‹ Thermidor; drame historique en quatre actesChapitre 24 sur 36 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

liES MÊMES, MARTEAU, en sans-culotte : carmagnole, bonnet et gourdin, un dossier à la main, un brûle-gueule à la bouche.

Marteau, ll entre par le fond droite et ferme la porte après ôtre entré, descend à Labussière et attire son attention en le frappant amicalement d'un coup de gourdin sur le bras. — BonjOUr,

l'ahuri ! Toi, au moins, tu es à ton poste.

IjABUSSIÈRE, reprenant son air niais et son léger bégaiement

de la première scène. -^— Les autres sont à la séance.

Marteau aperçoit Martial accoudé à la cheminée, passe au-dessus de Labussière et lui frappe l'épaule avec le dossier qu'il tient à la nuin, en lui désignant Martial.

Labussière. — LTn de mes amis !

Marteau, regardant Martial immobile. — Et des amis de

Camot !... Je le connais. Il ferait mieux d'aller voir Robespierre travailler les côtes à son patron, (ii dépose

son gourdin sur le fauteuil et se retourne vers Labussière.) Tu as

les dossiers pour après-demain ?

Labussière, désignant le tas en remettant ses lunettes. —

Les voilà ! Et ça m'a donné une peine, c'est un tel fouillis... Dans tous ces tas !

Marteau, à gauche de la table, il Ole son bonnet qu'il pose sur le

fauteuil et s'essuie le front — On les éclaircira ! Les prisons sont trop pleines, nous allons les vider, (ii

retire sa pipe qu'il débourre avec une plume et dont il vide la cendre

sur la table.) Aujourd'hui, Fouquier a commandé sept charrettes ; à six têtes par voiture, ça en fait quarante-deux. I^a semaine prochaine, nous irons bien à la centaine. — Ne mêle pas ce dossier avec les autres et laisse-le sur le tas.

Il y pose le dossier qu'il vient d'apporter. Labussière, assis à droite, dans son fauteuil. — Qu'cst-

ce que c'est ?

IML^RTEAU, au-dessus de la table de face, se versant de la bière

dans le verre de Martial. — Un dossier supplémentaire pour aujourd'hui que Héron vient d'établir à la hâte... Et recommandé, celui-là ! Une particulière

qu'on vient d'arrêter... (Mouvement de Labussière et de Martial.)

et qui récemment a voulu l'assassiner !

Il surprend le mouvement et s'arrête au moment de boire.

Labussière, d'un ton indifférent — Ah ! Marteau, buvant. — Ça t'intéresse ?

Labussière, reprenant son air niais. — Moi ? Oh ! pas du tout !

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

Marteau (M. Laugier).

Marteau, ll bourre sa pipe et y pose l'amadou. — Héron

tient à ce qu'on lui fasse son affaire aujourd'hui. Demain : décadi, Féchafaud se repose ! Elle est à la Conciergerie, toute portée pour être à cinq heures dans la brouette nationale. Je te laisse tout cela

pour le moment. (Regardant l'heure à sa montre.) L' audience

du tribunal n'est qu'à trois heures, j'ai le temps

d'aller faire un tour a la séance, (il reprend son bonnet et son

gourdin.) Je serai ici dans trois quarts d'heure pour vérifier et expédier les dossiers a Fouquier avant la séance. Et tache que le compte y soit, ou le tien sera

vite réglé ! (II frappe le tas de dossiers de son gourdin.)

IiABUSSiÊRE. — On m'arrêtera ?...

Marteau, battant le briquet, sa canne sous le bras, et allumant

^ pip^ — Comptes-y ! Fouquier m'a dit hier : « Il m'ennuie, ce jocrisse-là ! Au premier dossier qui manque, il peut préparer le sien ! »

Labussiêre. — Mais ce n'est pas de ma faute. Il y en a des centaines là-dedans... et dans un désordre !...

Marteau, imitant le bégaiement de Labussière. — Arrange-

toi ! Tu es prévenu ! Et à tout à l'heure ! (ii ouvre la

porte de gauche d'un coup de gourdin et. à l'adresse de Martial :)

J'espère qu'on va en finir avec ces enragés de modérés ! (Il sort en grommelant par la gauche.)

Page 1