CAUSE DU SUCCÈS DE LA FACTION
Saint- André et Prieur (de la Marne), tous deux membres du comité de Salut public, sur les côtes de TOcéan, etc. Si ces représentants intègres et tout dévoués à Tidée républicaine se fussent trouvés à Paris, jamais une poignée de scélérats, ne seraient venus à bout d'abattre les plus fermes appuis de la démocratie.
Au moment où Robespierre quitta, pour n'y plus rentrer, la maison de son hôte, cette pauvre et chère maison où, depuis quatre ans, il avait vécu avec la simplicité du sage, entouré d'amour et de respect, Duplay ne put s'empêcher de lui parler avec beaucoup de sollicitude, et il l'engagea vivement à prendre quelques précautions contre les dangers au-devant desquels il courait. « La masse de la Convention est pure; rassure-toi; je n'ai rien à craindre », répondit Maximilien (*). Déplorable confiance, qui le livra sans défense à ses ennemis I On s'attendait bien dans Paris à un effroyable orage parlementaire, mais c'était tout ; et il y avait si peu d'entente entre Robespierre et ceux dont le concours lui était assuré d'avance, que le général de la garde nationale, Hanriot, s'en était allé tranquillement déjeuner au faubourg Saint- Antoine chez un de ses parents,
Gomme d'habitude, la séance du 9 Thermidor commença par la lecture de la correspondance. Cette lecture à peine achevée, Saint-Just, qui attendait au bas de la tribune, demanda la parole. Collot d'Herbois occupait le fauteuil. Pour cette séance, nous devons prévenir le lecteur, ainsi que nous l'avons fait pour les séances de la Convention et des Jacobins de la veille, qu'il n'existe pas d'autres renseignements que ceux qu'il a plu aux vainqueurs de fournir eux-mêmes. Comme les historiens
(^) Détail transmis à MM. Bûchez et Roux^ par Buonaroti qui le ten-ait de Duplay lui-même. (Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 3).
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qui nous ont devancé, nous sommes réduit ici à écrire d'après des documents longuement médités et arrangés pour les besoins de leur cause par les Thermidoriens eux-mêmes (*).
« Je ne suis d*aucune faction, je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité, et feront ployer sans retour l'orgueil humain sous le joug des libertés publiques ». Ces paroles ne sont assurément ni d'un triumvir ni d'un aspirant à la dictature ; c'était le début du discours de Saint-Juàt. Dès les premiers mots, le jeune orateur fut interrompu par Tallien. Il fallait empêcher à tout prix la lumière de se produire; car si Saint -Just avait pu aller jusqu'au bout, nul doute que la Convention, éclairée et cédant à la force de la vérité, n'eût écrasé la conjuration. En effet, de quoi se plaignait Saint-Just ? De ce que dans les quatre dernières décades, c'est-à-dire durant l'époque où il avait été commis le plus d'actes oppressifs et arbitraires, l'autorité du comité de Salut public avait été en réalité exercée par quelques-uns de ses membres seulement ; et ces ■ membres étaient Billaud-Varenne, GoUot d'Herbois, Barère et Garnot. Toute délibération du comité ne portant point la signature de six de ses membres devait être, selon Saint-Just, considérée comme un acte de tyrannie. Et c'était lui et ses amis que la calomnie accusait d'aspirer à la dictature I La conclusion de son discours consistait dans le projet de décret suivant : « La Convention nationale décrète que les institutions qui
\}) 11 A a deux vci-sions, quasi officielles, de la séance du 9 Iherinidor, celle du Moniteur et le projet de procès-verbal do Charles Duval, imprimé par ordre de la Convention. Charles Duval était de la conjuration. On peut juger par là si son procès-verbal est bien digne de loi. Nous ne parlons pas de la version donnée par le Journal des Débats et des Décrets de la Convention. C'est presque absolument hi mèm(» que celle du Moniteur.
seront incessamment rédigées présenteront les moyens que le gouvernement, sans rien perdre de son ressort révolutionnaire, ne puisse tendre à Tarbitraire, favoriser Tambition et opprimer ou usurper la Convention nationale (*).
En interrompant Saint-Just, Tallien eut Timpudence de dire que, comme lui, il n'était d'aucune faction; on entendit ce misérable déclarer qu'il n'appartenait qu'à lui-même et à la liberté, et il n'était que le jouet de ses passions, auxquelles il avait indignement sacrifié et sa dignité de représentant du peuple et les intérêts du pays. Il demanda hypocritement que le voile fût tout à fait déchiré, à l'heure même où ses complices et lui se disposaient à étrangler la vérité. La bande accueillit ses paroles par une triple salve d'applaudissements. Mais ce personnage méprisé de Robespierre, qui même avant l'ouverture de la Convention nationale avait deviné ses bas instincts, n'était pas de taille à entraîner l'Assemblée (^). Billaud-Varenne l'interrompit violemment à son tour, et s'élança à la tribune en demandant la parole pour une motion d'ordre.
A ce moment, assure-t-on, Barère dit à son collègue : « N'attaque que Robespierre, laisse là Couthon et Saint- Just » ('); comme si attaquer le premier, ce n'était pas en
(*) Voyez, pour plus de détails sur le discoui's de Saint-Just, notre Histoire de Saint-Just^ t. II, liv. V, ch. VII, édition Méline et Cans.
{^^) On sait ce qu'il advint de Tallien. Nous avons dit plus haut comment, après avoir été l'un des coryphées de la réaction thermidorienne, il suivit le général Bonaparte en Egypte, où il demeura assez longtemps, chargé de l'administration des domaines. Tout le monde connaît l'histoire de ses disgrâces conjugales. Sous la Restauration, il obtint une ptMision de deux mille francs sur la cassette royale, qui, dit avec raison un biographe de Tallien, devait bien ce secoui's à l'auteur de la révolution du 9 Thermidor. Tallien était bien digne d'être célébré par Courtois. (Voyez les louanges que lui a décernées ce député dans son rapport sur les événements du 9 Thermidor (p. 39).
(•*) Comtois, dans son second rapport j). îft)), donne en note ce
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môme temps attaquer les deux autres, comme si ceux-ci n'étaient pas résolus (l*avance à partager la destinée du grand citoyen dont ils partageaient toutes les conyictions. Egaré par la colère, Billaud n'écoute rien. Il se plaint amèrement des menaces qui, la veille au soir, avaient retenti contre certains représentants au club des Jacobins, où, dit-il, on avait manifesté l'intention d'égorger la Convention nationale. C'était un mensonge odieux, mais n'importe ! il fallait bien exaspérer l'Assemblée. Du doigt, il désigne sur le sommet de la Montagne un citoyen qui s'était fait remarquer par sa vébémence au sein de la société. « Arrôtez-le! arrétez-Ie » ! crie-t-on de toutes parts, et le malbeureux est poussé dehors au milieu des plus vifs applaudissements.
A Saint- Just il reproche... quoi? de n'avoir point soumis au comité le discours dont ce député avait commencé la lecture, et il en revient à son thème favori : le prétendo projet d'égorgement de la Convention. Le Bas, indigné, veut répondre ; on le rappelle à l'ordre! Il insiste, on le menace de l'Abbaye (*). Billaud reprend, et, durant dix minutes, se perd en des divagations calomnieuses qui pèseront éternellement sur sa mémoire. Il ose accuser Robespierre, la probité môme, de s'être opposé à l'arrestation d'un secréraire du comité de Salut public accusé d'un vol de 114,000 livres {Mouvement d'indignation de la part de tous les fripons de l'Assemblée) (^). Il l'accuse d'avoir protégé Hanriot, dénoncé dans le temps par le tribunal révolutionnaire comme un complice d'Hébert ; d'avoir placé à la tête de la force armée des conspirateurs et des nobles, le général La Valette, entre autres, dont Robespierre avait pris la défense jadis, et qui, à sa recomman-
dôlail comme le tenîint du représentant Espert, député de TAriége à la (ilonvention.
(^) Procùs-verbal de Charles Duval, f>. 5 et Moniteur du 11 thermidor (29 juillet 4794).
('^) Monileuv du 11 thermidor (29 juillet 1794).
dation, était entré dans Tétat-major de la garde nationale de Paris.
Maximilien ne croyait pas qu'on dût proscrire les nobles par cela môme qu'ils étaient nobles, s'ils n'avaient, d'ailleurs, rien commis de repréhensible contre les lois révolunaires 1 Quel crime ! On tuera La Valette comme noble et comme protégé de Robespierre. Maximilien, prétendait Billaud, ne trouvait pas dans toute la Convention vingt représentants dignes d'être investis de missions dans les départements. Encore un moyen ingénieux de passionner l'Assemblée. Et la Convention de frémir d'borreur ! A droite, à gauche, au centre, l'hypocrisie commence de prendre des proportions colossales. Si Robespierre s'était éloigné du comité, c'était, au dire de son accusateur, parce qu'il y avait trouvé de la résistance au moment où seul il avait voulu faire rendre le décret du 22 prairial. Mensonge odieux habilement propagé. La loi de prairial, nous l'avons surabondamment prouvé, eut l'assentiment des deux comités, et si Robespierre, découragé, cessa un jour de prendre réellement part à la direction des affaires, ce fut précisément à cause de l'horrible usage qu'en dépit de sa volonté ses collègues des deux comités crurent devoir faire de celte loi.
« Nous mourrons tous avec honneur », s'écrie ensuite Billaud-Varenne ; « je ne crois pas qu'il y ait ici un seul représentant qui voulût exister sous un tyran ». Non, non I périssent les tyrans I répondent ceux surtout qu'on devait voir plus tard, trente ans durant, se coucher à plat ventre devant toutes les tyrannies. Dérision I Quel tyran que celui qui, depuis, quarante jours, s'était abstenu d'exercer la moindre influence sur les affaires du gouvernement, et à qui il n'était même pas permis d'ouvrir la bouche pour repousser d'un mot les abominables calomnies vomies contre lui par des royalistes déguisés, des bandits fieffés et quelques patriotes fourvoyés. Gon^MVxvaxvV %^\î^ \fesi^^-
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toire, Billaud reproche à Maximilien d'avoir fait arrêter le meilleur coiuilé révolutionnaire de Paris, celui de la seclion de VIndivmbilité. Or, nous avons raconté cette histoire plus haut. Ce comité révolutionnaire, le meilleur de Paris, avait, par des excès de tous genres, jeté l'épouvante dans la section de Y Indivisibilité ; et voilà pourquoi, d'après Tavisde Robespierre, on en avait ordonné l'arrestation ('). Billaud-Varenne termine enfin sa diatribe par un trait tout î\ l'avantage de Robespierre, trait déjà cité, et dont les partisans de Danton n'ont pas assez tenu compte à Maximilien. Laissons-le parler : f La première fois que je dénonçai Danton au comité, Robespierreselevacomme un furieux, en disant qu'il voyait mes intentions, que je voulais perdreles meilleurs patriotes » (*). Billaud ne soupçonnait donc guère que certains députés songeassent à venger Danton en proscrivant Robespierre.
Maximilien, qui jusqu'alors était resté muet, monte précipitamment à la tribune. On ne le laisse point parler. A bas le tyran! à bas le tyran ! hurle la troupe des conjurés. Encouragé par la tournure que prenaient les choses, Tallien remonte à la tribune au milieu des applaudissements de ses complices. On Tentend déclarer, en vrai saltimbanque qu'il était, qu'il s'est armé d'un poignard — le poignard de Thérézia Cabarrus, selon les chroniqueurs galants — pour percer le sein du nouveau Cromwell, au cas où l'Assemblée n'aurait pas le courage de le décréter d'accusation. Ah ! si Robespierre eût été Cromwell, comme Tallien se serait empressé de fléchir les genoux devant lui! On n'a pas oublié ses lettres h Couthon et à Maximihen,
(*) Voy. plus haut l'affaire du comité révolutionnaire de la section de l'Indivisibilité.
(2) Moniteur du 11 thermidor (29 juillet 1794).
témoignage immortel de sa bassesse et de sa lâcheté. Il cherche à ménager à la fois les exagérés de la Montagne et les timides de la droite en se défendant d'être modéré d'une part, et, de l'autre, en réclamant protection pour rinnocence. 11 ose, lui, le cynique proconsul dont le faste criminel avait indigné les patriotes de Bordeaux, accuser Robespierre d'être servi par « des hommes crapuleux et perdus de débauche », et la Convention indignée ne lui ferme point la bouche (^)! Loin de là, elle vote, sur la proposition de cet indigne historion,rarrestatiori d'Hanriot et de son état-major, et elle se déclare en permanence jusqu'à ce que le glaive de la loi ait assuré la Révolution.
Le branle était donné. Billaud-Varenne réclame à son tour surtout Tarreslation du général Boulanger, auquel il reproche d'avoir été l'ami de Danton (*), celle de Dumas, coupable d'avoir la veille, aux Jacobins, traité GoUot-d'Herbois de conspirateur, celle de La Vallette et celle du général Dufraisse, dénoncés jadis l'un et l'autre par Bourdon (de l'Oise) et défendus par Maximilien. L'Assemblée vote en aveugle et sans discussion la triple arrestation (^). Il est
(^) Moniteur du 11 thermidor (29 juillet 1794). Charles Duval se contente de dire dans son procès-verbal que Tallien compara Robespierre à Catilina , et ceux dont il s'était erftouré à Verres. (P. 9.) — La veille même du 9 Thermidor, un de ces Montagnards imprudents qui laissèrent si lâchement sacrifier les plus pure républicains, le représentant Chazaud, député de la Charente, écrivait à Couthon : « Un collègue de trois ans, qui te chérit et qui t'aime, et qui se glorifie de ne s'être pas écarté une minute du sentier que tes talens, ton courage et tes vertus ont tracé dans la carrière politique, désireroit épancher dans ton âme une amertume cruelle... » Lettre inédite en date du 8 thermidor (de la collection Portiez (de l'Oise).
('^) Le général Boulanger fut également accusé par Billaud-Varenne d'avoir été u conspirateur avec Hébert », en sorte que ce fut surtout comme Hébertiste et Dantoniste qu'il fut décrété d'arrestation. {Moniteur du 11 thermidor.) Bien que n'ayant joué aucun rôle le 9 Thermidor, il n'en ûit pas moins mis hors la loi et guillotiné le 11, sans autre forme de procès, avec les membres de la commune.
(3) Projet de procès-verbal de Charles Duval (p. 9). Plus heureux
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impossible qu'Hanriot ne se soit pas entouré de suspects, fait observer Del mas, et il demande et obtient Tarrestation en masse des iidjudants et aides-de-camp de ce général. Sont également décrétés d'arrestation, sans autre forme de procès, Prospcr Sijas et Vilain dWubigny, ce dantoniste si souvent persécuté déjà par Bourdon (de l'Oise), dont la satisfaction dut être au comble. C'était du délire et du délire sanglant, car Téchafaud était au bout de ces décrets rendus contre tous ces innocents.
Robespierre s'épuise en efforts pour réclamer en leur faveur; mais la Convention semble avoir perdu toute notion du juste et de l'injuste. A bas le tyran! à bas le tyrani %'émt le chœur des conjurés. Et chaque fois que, profitant d'une minute d'apaisement, Maximilien prononce une parole: A bas le tyran ! à bas le tyran ! répète comme un lugubre refrain la cohue sinistre.
Cependant Barère paraît à la tribuue et prononce un discours d'une modération étonnante, à côté des scènes qui venaient de se dérouler (^). Robespierre y est à peine nommé. Il y est dit seulement que les comités s'occuperont de réfuter avec soin les faits mis la veille à leur charge par Maximilien. En attendant, que propose Barère k l'Assemblée? D'adresser une proclamation au peuple français, d'abolir dans la garde nationale tout grade supérieur à celui de chef de légion et de confier à tour de rôle le commandement à chaque chef de légion, enfin de charger le maire de Paris, l'agent national et le commandant de service de veiller à la sûreté de la Représentation nationale. Ainsi, à cette heure, on ne suppose' pas que Fleuriot-Lescot et Payan prendront parti pour un homme contre une Assemblée tout entière; mais cet homme représentait la République, la démocratie, et de
que La Valette, cet autre protégé de Robespierre, le général Dufraisse échappa à Téchafaud. et put encore servir glorieusement la France. (') On a (lit que Barère était arrivé à la Convention avec deux dis-
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purs et sincères patriotes comme le maire et Tagent national de la commune de Paris ne pouvaient hésiter un instant.
Quant à la proclamation au peuple français « il y était surtout question du gouvernement révolutionnaire, objet de la haine des ennemis de la France et attaqué jusque dans le sein de la Convention nationale. De Robespierre pas un mot ('). Barère avait parlé au nom de la majorité de ses collègues, et la modération de ses paroles prouve combien peu les comités à cette heure se croyaient certains de la victoire.
Mais tant de ménagements ne convenaient guère aux membres les plus compromis. Le vieux Yadier bondit comme un furieux à la tribune. IJ commence par faire un crime à Maximilien d*avoir pris ouvertement la défende de Chabot, de Bazire, de Camille Desmoulins et de Danton, et de ne les avoir abandonnés qu*en s*apercevant que ses liaisons avec eux pouvaient le compromettre.
Puis, après s'être vanté, à son tour, d'avoir, le premier, démasqué Danton, il se flatte de faire connaître également Robespierre, et de le convaincre de tyrannie, non par des phrases, mais par des faits (*). Il revient encore sur l'arrestation du comité révolutionnaire de la section de Ylndivisibilitéy le plus pur de Paris^ on sait comment. Cet infatigable pourvoyeur de Téchafaud, qui s*entendait si bien à recommander les victimes à son cher Fouquier- Tinville, recommence ses plaisanteries de la veille au sujet de TafTaire de Catherine Théot» et, comme pris de la
cours dans sa poche. Barère n'avait pas besoin de cela. Merveilleux improvisateur, il était également prêt à parier pour ou contre, selon révénement. La manière dont il s'exprima prouve, du reste, qu'il était loin de s'attendre, au commencement de cette séance, à une issue fatale pour le collègue dont Tavant-veille encore il avait, à la face de la République, célébré le patriotisme.
(^) Voyez cette proclamation dans le Moniteur du 11 thermidor (29 juiUet 1794).
(2) Procès-verbal de Charles Duval, p. 15.
nostalgie du sang, il impute à crime à Maximilien dVoir couvert de sa protection les illuminés et souétrait à li guillotine son ex-collègue dom Gerle et la malheureuse Catherine ('). Il se plaint ensuite de Tespionnage organisé eontre certains députés (les Pouché, les Bourdon (de rOise), les Tallien), comme si cela avait été du fait particulier de Robespierre, et il prétend que, pour sa part, on avait attaché à ses pas le citoyen Taschereau, qui se montrait pour lui d*une complaisance rare, et qui, sachant par cœur les discours de Robespierre, les lui récitait sans cesse (*).
Ennuyé de ce bavardage, Tallien demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point, a Je saurai bien Ty ramener », 8*écrie Robespierre. Mais la horde recommence ses cris sauvages et Fempèche d'articuler une parole.
Tallien a libre carrière^ et la seule base de Taccusation de tyrannie dirigée contre Robespierre, c'est aussi, de son propre aveu, le discours prononcé par Maximilien dans la dernière séance; il ne trouve qu'un seul fait à articuler à sa charge, c'est toujours rarrestation du fameux comité révolutionnaire de la section de Vlndivisi- Mlité, Seulement, Tallien Taccuse d'avoir calomnié les comités sauveurs de la patrie ; il insinue hypocritement que les actes d'oppression particuliers dont on s'était plaint avaient eu lieu pendant le temps où Robespierre avait été chargé d'administrer le bureau de police générale momentanément établi au comité de Salut public. — Le mandat d'arrêt de Thérézia Cabarrus, la maîtresse de Tallien, était parti de ce bureau. — « C'est faux, je... » interrompt Maximilien ; un tonnerre de murmures couvre sa voix.
Sans se déconcerter, toujours froid et calme, Robes-
(*) Procès-verbal de Charles Duval, p. 16, et Moniteur du 11 ther* midor (29 juillet 1794).
i?) Moniteur du 11 thermidor.
'AHOLE ÔTKE A nOBKSPieRBE
^*pi(i['re arr^le un momenL son regard sur les membres les plus ardenta de la Montagne, sur ceux dont il n'avait jamais suspecté les intentions, comme pour lire dans leurp pensées si en effet ils sont complices de l'abominable machination dont il se trouve victime. Les uns, saisis de remords ou de pitié, n'osent soutenir ce loyal regard et détournent la tête; les autres, égarés par un aveuglement fatal, demeurent immobiles. Lui, dominant le tumulte, et s'adressant à tous les eûtes de l'Assemblée (') : "C'est àvous, hommes purs, que je m'adresse, et non pas auK brigands... » Si en ce moment une voix, une seule voix d'honnéle homme, celle de Romme ou de Cambon, eût répondu à cet appel, on aurait vu la partie saine de la Convention se rallier à Robespierre; mais nul ne bouge, et lu bande, enhardie, recommence de plus belle son effroyable vacarme. Alors, cédant à un mouvement d'indignation; Robespierre s'écrie d'une voix tonnante : « Pour la dernière fois, président d'assagsins. je te demande la parole {')... Accorde-la-moi, ou décrète que lu veux m'assaasiner {'). » L'assassinat, telle devait être en effat la dernière raison thermidorienne.
(I) Et lion paa s lii draite suulemont, t'omme le prétend M. MicheiEl,, I. VU, p. 465. B La masse de la Convenlion est pure, elle m'entendra », avait ditBobespiei'feàDuplay au raoment de partir. Il ne pouvait s'attendre i élee abandonné de tout ce qui restait de membres de iIm Montagne A la Convenlion. Voyez, au surplus, le compte rendu àe cette séance dans VHàtoire parlementaire, I. XXXEV, p. 33.
(•) Hiilùire parlementaire, t. XXXIV, p. 33. — Le UnniletO' s*fÉl bien gardé de reproduire cette exclamation. Il m contente de dire que u Robespierre apoetropbe le préaident et l'Âssembtée dans les termes les plus injurieui ». {Moniteur du 11 thermidor.) — Le Mercure univenel, numéro du 10 thermidor, rapporte ainsi l'exclamation de Robespierre : i Voi;s n'accordex In parole qu'i iiwg wm sins... > M. Michelet, qui chevauche de fantaisie en fantaisie, mue montre Robespierre menaçant du poing le président. Si, en rCnit, Haximilien se fût laissé allei' à cet emportement de geste, les Tbts*midoriens n'eussent pas manqué de constater le fait dans leur MMUpte rendu, et ils n'en ont rien dit. M. Mîchelel écrit trop d'après sou IH^ puisable imagination,
(-^) Ces derniera mois ne se Irouveul pas Aaivs \o towL^te vœtA*
2U2 TU EH Ml no il
Au milieu des vociférations de la bande, Collot-d'Hei bois quille le fauteuil, où le remplace ThurioU A Mu milien e'épuisant en efforta pour obtenir la parole, le fuit magistrat impérial répond ironiquement : « Tu ne l'aur qu'à ton tour ■> : flétrissant à jamais sa mémoire par cet lâche, complicité dans le guel-apens de Thermidor.
Comme Robespierre, brisé par cette lutte inégal essayait encore, d'une voix qui s'éteignait, de se fai entendre: « Le sang de Danton t'élouffe» I lui cria un M» lagnard obscur, Garnier (de i'Aube), compatriote « l'ancien tribun des Gordellers. A cette apostrophe ins tendue, Maximilien, j'imagine, dut comprendre immense faute d'avoir abandonné celui que, tant de fois, avait couvert de sa protection. « C'est donc Danton qiji vous voulez venger? » dit-il ('), et il ajouta — répona écrasante! — n Lâches, pourquoi ne l'avez-vous | défendu » (^) ? C'eût été en effet dans la séance du H g minai que Garnier (de l'Aube) aurait du prendre la paroi en se dévouant alors à une amitié illustre; il se fut bonot par un acte de courage, au lieu de s'avilir par une léLchal inutile. On aurait tort de conclure de là que la mortd Danton fut une des causes efficientes du 9 Thermidoi les principaux amis du puissant révolutionnaire jouéreil dans celte journée un rôle tout à fait passif. Quant aii auteurs du guet-apens actuel, ils se souciaient s de venger celte grande victime que, plus d'un mois plu lard. Bourdon (de l'Oise), qui pourtant passe généra lement pour Dantoniste, et qui se vanta un jour, en plein
thurmidorieii. Nous les empruntons ù la iiaVratioLi li-ès détaillée <f.. nous a laÎEsce Levasseur (de la Sarlhe) des événcmenle de Themli^ (Mémoires, 1. 111, p. 146.) Levasseur, il eal vrai, étaiten ti " ' mais il a écrit d'après des renseignements précis, et si mérite d'être plus désintéressée que celle des s pîerre.
(') Histoire parlenienlcàre, vbi Buprà.
{*) Mémoires de Levaasaur, 1. lU, p. Ii7.