CHAP. III. — CARACTÈRES POSITIFS DES ÉLÉMENTS CHIMIQUES
des caractères positifs qui distinguent les corps simples de la Chimie présente des corps composés proprement dits. Cette étude montre qu'aucun corps simple actuel ne doit être réputé comparable auv corps composés, de l'ordre de ceux que nous connaissons aujourd'hui.
15. Ainsi, il y a entre les propriétés physiques des éléments et celles de leurs composés une opposition singulière et qui donne à rétléchir. Le contraste entre les chaleurs spécifiques des corps simples et celle des corps composés est d'autant plus important, que la notion môme de chaleur spécifique représente la traduction du travail moléculaire général, par lequel tous les corps sont maintenus en équilibre de température les uns avec les autres.
16. Cependant il ne faudrait pas tirer d'une telle opposition entre les caractères physiques et mécaniques de nos corps simi)les et ceux de nos corps composés des conclusions exagérées. Si nos corps simples n'ont pas été décomposés jusqu'ici, et s'ils ne paraissent pas devoir l'être par les forces qui sont aujourd'hui à la disposition des chimistes, et dont ils ont tant de fois épuisé l'action sur les éléments actuels; pourtant rien n'oblige à affirmer que ces mêmes corps simples soient indécomposables, suivant une autre manière que nos corps composés : par exemple, par les forces agissant dans les espaces célestes. Rien n'empêche non plus de supposer qu'une découverte, semblable à celle du courant vollaïque, permette aux chimistes de l'avenir de franchir les barrières qui nous ont arrêtés.
Il est même aujourd'hui plus d'un fait qui nous conduit, à cet égard, à des inductions nouvelles. Par exemple, l'existence des éléments gazeux dont la molécule est formée de i, 2, 3, 4, 6 atomes et la comparaison de leurs chaleurs spécifiques (p. 45) ; en particulier, le dédoublement constaté de la molécule des éléments halogènes vers i5oo° à 2000" (p. 4o), et les relations que ce dédoublement présente avec la variation d(»s chaleurs spécifiques; enfin, les inductions qui résultent de la variation constatée des chaleurs spécifiques de l'oxygène et de l'azote entre 2000° et 4ooo" (p. 84 et 44), laquelle permet d'entrevoir un dédoublement analogue.
Si nous réussissions par quelque voie à communiquer aux molécules de nos éléments actuels des mouvements suffisamment intenses, peut-être verrions-nous ces éléments à leur tour ramenés à un étal plus simple encore et peut-être varier cet état lui-même.
l68 PREMIÈRE PARTIE. — CHIMIE GÉNÉRALE.
Dans tous les cas, les relations que je viens d'établir définissent mieux les conditions du problème, et elles conduisent à penser que la décomposition de nos corps simples, si elle pouvait avoir réellement lieu, devrait être accomi)agnée par des pbénomènes d'un tout autre ordre que ceux qui ont déterminé jusqu'ici la destruction de nos corps composés.
17. L'identité fondamentale de la matière constitutive de nos éléments actuels et la possibilité de transmuter les uns dans les autres les corps réputés simples peuvent d'ailleurs être admises, à titre d'hypothèses plus ou moins vraisemblables, sans qu'il en résulte la nécessité d'une substance unique, réellement existante, et telle que nos corps simples actuels en représentent les états inégaux de condensation. C'est ici un point de vue d'une haute importance, et sur lequel je prends la liberté d'appeler l'attention ('). En effet, rien ne force à concevoir une décomposition finale, qui tende nécessairement à ramener nos éléments actuels, soit à des éléments plus simples, ajoutés les uns aux autres pour former ces éléments actuels; soit aux multiples d'une même unité pondérale élémentaire, telle que l'hydrogène. Les divers états d'équilibre sous lesquels se manifeste la matière fondamentale pourraient offrir entre eux certaines relations générales, analogues à celles qui existent entre les valeurs multiples d'une même fonction. Dans cette hypothèse, un corps simple pourrait être détruit, sans être décomposé au sens ordinaire du mot. Au moment de sa destruction, il se transformerait subitement en un ou plusieurs autres corps simples, identiques ou analogues à nos éléments: mais les équivalents des nouveaux éléments pourraient n'offrir aucune relation simple avec l'équivalent de l'élément qui les aurait produits par sa métamorphose : le poids absolu demeurerait seul invariable dans la suite des transformations.
Cette hypothèse d'une matière une, formée par les condensations diverses de la substance éthérée, et dès lors identique au fond, quoique multiforme en ses apparences, caractérisée dans chacune d'elles par un mode de mouvement particulier, telle enfin qu'aucune de ses manifestations ne puisse être définie d'une façon absolue comme le point de départ nécessaire de toutes les autres.
( ' ) Voir ma Leçon sur l'isomérie, professée devant la Société chimique de Paris, eu i863, p. 104. Chez Hachette.
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est peut-être la plus vraisemblable de toutes; elle s'accorde avec les vues philosophiques des anciens alchimistes, (pii avaient proclamé le principe : sv tô ttïv ('). Mais il ne convient pas de nous y arrêter plus lonjj; temps.
(') f'oir mon Ouvrage sur Les origines de l'Alchimie, [i. 287 et suiv.