmenl inculpé. M. Michelet a-t-il oublié ce passage de la Dénonciation «le Lecointre : ». Cambon disait à haute voix, en présence du public et de notre collégut» Garnier (de l'Aube) : Voulezvous faire face à vos affaires? guillotinez. Voulez-vous payer les dépenses immenses de vos (juatorze armées? guillotinez. Voulez-vous payer les estropiés, les mutilés, tous ceux qui sont en droit de vous demander? guillotinez. Voulez-vous amortir les dettes incalculables que vous avez ? guillotinez, guillotinez, et puis guillotinez. » (p. 195.) — Assurément je n'attache pas grande importance aux accusations «ie Lecointre ; mais on voit que les reproches de Maximilien à Cambon sont bien pâles à côté de ceux que le grand financier de la Révolution eut à subir de la part des hommes auxquels il eut le tort de s'allier. Avant de se monti-er si iiyuste, si passionné, si cruel, si ingrat envei-s
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Puis, prenant à partie Robespierre, il l'accusa de paralyser à lui tout seul la volonté de la Convention nationale. Cette inculpation contre un représentant qui, depuis six semaines, n'avait pas paru à la tribune de l'Assemblée, était puérile ; et Robespierre répondit avec raison qu'une telle accusation lui paraisssit aussi inintelligible qu'extraordinaire. Comment aurait-il été en son pouvoir de paralyser la volonté de la Convention, et surtout en fait de finances, matière dont il ne s'était jamais mêlé? Seulement, ajouta-t-il, « par des considérations générales sur les principes, j'ai cru apercevoir que les idées de Cambon en finances ne sont pas aussi favorables au succès de la Révolution qu'il le pense. Voilà mon opinion; j'ai osé la dire; je ne crois pas que ce soit un crime t . Et tout en déclarant qu'il n'attaquait point les intentions de Cambon, il persista à soutenir que le décret sur les rentes avait eu pour résultat de désoler une foule de citoyens pauvres.
Quoi qu'il en soit, l'intervention de Cambon dans le débat modifia singulièrement la face des choses. Les connaissances spéciales de ce représentant, ses remarquables rapports sur les questions financières, l'achèvement^du grand-livre, dont la conception lui appartenait, lui avaient attiré une juste considération et donné sur ses collègues une certaine influence. Des applaudissementsvenaient môme d'accueillir ses paroles. C'était comme un encouragement aux conjurés. Ils sortirent de leur abattement, et Billaud-Varenne s'élança impétueusement à la tribune. A son avis, il était indispensable d'examiner très scrupuleusement un discours dans lequel le comité était inculpé. — Ce n'est pas le comité en masse que j'attaque, objecta Robespierre ; et il demanda à l'Assemblée la permission d'expliquer sa pensée. Alors un grand nombre de membres se levant simultanément :
ilobespieire, M. Michelet aurait bien dû se rappeler que son héros, Cambon, manifesta tout le reste de sa vie l'amer regret d'avoir moralement coopéré au crime de Thermidor.
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« Nous le demandons tous > . Sentant la Convention ébnnlée, Billaud- Varenno reprit la parole. Mais au lieu de répoodre aux nombreux ^riofs dont Robespierre s'était faitrécho. il balbutia quelques explications; puis, s'enveloppant daos le manteau de Brutus, il s'écria que Robespierre avait raison, qu'il fallait arracher le masque sur quelque visa^ qu'il se trouvât : f S'il est vrai que nous ne jouissions paî de la liberté des opinions, j'aime mieux que mon cadanv serve de trône h un ambitieux que de devenir, par mot) silence, le complice de ses forfaits ». Après cette superbe déclaration, il réclama le renvoi du discours à Texamendes deux comités. C'était demander à la Convention de $e déjuger.
A Billaud-Varenne succéda Panis, un de ces représentant mous et indécis î\ qui les conjurés avaient fait accroire ([u'ils étaient sur la prétendue liste de proscription dressée [Yav Maximilien. Cet ancien membre du comité de surveillance delà Commune de Paris somma tout d'abord Couthon de s'expliquer sur les six membres qu'il poursuivait. Ensuite il raconta qu'un homme l'avait abordé aux Jacobins et lui avait dit: « Vous ôtes de la première fournéOc.. votre tête est demandée ; la liste a été faite par Robespierre. » Après quoi il invita ce dernier à s'expliquer à son égard et sur le compte deFouché. Touchante sollicitude pour un misérable! Quelques applaudissements ayant éclaté aux dernières paroles de Panis: « Mon opinion est indépendante», répondit fièrement Robespierre ; « on ne retirera jamais de moi une rétractation qui n*est pas dans mon cœur. En jetant mon bouclier, je me suis présenté î\ découvert à mes ennemis; je n*ai flatté personne, je ne crains personne ; je n'ai calomnié personne. — « Et Fouché » ? répéta Panis, comme Orgon eût dit : Et Tartufe? — <i Fouché 1 reprit Maximilien d'un ton méprisant, je ne veux pas m'en occuper actuellement... je n'écoute que mon devoir ; je ne veux ni l'appui ni l'amitié de personne, je ne cherche point à me faire un parti ; il