ATTITUDE DES JACOBINS
de subir un instant le joug des conspirateurs. Il était alors sept heures (^).
La société décida ensuite, par un mouvement spontané, qu'elle ne cesserait de correspondre avec la Commune au moyen de députations et qu'elle ne se séparerait qu'après que les manœuvres des traîtres seraient complètement déjouées (*). Elle reçut, du reste, du conseil général luimême, l'invitation expresse de ne pas abandonner le lieu de ses séances {^), et l'énorme influence des Jacobins explique suilisamment. pourquoi la Commune jugea utile de les laisser agir en corps dans leur local ordinaire, au lieu de les appeler à elle. Le député Brival s'étant présenté, on le pria de rendre compte de la séance de la Convention. Il le fit rapidement. Le président lui demanda alors quelle avait été son opinion. Il répondit qu'il avait voté pour l'arrestation des deux Robespierre, de Saint- Just, de Couthon et de Le Bas. Aussitôt il se vit retirer sa carte de Jacobin et il quitta tranquillement la salle. Mais, sur une observation du représentant Chasles, et pour éviter de nouvelles divisions, la société rapporta presque immédiatement l'arrêté par lequel elle venait de rayer de la liste de ses membres le député Brival, à qui un commissaire fut chargé de rendre sa carte (*). Comme la Commune, elle déploya une infatigable énergie. Un certain nombre de ses membres se répandirent dans les assemblées section naires pour les encourager à la résistance, et, du rapport
(1) Extrait du procès- verbal, etc., p. 58.
(«) Ibid.
(3) Lettre signée Lescot-Fleuriot, Arthur, Legrand, Payan, Chatelet, Grenard, Coffinhal et Gibert, et citée en note dans le second rapport de Courtois, p. 51.
{*) Extrait du procès-verbal de la séance des Jacobins, cité en note dans le second rapport de Courtois, p. 59. Voyez du reste l'explication donnée par Brival lui-même à la Convention dans la séance du soir. Le Thermidorien Brival est ce député qui, après Thermidor, s'étonnait qu'on eût épargné les restes de la race impure des Capet. (Séance de la Convention.)
de ces commissaires, il résulte que, jusqu'à Theure de la catastrophe, la majorité des sections penchait pour la Commune. A deux heures et demie du matin, lasociétérecevait encore une députation du conseil général et cha^ gpait les citoyens Duplav, l'hôte de Maximilien, Gauthier, Koskenstroch , Didier, Faro, Dûment, Accart, Lefort, I^gardeet Yersenne, de reconduire cette députation et de s*unir à la Commune, afin de veiller avec elle au salutdeU chose publique (*). Mais déjà tout était fini ; il avait suffi de la balle d'un gendarme pour décider des destinées de la République.
Avec Robespierre finit la période glorieuse et utile des Jacobins. Maximilien tombé, ils tombèrent également, et, dans leur chute, ils entraînèrent les véritables principes de la démocratie, dont ils semblaient être les représentants et les défenseurs jurés. A cette grande école du patriotisme va succéder Técole des mauvaises mœurs, des débauches et de l'assassinat. Foin des- doctrines sévères de la Révolution ! Arrière les ennuyeux sermonneurs, les prêcheurs de liberté et d'égalité ! Il est temps de jouir. A nous les châteaux, à nous les courtisanes, a nous les belles émigrées dont les sourires ont fléchi nos cœurs de tigres I peuvent désormais s'écrier les sycophantes de Thermidor. Et tous de suivre à Tenvi le chœur joyeux de l'orgie lestement mené par Théréiia Gabarrus devenue M"« Tallien,et par Barras, tandis que, dans Tombre, à l'écart, gémissaient, accablés de remords, les démocrates imprudents qui n'avaient pas défendu Robespierre contre les coups des assassins.
Nous avons eu, en ces derniers temps, et nous avons aujourd'hui encore la douleur d'entendre insulter la
(*) Arrêté signé Vignier, président, et Gazalès, secrétaire. Pièce XXI, à la suite du second rapport de Courtois, p. 123. Pour avoir igiiort' tout cela, M. Michelet a tracé de la séance des Jacobins dans la journée du 9 Thermidor le tableau le plus faux qu'on puisse imaginer.