Scène VIII
Les mêmes, LUPIN luABussiÈRE. — Non !... Lupin !... Eh bien ?
Il court à lui.
Lupin, essoufflé, rapidement, au-dessus de la table. — Oh !
ça chauffe ! ça chauffe !
Martlal. — Ah !
Lupin. — Tallien a coupé la parole à Saint-Just et pris l'offensive !
Labussière l'attire au fauteuil où il le fait asseoir et se tient debout près de lui ; Martial vient s'asseoir sur le tabouret devant la table.
Lupin. — On se démène, on crie ! C'est effrayant !
Labussiêre. — Qui préside ?
Lupin. — Thuriot.
Labussiêre, anxieux. — Et la Montagne ?
Lupin. — Oh ! elle va bien, la Montagne ! Elle est lancée, la Montagne ! Elle a déjà crié : « A bas le tyran ! *
Labussiêre. — Bien !... Et la Plaine ?
Lupin. — Oh ! les crapauds du marais !... Impassibles !
Labussiêre. — Les. lâches !... Et les tribunes ?
Lupin. — Curieuses, les tribunes !... Ahuries de voir attaquer si ^^vement leur idole. Elles ne bronchent pas.
Labussiêre. — Et l'idole ?
Lupin. — Oh ! lui, il vocifère, les traite de lâches, de brigands. Il est vert-de-gris et, avec ça, enroué ! Fou de rage, trois fois il a tenté d'escalader la tribune en criant de sa voix aigre : « Je demande la parole ! » « Tu ne l'as pas ! » hurle Thuriot en agitant sa sonnette. Et Tallien de redoubler ses coups ! Robespierre se démène, s'égosille, sous les rumeurs croissantes et toujours la sonnette va son train, couvrant ses cris de chacal éperdu.
Labussiêre. — Bref ! Ton impression ? Le résultat ?
Lupin, se levant — Impossible à dire !... Tout dépend de la Plaine.
Martial se lève et repousse le tabouret sous la table, et remonte vers Labussiêre.
Labussiêre. — Qui parle en ce moment ? Lupin, remontant. — Tallien ! Sa deuxième charge à fond de train.
Labussiêre. — Dieu veuille que ce soit la bonne!...
Lupin, gagnant la porte. — Je repars ! (Ubussière le
suit) Ah ! c'est passionnant !
Labussiêre. — Tu reviendras ?
Lupin, se sauvant — Oui, oui... dès qu'il y aura du nouveau.