LES PROSCRITS A LA BARRE
Debout au pied de la tribune, Saint-Just, calme et dédaigneux, contemplait d'un œil stoïque le honteux spectacle offert par la Convention (*). Après Fréron, on entend Elie Lacoste, puis Gollot-d'Herbois. C'est à qui des deux mentira avec le plus d'impudence. Le dernier accuse ceux dont il est un des prescripteurs d'avoir songé à une nouvelle insurrection du 31 mai. « Il en a menti », s'écrie Robespierre d'une voix forte. Et TAssemblée de s'indigner, à la manière de Tartufe, comme si, l'avant-veille, le comité de Salut public n'avait point, par la bouche de Barère, hautement félicité Robespierre d'avoir flétri avec énergie toute tentative de violation de la Représentation nationale.
C'en est fait, Maximilien et son frère, Gouthon, Saint- Just et Le Bas sont décrétés d'accusation. A la barre, à la barre ! s'écrient, pressés d'en finir, un certain nombre de membres parmi lesquels on remarque le représentant Glauzel (^). Les huissiers, dit-on, osaient à peine exécuter les ordres du président tant, jusqu'alors, ils avaient été habitués à porter haut dans leur estime ces grands citoyens réduits aujourd'hui au rôle d'accusés. Les proscrits, du reste, ne songèrent pas à résister; ils se rendirent d'euxmêmes à la barre ; et, presque aussitôt, on vit, spectacle navrant ! sortir entre des gendarmes ces véritables fondateurs de la République. Il était alors quatre heures et demie environ.
Eux partis, Gollot-d'Herbois (continua tranquillement sa diatribe. L'unique grief invoqué par lui contre Maximilien fut — ne l'oublions pas, car l'aveu mérite assurément d'être recueilli, — son discours de la veille, c'est-
(1) C'est ce que Charles Duval a, dans son procès-verbal, appeh'? « avoir l'air d'un traître •, p. 2i.
(<) Député de l'Ariège à la Convention, Clauzel, après avoir affiché longtemps un républicanisme assez fervent, acceuilUt avec transport le coup d'Etat de Brumaire. Devenu membre du Corps législatif consulaire, il ne cessa de donner au pouvoir nouveau des gages de dévouement et de zèle. {Biographie universelle,)
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à-dire la plus éclatante justiûcaUon qui jamais soit tombée de la bouche d*un homme. Je me trompe : il lui reprocha encore de n*avoir pas eu assez d*amour et d'admiration pour la personne de Marat. Tout cela fort applaudi de la bande. On cria même beaucoup Vive k République/ les uns par dérision, les autres^ en petit nombre ceux-lÀ, dans l'innocence de leur cœur. Les malheureux, ils venaient de la tuer !
Cette longue et fatale séance de la Convention avait duré six heures ; elle fut suspendue à cinq heures et demie pour être reprise à sept heures ; mais d*ici là de grands événements allaient se passer.
Le comité de Salut public, réduit à Barère, Billaud- Varenne, Carnot, Gollot-d'Herbois, Robert Lindet et C-A. Prieur, comptait sur le concours des autorités constituées, notamment sur la Commune de Paris, le maire et Tagent national. La Convention, comme on Ta vu, avait chargé ces deux derniers de l'exécution des décrets rendus dans la journée. Mais, patriotes éclairés et intègres, auxquels, ai-je dit avec raison, on n*a jamais pu reprocher une bassesse ou une mauvaise action, Pleuriot-Lescot et Payan ne devaient pas hésiter à se déclarer contre les vainqueurs et à prendre parti pour les vaincus, qui représentaient à leurs yeux la cause de la patrie, de la liberté, de la démocratie. La Commune tout entière sui\it héroïquement leur exemple.
Victrix causa d'iis plagiât, sed vicia Catoni.
L'agent national reçut à cinq heures, par l'entremise du commissaire des administrations civiles, police et tribunaux, notification du décret d'arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just, de Couthon, Le Bas et autres (*).
(*) Dépêche signée d'Herraann et Lannes, son adjoint. (Pièce de la