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IV. PRONOSTIC ET TRAITEMENT

Si l’on voulait s’en tenir aux faits rapportés à la p. 60 de ce travail, et desquels il résulte que l’on a pu constater une augmentation de fibrine dans le sang par le

fait d’une exacerbation (le l’état morbide , une diminution correspondante par le fait de l’amendement des symptômes , enfin un accroissement nouveau s’il survient une rechute, il serait permis , jusqu’à un certain point , de répondre par l’affirmative à la question de savoir si la chimie a pu éclairer le pronostic des inflammations. Mais les faits de cette nature sont trop peu nombreux , trop mal éclaircis encore , enfin d’une application trop difficile dans la pratique , pour essayer r avec leur appui, de fonder, sur le cours probable d’une maladie inflammatoire, un pressentiment certain. Je n’accorderais, pour mon compte , aucune confiance à une donnée de cette espèce. Il n’est donc pas exact de dire que , jusqu’à ce moment, les chimistes aient pu nous renseigner avec exactitude sur le pronostic des inflammations.

En ce qui touche le traitement , quelques personnes pourraient répondre peut-être que la chimie, en étudiant la composition et les propriétés des substances appropriées à la guérison de ces maladies, a pu rendre dans ces circonstances quelques services à leur thérapeutique. Mais évidemment , ce n’est pas avec le secours de généralités si vagues ou de banales subtilités que je puis me promettre de répondre dignement à la question que je me suis efforcé de résoudre.

Le traitement des inflammations n’a reçu des chimistes aucun service sérieux.

Les résultats obtenus par les chimistes dans l’étude générale de l’inflammation , se sont montrés, comme on l’a vu , la conséquence seule et directe de l’analyse du sang effectuée dans les cas pathologiques ou normaux.

Il deviendra utile , en conséquence , pour compléter l’ensemble des considérations qui précèdent, d’examiner avec attention les diverses méthodes employées jusqu’à ce moment pour l’analyse chimique du liquide sanguin , et de déterminer quel est le moyen le plus convenable à suivre dans le cours d’une recherche de cette nature. Personne , je l’espère , ne trouvera cet appendice déplacé. J’ajoute , d’ailleurs , que je suis d’autant plus porté à étendre légèrement ainsi les bornes de la question qui m’est tracée, qu’ayant imaginé , pour l’analyse du sang, une méthode nouvelle que je me proposais de publier dans peu , je prendrai naturellement ici l’occasion de la faire connaître.

Les méthodes successivement adoptées par les chimistes , pour l’analyse du sang , sont :

l°La méthode de M. Lecanu ;

2° Celle de M. Denis ;

3° Celle de MM. Dumas et Prévost.

Méthode analytique de M . Lecanu.

M. Lecanu a employé dans le cours de ses Recherches

sur le sang publiées en 1831 et de son second travail publié en 1837 (1), une méthode analytique qui n’est guère , à proprement parler , que la reproduction du procédé auquel MM. Prévost et Dumas s’étaient arrêtés dans l’origine (2).

Il consiste à laisser le sang se coaguler spontanément, et à examiner à part le sérum et le caillot.

Le sérum est desséché et pesé en cet état. On calcine le résidu de l’évaporation , et l’on détermine le poids des cendres.

Pour analyser le caillot, voici comment opère M. Lecanu :

« On divise en deux portions mille parties de ce coa- »gulum; on en dessèche une et on évalue la perte; on «lave l’autre pour connaître la quantité de fibrine. En » effet , comme l’eau volatilisée se trouve dans le caillot »à l’état de sérum, en retranchant du poids du caillot sec » le poids des matières fixes , faisant partie du sérum «interposé (poids déterminé par l’analyse du sérum in- »diqué plus haut), la différence représente également »le poids de la fibrine et de la matière colorante ; enfin, «l’incinération d’un poids connu de coagulum donne la «quantité des matières salines. »

Ce procédé , conçu à l’époque où l’on ignorait le véritable état de la fibrine dans le sang, suppose que cette

(1) Thèse inauyurale à la faculté de médecine .

(2) Annales de ch;m> et de phys. , tom. 23.

matière fait partie des globules ( matière colorante de M. Lecanu ) ; or , la fibrine existe tout-à-fait indépendamment des globules, comme on le sait depuis la célèbre expérience de Müller. Ce que l’on désigne dans ce procédé sous le nom de globules doit donc s’entendre de la somme des globules et de la fibrine dissoute d’abord dans le sérum. Mais de plus , si l’on admet que l’eau du caillot appartienne tout entière au sérum interposé , on exagère la quantité des matières fixes du sérum ; car les globules ne sont pas dans le sang à l’état anhydre , et l’on ne sait pas si le liquide qui les pénètre est analogue au sérum. D’après M. Bouchardat auquel l’observation précédente est due , si l’on exécute les corrections de la fibrine libre , les données obtenues par cette méthode chez les animaux et chez l’homme sain peuvent conserver leur valeur ; mais quand on examine le sang dans les maladies , elles ne peuvent recevoir une application utile et générale.

Le procédé de M. Lecanu est à peu près abandonné aujourd’hui.

Méthode de M. Denis.

Le mode analytique employé par M. Denis est tellement compliqué, que je doute fort que personne ait jamais consenti à s’entourer des précautions minutieuses et quelquefois tout-à-fait superflues que recommande

son auteur.

Voici, en quelques mots, à quoi elle se réduit, en négligeant plusieurs détails accessoires qui exigeraient un grand nombre de pages pour être rapportés avec exactitude (1).

Le sérum est desséché au bain-marie , et le produit traité successivement par l’alcool froid à 40° qui enlève l’osmazôme et les sels, par l’eau bouillante qui dissout la cruorine (2) et les dernières portions des matières salines, enfin par l’alcool à 40° bouillant qui, séparant les graisses phosphorées et la cholestérine, laisse pour résidu l’albumine parfaitement pure.

Quant au caillot, on le lave dans un nouet jusqu’à ce que la fibrine soit complètement décolorée.

Les eaux de lavage qui contiennent toute la matière colorante, de l’osmazôme, de la cruorine, des graisses phosphorées et quelquefois aussi de la cholestérine sont chauffées à 73°. A cette température , l’hématosine se précipite entraînant avec elle des graisses phosphorées , de la cholestérine et de la cruorine qu’on sépare , en la traitant par l’alcool et l’eau , comme il a été dit en parlant du sérum.

Les liqueurs décolorées fournissent à leur tour par l’évaporation tous les sels solubles qui faisaient partie du

(1) Voyez l’ouvrage de M. Denis, intitulé : Recherches expérimentales sur le sang considéré à l'état sain , ou le traité de chimie pathologique de M. L’Héritier, pag. 103-11 3.

(2) La cruorine est un principe immédiat admis dans le sang par M. Denis (recherches expérimentales), et dont M. Lecanu a rejeté l’existence.

caillot , l’albumine , plus une petite quantité de matière grasse , d’osmazôme et de cruorine. Par ces manipulations successives, le sérum se trouve partagé en six produits qui sont :

L’albumine, l’osmazôme, les graisses phospliorées, la cruorine , les sels solubles et la cholestérine.

Et le caillot en huit portions qui sont, outre les corps précédents , la fibrine et l’hématosine.

Par conséquent , en réunissant le poids de l’albumine , de l’osmazôme, delà cruorine, des graisses phosphorées, de la cholestérine et des sels solubles du sérum, au poids de ces mêmes matières contenues dans le caillot ; puis ajoutant à la somme le poids de la fibrine et de l’hématosine , on a toutes les données nécessaires à l’analyse. En effet , la somme totale de ces produits représente le poids du sang , moins celui de l’eau , qui se trouvant égale à la différence entre le poids des matières fixes et le poids du sang employé , est elle-même représentée par la perte (1).

Ce procédé est d’une exécution si longue , si pénible , qu’il est à peine nécessaire d’ajouter que M. Denis a été le seul à le mettre en pratique. Une méthode analytique

(1) Cette analyse du procédé de M. Denis est empruntée à un article publié par M. Lecanu , dans le Journal de pharmacie.

J’y laisse subsister à dessein quelques expressions vieillies pour rappeler l’idée que l’on se faisait , il y a 12 ans , de la composition complexe du sang. Des recherches plus récentes ont singulièrement éclairci la constitution réelle de ce liquide.

du sang a besoin, pour être acceptée , de rester absolument indépendante de l’habileté de l’opérateur, et de réunir à une précision qui ne doit pas être toujours extrêmement rigoureuse , une facilité d’exécution qui lui permette d’être mise en œuvre , sans difficulté , par les médecins ou les personnes qui ne possèdent sur la chimie que des connaissances très-générales.

Tels sont les motifs qui ont fait généralement adopter aujourd’hui la méthode imaginée par MM. Dumas et Prévost (1). Dans le cours de leurs belles recherches pathologiques , MM. Andral et Gavarret ont eu exclusivement recours à ce moyen.

Méthode analytique de MM. Dumas et Prévost.

MM. Dumas et Prévost ont remarqué que , par suite de l’absorption aqueuse effectuée par les veines dans le cours même d’une saignée , la proportion d’eau n’est pas

la même dans les premières et dans les dernières portions

du jet liquide. Le sang recueilli en dernier lieu est manifestement plus aqueux que celui qui s’écoule au début de la saignée ; c’est pour se mettre à l’abri de l’erreur qui serait commise, si l’on s’adressait au liquide fourni par une période quelconque de l’écoulement, que MM. Dumas et Prévost reçoivent le sang en le divisant en deux parties , comme il va être dit.

On se procure deux vases de même capacité, et

(I) Anu. de chiin. et de physiq. , tom. 75.

pouvant contenir chacun environ 180 grammes de liquide ; puis on les marque d’un trait qui divise leur contenu en deux parties bien égales. Dans l’un , que j’appellerai le vase A , on fait arriver le premier et le quatrième quart de la saignée ; dans l’autre , le vase B , on reçoit la deuxième et la troisième partie du jet.

Les deux moitiés de la saignée recueillie auront évidemment la même composition , sous le rapport de la quantité d’eau , quelle que soit l’influence de la durée de l’écoulement.

Le liquide contenu dans le yase B est battu à l’aide d’un petit fouet d’osier. La fibrine se sépare , et vient adhérer aux brins du balai; on la recueille, on la lave avec soin , on la dessèche , et on la pèse en cet état.

Le sang contenu dans le vase A est abandonné à la coagulation spontanée. Quand le coagulum s’est bien formé, on le sépare du sérum.

On pèse le caillot humide ; on le dessèche , on le pèse de nouveau desséché,

Le sérum est évaporé à siccité, et l’on pèse le résidu.

Ces diverses opérations fournissent tous les éléments du sang , si on les interprète comme fl suit :

1° L’eau est représentée par la différence entre le poids du sang liquide et le poids des matériaux solides fournis par l’évaporation du caillot et du sérum ;

2° La fibrine fournie directement par l’opération du battage ;

3° Les matières fixes du sérum par la différence entre le poids du sérum liquide et celui du sérum desséché ;

4° Les globules par la différence entre le poids du caillot sec et la quantité de fibrine déjà trouvée.

Il faut seulement remarquer, comme on l’a fait à propos du procédé de M. Lecanu , que , le caillot retenant du sérum liquide interposé , on doit tenir compte de la quantité de matières fixes abandonnées par ce sérum que renferme le caillot desséché. Cette distraction est facile , puisque l’on sait combien un poids connu de sérum évaporé laisse de résidu.

5° Enfin , la proportion relative des matériaux organiques et des matériaux inorganiques du sérum est reconnue par l’opération suivante : On calcine le résidu sec laissé par le sérum ; la matière organique est détruite par l’aetion du feu , et la différence entre le poids du résidu et celui des cendres laissées par la calcination indique la proportion relative des matériaux inorganiques et des sels minéraux.

Dans les analyses de M. Andral , on a appelé albumine les matériaux organiques du sérum ; l’albumine représente, en effet, presque uniquement les matières organiques contenues dans ce liquide.

Telle est , en résumé , la méthode d’analyse que nous devons à M. Dumas.

Elle est devenue , de la part deM.Mandl , l’objet d’une critique longue et évidemment exagérée , que l’on trouvera dans les Archives générales de médecine.

On peut seulement objecter à cette méthode :

1° Qu’elle nécessite l’emploi de précautions diverses souvent difficiles à rassembler, et qu’elle amène à des opérations trop nombreuses ;

2° Qu’elle exige une quantité de sang un peu considérable , puisqu’on ne peut guère opérer sur moins de 11 à 12 onces de sang liquide. Or, dans les maladies où l’étude chimique du sang présente de l’intérêt , on peut rarement avoir à sa disposition une quantité de sang aussi forte : tel est le cas de la phthisie pulmonaire , du scorbut , de la chlorose ;

3° Qu’elle exagère la quantité d’albumine , puisqu’on regarde comme telle toute la matière organique détruite par la calcination ;

4° Que rien n’indique , ainsi que M. Bouchardat l’a fait remarquer, que l’eau qui baigne le caillot puisse être représentée sans erreur par du sérum fvoy. pag. 93^.

Description d’une méthode nouvelle pour V analyse

du sang.

J’ai été amené , dans le cours de quelques recherches sur la composition chimique du sang , à trouver pour ce

liquide un mode d’analyse, qui joignant à une précision assez grande une simplicité d’exécution que les autres méthodes sont loin d’offrir, sera , je l’espère , favorablement reçue par les chimistes. Voici sur quelle donnée repose ce nouveau moyen.

On sait , depuis les travaux de MM. Prévost et Dumas , et les recherches de Millier, que l’addition de certaines matières salines au sang récemment tiré de la veine opère facilement la conservation des globules , qui , abandonnés à eux-mêmes , ne tarderaient pas à s’altérer complètement. Berzélius a fait voir, de son côté , que si l’on ajoute à du sang défibriné par le battage une solution saturée d’un sel neutre , comme du sel marin , du nitre, du sulfate de soude, etc., on peut, en filtrant le liquide , retenir les globules à la surface du papier. Personne n’ignore que si l’on essaie, au contraire, de filtrer du sang défibriné , il traverse le filtre avec tous ses globules.

Berzélius assure qu’il est nécessaire , pour obtenir cet effet , d’ajouter au sang liquide 5 à 6 fois son volume

de sulfate de soude ; mais j’ai reconnu qu’en employant seulement un volume égal d’une dissolution de sulfate de soude saturé à 33°, et en faisant usage d’un filtre préparé avec deux doubles de papier , on peut retenir parfaitement les globules à la surface du filtre , sous la forme d’une masse rouge-foncé, de la consistance du

miel. Etendue entre deux lames de verre, la couche restée sur le papier remplit de globules pressés le champ du microscope ; dans le liquide filtré , l’œil peut à peine retrouver un ou deux globules échappés à l’action du filtre.

Cette circonstance permet donc d’effectuer une analyse exacte du liquide sanguin* Voici comment il importe de l’exécuter.

Le sang liquide provenant d’une saignée est battu à sa sortie de la veine , à l’aide d’un petit fouet d’osier. On sépare ainsi la fibrine , qui , placée dans un nouet de linge , est lavée jusqu’à ce qu’elle se décolore entièrement ; elle est ensuite desséchée et pesée. On prend alors le poids du sang sur lequel on opère, et on l’étend avec son volume d’une dissolution saturée de sulfate de soude. On jette le mélange sur un double filtre de papier. La filtration exige un temps assez long pour se terminer complètement. On lave les globules restés sur le filtre, on les. dessèche et les pèse ; le liquide filtré, qui est légèrement coloré en rouge, est porté à l’ébullition qui coagule l’albumine. On sépare le coagulum par la filtration , et l’on pèse l’albumine après l’avoir desséchée.

Il reste à connaître la proportion d’eau contenue dans le sang analysé. Pour cela, on a eu d’abord la précaution de mettre à part , au moment de la saignée , une petite quantité de sang ( 20 grammes , par exemple ) ; on pèse ce liquide tenu en réserve , et en l’évaporant à siccité ,

on détermine la proportion relative d’eau et de matières solides dissoutes.

On voit que tous les éléments du sang sont , de cette manière , dosés directement. Seules , les matières salines , dissoutes dans le sérum , ne sont pas dosées d’une manière absolue. Pour en reconnaître la quantité , il n’y a qu’à faire la somme de l’eau , de la fibrine , de l’albumine et des globules. La différence de ce poids, avec celui du sang liquide soumis à l’analyse , représente les substances liquides du sérum.

Cette méthode d’analyse présente une simplicité qui la fera , je l’espère , favorablement accueillir des chimistes. Elle offre l’avantage de doser tous les éléments d’une manière absolue et directe, à l’exception des sels du sérum , c’est-à-dire des éléments les moins importants du liquide. Elle n’expose plus à confondre avec l’albumine , comme dans le procédé de M. Dumas , les produits de nature organique tenus avec elle en dissolution dans le sérum ; enfin , elle permet d’opérer sur une petite quantité de sang. On réussit toujours bien , par exemple, en prenant seulement cinq à six onces de sang.

M. Mandl , dans son examen critique de la méthode de M. Dumas, employée par MM. Andral etGavarret, fait la réflexion suivante : « Si l’on pouvait filtrer le sang «humain , et mêler le liquide qui passe à une substance «qui fît coaguler seulement la fibrine sans l’albumine, ce

» serait assurément une méthode bien préférable à toutes » les autres , puisqu’une foule de nos objections se trou- » veraient anéanties ; mais cette méthode appartient encore aux desiderata de la science. »

C’est à l’expérience des chimistes à reconnaître si , par la méthode dont la description précède , le problème peut être désormais regardé comme résolu.

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