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III. DIAGNOSTIC

Le résultat des analyses du sang peut suffire, dans certains cas, pour porter un diagnostic précis sur l’existence d’une inflammation , soit à titre essentiel , soit comme complication d’une affection déjà existante. Il ne peut entrer dans ma pensée de présenter le signe chimique de l’état inflammatoire, comme une indication à laquelle il soit facile de recourir dans les cas ordinaires de la pratique médicale. Mais un fait aujourd’hui complètement démontré , c’est que de tous les signes de l’inflammation , celui-là paraît seul le plus constant et le plus infaillible , l’existence d’un état phlegmasique se trouvant lié , sans qu’il soit possible de saisir la raison de cet enchaînement de causalité , avec une production anormale de matière organique. M. Andral ex-

prime ses convictions à cet égard , avec une netteté qui ne peut laisser aucun doute dans l’esprit.

« L’augmentation de la fibrine est un caractère telle- »ment sûr de l’inflammation , dit-il (1) , que si dans une » maladie on rencontre plus de 5 en fibrine, on peut » assurer hardiment qu’il y a dans quelque organe une «phlegmasie. Une malade entre à l’hôpital avec des signes »de congestion utérine; une saignée montre plus de «fibrine qu’à l’état normal ; on annonce une phlegmasie, «dont il ne se manifeste que des symptômes très-dou- »teux jusqu’à la mort; on trouve alors un abcès entre » le rectum et la matrice. Dans un autre cas également «douteux , on trouve 7 en fibrine; il existait une pneu- «monie bien caractérisée. Un sujet se présente avec une «scarlatine , et son sang offre 7 et demi en fibrine , c’est- » à-dire une augmentation de fibrine que l’on ne trouve «que dans les phlegmasies. La mort permet de constater » le développement d’une néphrite. Nous pourrions citer «un grand nombre d’exemples semblables; ils prouvent » jusqu' à l’évidence que le diagnostic peut être fondé » sur la seule connaissance des quantités de fibrine que » le sang a offertes. »

Que reste-t-il à ajouter à des paroles aussi claires?

Mais si le point de doctrine est incontestable , il faut convenir cependant que , dans les circonstances actuelles,

(I) Cours de pathologie à la Faculté de médecine.

l’application pratique de cette donnée importante est nécessairement difficile à réaliser.

Terminons en émettant le vœu que les praticiens s’efforcent de confirmer et d’étendre les résultats sur lesquels repose l’opinion de M. AndraL

L’augmentation de la quantité ordinaire de la fibrine dans le sang n’est pas la seule circonstance qui permette aux moyens chimiques de fournir, dans certaines limites, un diagnostic des inflammations. La découverte chimique de l’un des produits de l’inflammation peut , dans certains cas déterminés, amener au même résultat: je veux parler du pus que l’on peut reconnaître par les procédés chimiques , mélangé aux divers liquides pathologiques ou normaux.

L’urine d’un malade laisse précipiter un abondant dépôt blanchâtre au moment de sa sortie. Dans la plupart des cas , l’œil du clinicien le plus exercé ne peut en aucune manière distinguer à la simple inspection la véritable nature de ce sédiment urinaire. Le dépôt est-il formé de substances salines ( phosphates divers , acide urique , urates ) ; renferme-t-il du mucus , du sperme , une matière grasse, du pus? Telle est la question qu’il s’agit de résoudre.

En ce qui touche la détermination dans un sédiment urinaire, des matières salines, du sperme, du sang,

des corps gras , etc., le microscope fournit le moyen le plus précieux d’analyse , et par la facilité de son emploi, et par cette circonstance , que , n’exigeant pour s’exercer avec rigueur qu’une très-petite quantité de matière , il permet de se passer de l’analyse chimique , qu’il remplace , dans ce cas, avec un avantage marqué. Aussi est-il parfaitement exact de dire que l’analyse des sédiments urinaires constitue le véritable triomphe de l’application pratique du microscope. Toutefois , dans la question du diagnostic inflammatoire , c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de déterminer si un dépôt urinaire est formé de mucus ou de pus , ou bien d’un mélange de ces deux matières , le microscope n’est plus que d’une très-faible utilité. Personne n’ignore , en effet , que les globules muqueux et

les globules purulents présentent des caractères optiques parfaitement les mêmes (1).

Les moyens chimiques permettent seuls d’effectuer

cette détermination avec succès. On conçoit, d’ailleurs,

(1) M. Donné distingue avec raison les mucus en deux ordres , sous le rapport de leurs caractères microscopiques: 1° mucus à lamelles épidermiques appartenant à ce que l’on peut appeler fausses membranes muqueuses ( muqueuse buccale , nasale , vaginale)/ 2° mucus globulaires appartenant aux membranes muqueuses vraies (muqueuse bronchique, vésicale , intestinale).

Il est extrêmement facile au microscope de distinguer du pus le mucus du premier ordre , car il présente de larges lamelles déroulées d’une forme très-appréciable ; mais comme les inflammations graves ne se développent guère que dans les membranes muqueuses vraies , et que le mucus de cette espèce est formé de globules en tout semblables à ceux du pus , la séparation microscopique de ces deux liquides devient impossible dans le cas où précisément elle offrirait de l’intérêt.

toute son utilité dans le cas actuel , puisque la certitude de l’existence du pus permettra au médecin de porter un diagnostic assuré sur l’existence d’une phlegmasie de la muqueuse des voies urinaires, ou de la vessie, d’un abcès du rein, d’une inflammation de la prostate, des vésicules séminales , etc.

Le moyen chimique le plus simple pour constater l’existence du pus dans le liquide urinaire, et pour le distinguer du mucus, consiste, d’après M. Rayer, à le soumettre au traitement suivant :

On filtre l’urine qui contient la matière à examiner, et on la traite alternativement par l’acide nitrique, la chaleur et l’éther. Si l’acide nitrique et la chaleur indiquent la présence de l’albumine, en même temps que l’éther y décèle une certaine quantité de corps gras , on peut conclure qu’elle est constituée par du pus ou par du mucopus. L’évaporation de l’éther, mis en macération sur la substance examinée, pourrait suffire dans quelques cas â reconnaître si le pus en fait partie ; car celui-ci cède à l’éther une très- forte proportion de matière grasse , et le mucus lui en abandonne à peine. Vogel conseille de traiter les deux liquides par l’acide acétique. Le pus donne , par cet acide , une émulsion qui laisse , au bout de quelque temps , précipiter les noyaux des globules sous la forme d’un sédiment jaunâtre ; le mucus au contraire se coagule.

Il est clair que ce qui vient d’être dit pour la recher-

che de la matière purulente , et sa distinction du mucus dans les sédiments urinaires , peut également s’appliquer à la découverte et à la séparation de ces deux corps dans la plupart des autres liquides normaux ou pathologiques.

La détermination chimique de l’existence du pus dans le sang a permis encore de remonter au diagnostic d’un état inflammatoire, dans les cas de phlébite, d’artérite, d’inflammation des parois du cœur, de métastase purulente.

Les moyens de reconnaître dans le sang l’existence du pus sont assez mal déterminés encore. MM. Piorry, Donné , Mandl , ont proposé diverses méthodes ; mais aucune d’elles ne conduit à un résultat facilement applicable. Le procédé de M. Donné , qui consiste à traiter le mélange par l’ammoniaque, a paru jusqu’ici le plus efficace.

La maladie de Brigth pourrait, jusqu’à un certain point, nous fournir une preuve nouvelle de l’influence des recherches chimiques dans le diagnostic des inflammations. Mais je n’ai pas besoin d’ajouter que la maladie de Brigth ne consiste pas à mes yeux dans une altération inflammatoire des reins. Les traces de désorganisation que l’on a souvent rencontrées à l’autopsie, pouvaient bien se rapporter à une inflammation de cet organe; mais évi-

demment un état inflammatoire local ne constitue pas la maladie , et 11e justifie pas la dénomination de néphrite , par laquelle on désigne cette affection. Toutefois, cette expression consacrée m’excusera sans doute d’avoir fait sortir l’affection de Brigth de son cadre nosologique naturel , dans le but de montrer, en passant , une application nouvelle au diagnostic des procédés fournis par les chimistes. La maladie de Brigth, environnée de symptômes si obscurs, si peu précis, et communs à tant d’autres affections différentes , se caractérise et se reconnaît uniquement aux premières époques de l’invasion, par l’existence de l’albumine dans le produit de la sécrétion rénale. Il est vrai que , dans deux ou trois cas , la maladie de Brigth a existé sans que Burine devînt albumineuse , et que , dans un assez grand nombre d’affections étrangères à celle-ci, l’albumine peut apparaître dans les urines ; mais , malgré ces quelques faits exceptionnels , les praticiens n’en ont pas moins recours à la constatation du caractère chimique, comme au moyen le plus sûr de diagnostic dans les maladies de cet ordre.

Il s’est passé il y a deux ans , à l’hôpital de la clinique, un fait assez curieux sous ce rapport.

On présente à M. Cloquet , dans l’amphithéâtre des cliniques , l’urine d’un individu atteint d’une maladie de Brigth. L’acide nitrique y constate, comme à l’ordinaire , la présence de l’albumine ; mais on reconnaît bientôt qu’une erreur a été commise , et qu’au lieu d’apporter

l’urine de l’individu désigné , l’infirmier a pris celle du malade voisin. Cette circonstance amenant à examiner avec plus d’attention le dernier malade , traité à l’hôpital pour une maladie mal déterminée , on reconnut bientôt qu’il se trouvait attaqué d’une véritable néphrite albumineuse.

Je le répète, l’affection rénale de Brigth n’est pas de nature inflammatoire : ce qui milite en faveur de cette idée, en dehors même de l’observation clinique, c’est que la fibrine conserve dans le sang son chiffre habituel. J’en parle ici d’une manière tout-à-fait accessoire , et seulement afin de montrer par un exemple des plus clairs ce que l’on peut quelquefois attendre , dans le diagnostic des maladies , du simple secours d’un réactif chimique.

En résumé , le diagnostic des inflammations est éclairé par les recherches chimiques , puisque les résultats de l’analyse du sang , la présence du pus dans l’urine , son existence dans le sang , fournissent des moyens d’indication précieux et quelquefois uniques pour mettre le praticien sur la voie de la nature inflammatoire d’une maladie.

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