SÉANCE DU 8 THERMIDOR AUX JACOBINS
Convention. Les factieux craignent d'être dévoilés en présence du peuple. Mais je les remercie de s'être signalés d'une manière aussi prononcée et de m'àvoir mieux fait connaître mes ennemis et ceux de ma patrie ». Après quoi, il lut son discours qu'accueillirent un enthousiasme sans bornes et des applaudissements prolongés. Quand il e|ut achevé sa lecture, il ajouta, dit la tradition : « Ce discours que vous venez d'entendre est mon testament de mort. Je l'ai vu aujourd'hui, la ligue des méchants est tellement forte que je ne puis espérer de lui échapper. Je succombe sans regret ; je vous laisse ma mémoire ; elle vous sera chère et vous la défendrez. »
On prétend encore que, comme à ce moment ses amis s'élevaient avec vivacité contre un tel découragement et s'écriaient en tumulte que l'heure d'un nouveau 31 'mai avait sonné, il aurait dit : « Eh bien I séparez les méchants des hommes faibles ; délivrez la Convention des scélérats, qui l'oppriment ; rendez lui le service qu'elle attend de vous comme au 31 mai et au 2 juin ». Mais cela est tout à fait inadmissible. L'idée d'exercer une pression illégale sur la Représentation nationale n'entra jamais dans son esprit. Nous avons montré combien étranger il était resté aux manifestations populaires qui, au 31 mai et au 2 juin de l'année précédente, avaient précipité la chute des Girondins, et l'on a vu tout à l'heure avec quelle énergie et quelle indignation il s'était élevé deux jours auparavant contre ceux qui parlaient de recourir à un 31 mai; bientôt on l'entendra infliger un démenti sanglant à CoUot-d'Herbois, quand celui-ci l'accusera implicitement d'avoir poussé les esprits à la révolte. Si la moindre allusion à un nouveau 31 mai fût sortie de sa bouche dans cette soirée du 8 thermidor, est-ce qu'on ne se serait pas empressé le lendemain d'en faire un texte d'accusation contre lui ? Est-ce que la réponse de Billaud-Varenne, où il est rendu compte de la séance des Jacobins, n'en aurait pas contenu mention ?
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Non, Hobespierre, disons-le à son étemel honneur, ne songea pas un seul instant à en appeler à la force. Daos rétat d'enthousiasme et d'exaspération où la lecture de sod discours avait porté Timmense majorité des patriotes,! n'avait qu'un signal à donner, et c*en étf-.itfait de ses ennemis ; la Convention, épurée de par la volonté populaire, se fût avec empressement ralliée à lui, et il n'eût pas suo combé le lendemain, victime de son respect pour le droit et pour la légalité.
t< Custodiatur t'gitur mea vita reipuàlieœ. Protégez dooe ma vie pour la République "», aurait-il pu dire avec Gicéron (*) ; et cette exclamation eût suffi, je n'en doute pas, pour remuer tout le peuple de Paris. Il ne voulut pas la pousser. Mais que, cédant à un sentiment de mélancolie bien naturel, il se soit écrié : « S'il faut succomber, eh bien î mes amis, vous me verrez boire la ciguë avec calme», cela est certain. Non moins authentique est le cri de David: « Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi » 1 Et en prononçant ces paroles d'une voix émue, le peintre immortel se jeta dans les bras de Maximilien et l'embrassa comme un frère (-). Le lendemain, il est vrai, on ne le vit pas se ranger parmi les hommes héroïques qui demandèrent à partager le sort du Juste immolé. Averti par Barère du résultat probable de la journée (^), il s'abstint de paraître à la Convention. On l'entendit même, dans un moment de déplorable faiblesse, renier son ami et s'excuser d'une amitié qui l'honorait, en disant qu'il ne pouvait concevoir jusqu'à quel point ce malheureux l'avait trompé par ses vertus hypocrites (*).
(*; XII» Philippique.
(*; Voyez à cet égard la déclaration de Goupillcau (de Fontenav dans la séance du 43 thermidor au soir (31 juillet 179i). David nia avoir embrassé Robespierre; mais il avoua qu'il lui dit en effet : k Si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. » (Vov. lo Moniteur du 15 lluimidor de l'an II [2 août 1794 î.)
(3) Mémoire de Barère,
{*) Séance du 12 thermidor (3C) juillet 17iH) Moniteur du 15.