DAVID ET MAXIMILIEN
- L'artiste efiFrayé s'exprimait ainsi sous la menace de
- réchafaud. Mais ce ne fût là qu'une faiblesse momentanée, qu'une heure d'égarement et d'oubli. Jamais le culte de
^ Maximilien ne s'effaça de son cœur. Très peu de temps
. après le 9 thermidor, David s'exprimait en ces termes
devant ses deux fils : « On vous dira que Robespierre était
un scélérat; on vous le peindra sous les couleurs les plus
odieuses : n'en croyez rien. Il viendra un jour où l'histoire
5". lui rendra une éclatante justice (*). » Plus tard, pendant
t£^ son exil, se trouvant un soir au Uiéàtre de Bruxelles, il fut
^ abordé par un Anglais qui lui demanda la permission de
lui serrer la main.
Le grand peintre se montra très flatté de cette marque d'admiration, qu'il crut tout d'abord due à la notoriété dont il jouissait, à son génie d'artiste; et, entre autres choses, il demanda à l'étranger s'il aimait les arts. — L'Anglais lui répondit : « Ce n'est pas à cause de votre talent que je désire vous serrer la main, mais bien parce que vous avez été l'ami de Robespierre. — Ah ! s'écria alors David, ce sera pour celui-là comme pour Jésus- Christ, on lui élèvera des autels (^). » Jusqu'à la fin de sa vie l'illustre artiste persista dans les mêmes sentiments. Il revenait souvent sur ce sujet, comme s'il eût senti le besoin de protester contre un moment d'erreur qu'il se reprochait, a dit un de ses biographes. Peu de jours avant sa mort, l'aîné de ses fils, Jules David, Téminent helléniste, lui dit : « Eh bien 1 mon père, trente ans sont écoulés depuis le 9 thermidor, et la mémoire de Robespierre est toujours maudite. — Je vous le répète,
(*) Biographie de David, dans le Dictionnaire encyclopédique de Philippe Le Bas.
(2) David a souvent raconté lui-même cette anecdote à Tun de ses élèves les plus aimés, M. de Lafontaine, mort au mois de décembre 1860, à l'âge de quatre-vingt-sept ans; elle m*a été transmise par M. Campardon, archiviste aux Archives nationales, et,. si je ne me trompe, proche parent de M. deLafontaine.
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répondit le peintre, c'était un yeKueux citoyen. Le jour de la justice n'est pas encore venu ; mais, soyez en certains, il viendra ('). » Est-il beaucoup d*homines à quide semblables témoignages puissent être rendus ?
L'émotion ressentie par David aux Jacobins fut partagée par toute l'assistance. Billaud-Yarenne et Gollot-d^Herbois essayèrent en vain de se faire entendre, on refusa de les écouter. Depuis longtemps ils ne s'étaient guère montréi aux Jacobins; leur présence au club ce soir-là parut étrange et suspecte. Conspués, poursuivis d'imprécation^ ils se virent contraints de se retirer, et dès ce moment ik ne songèrent plus qu'à se venger (').
Le silence se rétablit un instant à la voix de Gouthon, dont la parole ardente et indignée causa une fermentation extraordinaire. Deux députés soupçonnés d'appartenir à la conjuration, Dubarran et Duval, furent ignominieusement chassés. Quelques hommes de tête et de cœur, l'agent national Payan, Dumas, Prosper Sijas, Goffînbal, patriotes intègres, qui lièrent volontairement leur destinée à celle de Maximilien, auraient voulu profiter de Tenthousiasme général pour frapper un grand coup. Ils pressèrent Robespierre d'agir, assure-t-on, de se porter sur les comités ; Robespierre demeura inflexible dans sa résolution de ne pas enfreindre la légalité. Il lui suffisait^ pensait-il, de l'appui moral de la société pour résister victorieusement à ses ennemis. Dernière illusion d'un cœur flétri pourtant déjà par la triste expérience de la méchanceté des hommes.
Au lieu de s'entendre, de se concerter avec quelques amis pour la journée du lendemain, il se retira tranquil-
(*) Biographie de David, uhi suprà.
(*) Nous avons dit les regrets, les remords de Billaud-Varenne d'avoir agi de colère. Quelques instants avant cette scène, CoUotd'Herbois s'était, dit-on, jeté aux genoux de Robespierre et Tavait conjuré de se réconcilier avec les comités. Mais c'est là une assertion qui ne repose sur aucune donnée certaine.