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Dans ces derniers temps, M. le professeur Piorry a désigné sous le nom d’hémite cette altération du sang en vertu de laquelle se produit la couenne; regardant cette altération comme une inflammation du liquide. Sans discuter ici si l'on peut admettre l'inflammation du sang, nous devons dire cependant que pour rendre vraie une pareille dénomination, et la faire accepter dans la science, il faudrait au moins que cette altération du sang füt toujours le résultat d’un travail morbide identique et de même nature. Mais nous venons de voir que tantôt il fallait s'adresser à une augmentation réelle de la fibrine, tantôt , au contraire, à une diminution considérable des globules , pour se rendre compte de cet aspect particulier du sang. Or, quoi de plus différent ; de plus diamétralement opposé que ces deux sortes de causes qui viennent, indépendamment l’une de l’autre, troubler l'équilibre de la composition du sang ? Nous croyons donc que la tentative de M. Piorry, loin d'éclairer la question, tend à donner, des altérations des pro: priétés physiques du sang, une interprétation insuffisante.
M. Gendrin, dont nous avons déjà eu si souvent à combattre les opinions, a avancé que la couenne, épaisse dans la phlegmasie aiguë modérée , l'était moins dans la phlegmasie sub-aiguë , et beaucoup plus dans la phlegmasie sur-aiguë. En sorte que la simple considération de l'épaississement de la couenne suffirait, à la rigueur, pour déterminer la plus ou moins grande intensité du travail local. Quand on a quelque temps étudié avec soin les rapports qui existent entre la gravité de l'inflammation et les altérations des propriétés physiques du caillot, on ne tarde pas à se convaincre que les principes posés par M. Gendrin sont en contradiction flagrante avec les résultats fournis par une observation rigoureuse: Sans doute, si l'épaisseur de la couche couenneuse dépendait uniquement de l'élévation du chiffre de la fibrine, elle traduirait exactement l’état du travail local, puisque les proportions de l'élément coagulable reflètent fidèlement sa marche croissante et son déclin. Mais nous savons que les globules jouent un grand rôle dans le phénomène de la production de la couenne. Car nous avons établi qu’en définitive son apparition dépendait de la prédominance
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de la fibrine sur l'élément globulaire, Or, comme les proportions de cette dernière matière organique n’ont aucune espèce de rapport; ni avec l’état physiologique en lui-même, ni avec son degré d'intensité, on concevra sans peine comment une couenne très-épaisse existera avec un travail local peu marqué, toutes les fois que le chiffre des globules sera notablement abaissé au-dessous. de la moyenne ; tandis que dans une inflammation sur-aiguë, si le sang contient une-forte proportion de globules, la couenne sera d'épaisseur médiocre, malgré l'élévation considérable du chiffre de la fibrine.
Ces considérations nous paraissent de quelque importance; car, si on admettait, avec M. Gendrin, que l'épaisseur de la couenne traduit exactement l'intensité du travail phlegmasique, on serait nécessairement conduit à penser que dans les inflammations aiguës on doit poursuivre la couenne à coups de lancette, et ne s'arrêter dans les-émissions sanouines que lorsque le caillot n'en présente plus de trace appréciable. La clinique. cependant a proscrit depuis longtemps ‘une pareille manière de faire, comme fatale et meurtrière ; et si l'on se rappelle tout ce que nous avons dit sur les causes de la: formation de la couenne, et sur les modifications qu'éprouve la composition du sang dans le cours d’une phlegmasie aiguë , on trouvera dans les principes que nous avons développés une pleine justification de cette conduite thérapeutique déduite des faits bien observés.
En effet, à mesure qu'une inflammation marche depuis son début jusqu'à la convalescence complète, le chiffre des globules, diminue sans cesse. Il arrive donc un moment où, quoique la maladie fasse des progrès rapides vers la guérison, les proportions de l'élément globulaire sont descendues à celles de la véritable anémie. À cette époque: il est vrai, la fibrine a repris à peu près son chiffre normal; mais. vu l’état d’anémie acquise dans lequel on trouve plongé le sujet, elle est encore très-fortement prédominante, par rapport aux globules, et la couenne devra se montrer avee des caractères prononcés. En pareilie circonstance, ce n'est plus à la couenne d’une phlegmasie, mais à la couenne d’une anémie qu’on a affaire; et plus on multiplierait, dans
— 63 — | ce cas, les émissions sanguines, plus cette couche pseudomembra: neuse acquerrait une épaisseur considérable.
Cependant, la comparaison attentive de l’état général du sujet avec l'épaisseur de la couenne qui recouvre le caillot peut fournir une estimation approximative de l'élévation du chiffre de la fibrine dans le sang, et, par suite, de la marche ascendante ou rétrograde de la maladie. Cette étude ne saurait donc être négligée quand il s’agit d’examiner s’il est bon de persister ou de s’arrêter dans l'emploi des émissions sanguines. Mais ce n’est qu'à la condition de procéder avec la plus grande réserve que le praticien peut avec fruit faire intervenir de semblables données dans la solution d’une question si délicate de thérapeutique.
Depuis longtemps la pratique a reconnu qu'une trop forte réaction générale exerçait une influence fâcheuse sur la terminaison de la: phlegmasie ; et qu'ilétait nécessaire, en pareil cas, d’abattre les forces surabondantes du sujet. Nous avons vu que l'intensité des symptômes réactionnels, quand ils se liaient à une exagération réelle des forces, et n'étaient pas l'effet d’un désordre purement nerveux, reconnaissait pour cause la présence, dans le sang, d’une trop forte proportion de l’élément globulaire. Il résulte de Ïà que, si le caillot, quoique recouvért d’une belle couenne, conservait des dimensions considérables, il faudrait voir dans cette circonstance l'indication de recourir à la saignée, comme méthode spoliatrice.
Avons-nous besoin, enfin, de combattre l'opinion en vertu de laquelle la présence de la couenne réclamerait, dans tous les cas, l'emploi de la saignée? En établissant qu'elle peut exister dans toutes les anémies, soit spontanées, soit acquises, un peu prononcées, aussi bien que dans les phlegmasies , nous avons sans doute assez clairement énoncé ce que nous pensions d'un principe si peu en harmonie avec le précieux résultat des études chniques.
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