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HISTORIQUE DE LA THERMOMÉTRIE CUTANÉE

La thermométrie cutanée est aussi ancienne que la médecine, car depuis la préhistoire de l'art de guérir, les praticiens essaient d'apprécier à la main, le degré de chaleur de la peau afin de ‘déceler un état fébrile général ou une inflammation locale.

Maïs an procédé d'examen ne devient scientifique que lorsque Ton peut mesurer le phénomène étudié ; il y a quelques siècles, 11 existait déjà les « thermoscopes » pour préciser la température de la peau. L'invention du thermomèëtre à mercure a été appliquée à la thermométrie cutanée à partir de 1814; elle a permis de multiplier les recherches, mais s’est heurtée à des difficultés liées à l’inertie de ces appareils et au refroidissement qu'ils déterminent au niveau de la peau.

La thermométrie cutanée seraït donc demeurée sans grandes applications si les progrès de la science n’avaient pas réalisé des thermomètres électriques, dont la lecture est presque instantanée et les perturbations thermiques négligeables au niveau du point exploré.

Des recherches à la fois plus rapides et plus exactes ont accumulé de nombreux documents dont nous résumerons l'essentiel au cours de cet exposé. |

Dans certains pays, ces tr avaux ont été particulièrement intéressants et l’on peut parler à ce point de vue des écoles française, allemande, danoise et américaine.

Jusqu'au xixe siècle, les études sont peu nombreuses et ‘eur exposé ne présente qu'un intérêt ‘historique. Cette première période s'étend jusqu'à la découverte du thermo-couple etîles ‘travaux de Claude Bernard (1852).

Æn ce qui concerne la découverte du ‘thermomètre, les ‘avis sont partagés, Trois noms sont surtout mentionnés : Galilei, Ÿ. Drebbél et Sanctorio.

D'après Lorain, les premières étades physiologiques ont été faites par Sanctorio (1561-1636) et Borelli (1608-1679). Au courant du xvue siècle Bonhave, Van Swieten insistent sur l'importance de ce nouveau moyen d'investigation, et c’est à de Haen (de Vienne) que revient le mérite d’avoir été le fondateur de la thermométrie médicale. En Angleterre, G. Martini (1740), Blagden et Dobson, Hunter, font des études physiologiques. La thermométrie, au point de vue physiologique, fait de grands progrès, mais son emploi, pour la pratique médicale, est encore limité.

Deux auteurs méritent d’être cités : Hunter (1775-1778) qui mesure l’augmentation de la température locale dans les inflammations locales et Curie J. (1789) qui étudie l’action des affu-

sions froides dansles maladies avec fièvre. Tandis que Gianini

(1805) pense qu'on exagère l'importance de la thermométrie, Récamier insiste auprès de ses élèves pour qu'ils examinent leurs malades typhiques «la montre et le thermomètre à la main».

La période 1835-1870 est divisée par Costa de Alvarenco (Lis- . bonne) dans son Précis de thermométrie clinique (1871) en deux parties : |

De 1835 à 1850, l’école française avec Bouillaud, Donne, Piorry, Bequerel et Brechet, Gavarret, Andral, Roger H., Monneret et Fleury, Routier, Girbal, fait de grands progrès en ce qui concerne la thermométrie en général. La célèbre expérience de Claude Bernard (1852) sur l'oreille du lapin découvre le rôle du système sympathique dans larégulation dela température cutanée.

Ces études sont reprises et continuées en Allemagne de 1850 à 1870. Les auteurs sont nombreux, ainsi nous ne citerons que les principaux : Nesef et H. Schmitz, Zimmermann, ‘Traube, V. Baerensprung, Liebermester et surtout Wunderlich, dont le traité est resté classique.

En Angleterre, on peut citer les travaux de Brodie sur les variations thermiques dans les affections nerveuses et les observations physiologiques de Davy (1839-1860) Simon (1860) Sidney- Ringer (1859-1866, d'Ogle (1866). À cette époque apparaît à New- York (1876) le traité de Séguin « Medical Thermometry and human temperature ».

En France, ces dernières vingt années, la thermométrie était un peu abandonnée. Les travaux publiés se font rares, mais vers 1870, l'étude de ia température cutanée fut reprise. Les essais pour appliquer cet examen à des différentes maladies sont-mul-

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tiples. Broca emploie la thermométrie locale pour faciliter le diagnostic différentiel entre hémorragie et ramollissement cérébral.

. L. Couty étudie par la même Hé le frisson et remarque que la différence de température entre la face palmaire de la main et le creux axillaire diminue au moment de l'accès du frisson. PR

Les études se multiplient concernant les variations de la température cutanée locale dans les maladies du système nerveux central ou périphérique. Blaise dans sa thèse, étudie les températures périphériques dans les cas de paralysie d’origine encéphalique, Broca, Gray, Maragliano E., Voisin et Lombard pu-

. blient des travaux par rapport à cette question.

En 1882, Sarda s'occupe des variations thermiques dans la tuberculose pulmonaire chronique. Sabatier étudie les maladies de cœur au point de vue thermométrique. Mosse A. insiste sur les troubles thermiques locaux qui surviennent dans la lithiase biliaire. Dubrac, élève de Peter, rapporte des observations sur les variations thermiques qui surviennent localement dans la colique hépatique. Peter lui-même, étudie les modifications de la température cutanée qu'il observe au cours dela tuberculose pulmonaire dans ses différentes phases. Vidal (d'Hyères) essaie de délimiter des cavernes pulmonaires par la thermométrie. Toute-

fois, les constatations de Peter ne sont pas retrouvées par Jobbe- Duval, Landrieux, Lerebouillet. Ilreste-peu des travaux àretenir &@e cette période. Les essais de thermo-palpation et de thermodiagnostic profond qui ont préoccupé tant d'auteurs nous paraissent actuellement comme dépourvus de bases. Nous savons que la température cutanée dépend avant tout de facteurs circulatoires et nerveux superficiels, mais qu’elle est peu influencée par la température des organes profonds (thorax, abdomen). Les discussions de cette période et les conclusions contradictoires qui la caractérise, nous paraissent dues à l'emploi des thermomèlres à liquide(mercure, alcool), que nous considérons comme des instruments très lents dont le contact peut modifier la tem-

pérature cutanée qu’il s’agit de mesurer.

Pendant latroisième période, on étudie les divers facteurs physiologiques locaux dont la connaissance préalable est indispensable à une bonne interprétation des états pathologiques. Les mesures sont faites avec des couples thermo-électriques ou des radiomètres à mercure. En France, Babinski insiste à plusieurs

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reprises sur les perturbations thermes consécutives aux maladies du système nerveux. Vigne H. utilise le thermomètre aw pronostic de plaie de guerre, chapitre qui, malheureusement aujourd’hui, a acquis de nouveau une importance considérable. Enfin, on ne saurait passer sous silence l’influence considérable des travaux de Leriche sur la sympathectomie, etson rapportavee la température cutanée. Malgré les travaux que nous venons de citer, l'étude de la température cutanéenne ne s’est pas développée. On doit à Saidman une reprise systématique des recherches qu'il a pu réaliser, grâce au dispositif qu’il a créé pour ses études. De 1926 jusqu’en 1932, il a utilisé un radiomètre, de façon à déterminer le rayonnement thermique de la peau. A cette période correspondent les publications qu’il a faites avec Guy Laroche et la thèse de leur élève Moscovici.

À partir de 1932, il emploie un dispositif RATS donnant la température cutanée par contact avec un couple thermo-électrique et un galvanomètre à lecture directe. Sous sa direction, plus de 150.000 mesures sont faites à Aix-les-Bains et plus de 100.000 à l'Institut d’Actinologie de Valauris. Divers facteurs physiologiques et pathologiques sont étudiés, un certain nombre de ces recherches sont encore inédites, et d’autres sont à mentionnef pour la première fois dans cet exposé. L'école scandinave a abordé un grand nombre de travaux, dont l'intérêt, surtout au point de vue chirurgical, est considérable. Ipsen s’est intéressé à la thermométrie cutanée à la suite des travaux de Leriche ; Foged continue les travaux d'Ipsen. Depuis Axthausen, Hohwu, Christiansen, Liedberg, Lamholt, Dabl, Kirk, etc... publient des résultats dans des différentes spécialités. Les travaux de Krogh sur la circulation sanguine et ses modifications sont universellement connus.

L'école allemande contemporaine est représentée en premier lieu par Rubner et ses élèves; Kisskalt, Gohet, Bramick, Buttner, Pfleiderer, Rumpel, qui étudient le problème au point de vue physiologique.

Claus et Bingel, Biach et Bauer, Mainone, étudient les affections neurologiques, Schelble, Mendelsohn publient des résultats sur la température cutanée des enfants. Mau Weisz étudient les modifications thermiques des arthropathies. Le rapport de la température cutanée et la fièvre est étudié par Fischer et d’autres.

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