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I. Influence de l’âge

Depuis que Pacchioni l’a nettement indiqué, tous les anatomistes sont restés d’accord sur ce point, que les granulations nulles, chez l’enfant, sont manifestes dans l’âge mûr, et atteignent chez le vieillard leur plus grand développement ; on sait aussi que , du feuillet viscéral sur lequel ils ont pris naissance, les corpuscules passent entre les lames de la dure-mère , traversent cette membrane , et viennent souvent faire saillie sous la table interne de la voûte osseuse. Ces propositions sont sans doute l’expression la plus générale des faits ; mais elles ont besoin d’être expliquées par des détails. On a dit que les granulations méningiennes manquaient chez les enfants; ce fait est vrai, mais on n’a pas précisé l’époque à laquelle le développement commence à avoir lieu.

C’est vers la dixième année que ces produits commencent à se

(1) Dans l’économie, le phosphate de chaux est rarement cristallisé; lorsqu’on le rencontre avec les formes cristallines , il paraît dériver du prisme rectangulaire droit. Dans la nature, on trouve le phosphate de chaux (apatite) cristallisé en prismes à six faces, régulier, surmonté parfois d’une pyramide à six pans.

montrer, bien qu’on en puisse trouver avant cette époque; ainsi chez une petite fille cle sept ans , morte à la suite clu croup , des granulations très-nombreuses et très-petites étaient disposées sur l’arachnoïde viscérale ; la dure-mère en était complètement dépourvue.

Avec l’âge, les corpuscules augmentent en nombre et en volume; ceux surtout qui sont le plus rapprochés de la scissure subissent un plus prompt développement; alors, vers un âge auquel on ne saurait assigner délimités fixes, de 15 à 17 ans, commence une seconde phase dans l’évolution des corpuscules. Ces corpuscules s’allongent; le feuillet séreux qui les supporte paraît se soulever et se rapprocher du feuillet pariétal ; dans ce feuillet de l’arachnoïde , dans les fibres qui composent la lame inférieure de la dure-mère, se passent alors des modifications qui amènent l’adhérence des feuillets de la séreuse, et le passage des granulations soit dans le sinus, soit sur les parties latérales. Cette tendance à l’adhérence des deux feuillets de l’arachnoïde et à l’introdution des corpuscules entre les lames de la duremère ne s’effectue pas indifféremment sur tous les points de la scissure longitudinale ; elle a lieu surtout et d’abord au niveau des gaines que les deux feuillets arachnoïdiens réunis forment aux veines cérébrales supérieures.

Quel est le rôle du feuillet pariétal dans les modifications que nous avons à étudier ?

Nos observations nous ont conduit sur ce sujet à des considérations qui nous semblent nouvelles. Au moment où les corpuscules pressent contre la face inférieure du feuillet pariétal , il ne se perfore pas pour leur donner passage , mais, s’étendant graduellement , il forme à travers les fibres écartées de la dure-mère de petites hernies , de petits sacs dans lesquels les granulations viennent successivement se loger; ces petites saillies du feuillet pariétal nous avaient souvent frappé avant que nous en connussions l’origine. Souvent, en ouvrant sous l’eau les sinus, nous voyions apparaître a travers leurs ceintres valvuleux des vésicules transparentes et hya-

lines qui différaient complètement des corpuscules opaques et blanchâtres ; nous constations la présence entre les deux lames de ces groupes vésiculaires; nous finîmes enfin par trouver l’origine de ces petites saillies; leur continuité directe avec d’autres lambeaux du feuillet pariétal, leur structure identique, ne nous laissèrent plus de doute (1).

Les vésicules arachnoïdiennes (nous donnons cette dénomination aux saillies que nous venons de décrire) méritent réellement une description à part. Elles se rencontrent dans le sinus ou ses parties latérales sous deux états : tantôt comme de simples sacs sans contenu , tantôt servant d’enveloppes aux granulations méningiennes.

Les vésicules arachnoïdiennes sans contenu présentent surtout cette particularité de ne se rencontrer presque toujours que chez les adultes, et dans l’âge mûr, de seize à trente ans environ; elles sont trèsrares dans la vieillesse. Tantôt elles sont isolées et saillantes dans le sinus, tantôt elles sont disposées par groupes dans l’intervalle des deux lames de la dure-mère. Nous avons observé ces dispositions chez une jeune fille de dix-huit ans, une femme de vingt-cinq , un homme de trente ans , une femme de vingt-deux, une autre de trente-six, une jeune fille de seize, un homme de vingt-deux, etc.

Les vésicules arachnoïdiennes forment souvent une enveloppe aux corpuscules ; cette enveloppe, nettement visible par transparence, peut se déchirer, s’arracher même entièrement, laissant à nu la granulation qu’elle renferme. Les rapports entre le corpuscule et son enveloppe sont très-variables ; tantôt l’enveloppe semble presque accolée au corpuscule , tantôt il existe entre ces deux parties un espace considérable que peuvent occuper plusieurs produits; la sérosité s’y doit rencontrer pendant la vie ; on y trouve parfois ,

(1) Pour bien voir les vésicules arachnoïdiennes , il faut examiner et disséquer la dure-mère sous l’eau , après avoir préalablement ouvert le sinus : alors les vésicules distendues par le liquide se distinguent facilement. Dans l’air, ccs vésicules s’affaissent et deviennent à peine visibles.

après la mort, un liquide rougi par le sang, dans un cas même de méningite tuberculeuse , nous avons distingué des granulations de ce produit morbide entre le corpuscule et son enveloppe.

En poursuivant l’évolution des granulations méningiennes , nous avons fait connaître les curieuses modifications que subit l’arachnoïde pariétale et les saillies vésiculaires quelle produit ; mais le feuillet pariétal ne saurait s’étendre , les granulations méningiennes ne sauraient pénétrer dans la dure-mère , si les mailles fibreuses de cette membrane conservaient leur étroitesse et leur rigidité ; il faut qu’elles s’écartent , qu’elles s’allongent pour admettre dans leur intérieur les produits qui les doivent traverser. Cette dilatation des mailles s’effectue de deux manières : directement , par la pression continue qu’exercent sur elles les corpuscules développés sur la séreuse viscérale; indirectement, par la résorption que cette pression occasionne. Les mailles de la dure-mère s’ouvrent donc, et il se produit en ce cas des modifications analogues à celles qui se passent sur la ligne blanche et à la région inguino-crurale ; les corpuscules tendent à faire hernie à travers ces mailles, en se formant un sac de l’arachnoïde pariétale, comme les intestins, poussant en avant le feuillet pariétal du péritoine , tendent à se hernier à travers les mailles distendues des aponévroses abdominales. Si nous voulions pousser plus loin encore cette comparaison , nous dirions que les vésicules arachnoïdiennes , remplies seulement de sérosité , représentent de véritables sacs séreux sans intestins. Ce passage incessant des granulations méningiennes dans l’intérieur de la dure-mère se traduit par des adhérences établies entre les deux feuillets de la séreuse et la dure-mère, au niveau des points par lesquels les corpuscules se sont engagés : si , ayant sous les yeux une de ces adhérences , on veut en connaître le mécanisme , on doit chercher à séparer avec soin la dure-mère de l’arachnoïde ; on verra , par les efforts de traction , les divers corpuscules sortir successivement des mailles dans lesquelles ils étaient engagés ; et ainsi l’arachnoïde deviendra libre comme auparavant : les adhé-

rences de l’arachnoïde et de la dure-mère, qui jouent sans doute un certain rôle, sont d’autant plus nombreuses que l’âge des sujets est plus avancé.

C’est dans l’âge adulte , avons-nous dit , que les granulations méningiennes commencent à passer en assez grand nombre de l’arachnoïde entre les lames de la dure-mère ; c’est à cet âge encore, mais surtout dans la vieillesse , qu’elles tendent à subir une troisième évolution , c’est-à-dire à perforer la lame supérieure de la dure-mère , et à creuser les os.

Nous nous sommes servi à dessein du mot perforer , parce que ce n’est pas par simple distension que les fibres de la lame supérieure livrent passage aux corpusculês , mais plutôt par une perforation que l’on peut attribuer à une perte de substance. Ces granulations méningiennes et leurs enveloppes font saillie par ces cavités , et déterminent sur la lame interne des os du crâne un travail de résorption dont nous avons déjà étudié les résultats.

L’évolution des granulations méningiennes a donc trois phases : 1° elles sont produites sur l’arachnoïde; 2° elles pénètrent dans la dure-mère; 3° elles font saillie hors de la dure-mère sous les tables osseuses. Ces trois périodes de développement sont, en général, en rapport avec les âges ; mais on n’a pas fait assez remarquer que ce rapport est loin d’être absolu; quelques considérations doivent être présentées à cet égard.

Chez certains vieillards, la lame de la dure-mère est intacte ou très-peu perforée ; les os du crâne ne présentent pas ces nombreuses lacunes que peuvent y creuser des granulations; nous avons constatée fait chez une vieille femme de soixante et dix ans, et chez une autre de quatre-vingt trois ans.

Si la dernière période d’évolution peut manquer dans la vieillesse, elle peut, par contre, acquérir, dans l’âge adulte, un complet développement ; ainsi, chez une femme de vingt-sept ans, la lame supérieure était perforée pour donner passage à des granulations. Chez un homme de cinquante-cinq ans environ , la lame supérieure de la

dure-mère était remarquablement détruite en certains points pour laisser saillir des groupes nombreux de corpuscules ; les os du crâne étaient creusés et découpés aux dépens de leur lame externe, tout le long de la suture sagittale. Cette disposition se montrait encore à un haut degré chez uu homme de soixante ans.

Nous venons de faire connaître les rapports qui existent entre l’âge des sujets et l’évolution des granulations méningiennes. Examinons maintenant s’il n’est pas d’autres rapports entre l’âge des sujets et les modifications individuelles que ces granulations peuvent subir. Chez les jeunes gens , les granulations n’occupent que l’arachnoïde, et commencent à peine à faire saillie entre les deux lames de la dure-mère; chez les adultes, les corpuscules, situés déjà en grand nombre entre les deux lames de la dure-mère, acquièrent leur maximum de développement. Ils sont distincts les uns des autres , blancs, volumineux, et enveloppés distinctement, dans certains cas du moins, d’une vésicule arachnoïdienne; ces vésicules du reste sont surtout visibles à cet âge.

Chez les vieillards, les granulations situées entre les lames de la dure-mère ont atteint leur maximum de nombre , mais ont perdu leur maximum de développement ; on les trouve petites , serrées les unes contre les autres, peu consistantes, grisâtres, rétractées sur elles-mêmes, rarement pourvues d’une enveloppe bien distincte, et rarement accompagnées de vésicules arachnoïdiennes transparentes.

Tels sont les résultats de nos observations; ils ne concordent pas avec les observations de Pacchioni , puisque cet anatomiste s’exprime ainsi : «In senibus vero glandulæ albescentes et magis tur- « gidæ cernuntur. » Cette différence si grande dans les résultats prouve combien il faut être circonspect dans la généralisation.

Influence du sexe.

Les granulations méningiennes sont plus développées chez l’homme que chez la femme ; ce développement, dû à la différence des sexes,

est d’autant plus sensible, qu’on s’éloigne de l’âge adulte; c’est surtout chez les hommes d’un âge avancé que se rencontrent les plaques crétacées, et les os creusés de petites et nombreuses cavités.

Influence des maladies.

Désespérant de trouver les véritables usages des granulations méningiennes , plusieurs anatomistes les ont regardées comme des produits morbides. C’est en partie l’avis de Haller, qui se fonde , pour soutenir son opinion, sur ce que les corpuscules manquent quelquefois, et qu’ils atteignent leur plus grand développement dans la vieillesse, et chez les sujets qui ont succombé à la suite de longues maladies.

Blandin considère également les corpuscules comme des produits pathologiques, et rattache bien gratuitement la migraine à leur production. Nous n’admettons pas que les granulations méningiennes appartiennent à la classe des produits pathologiques; en traitant des usages, nous reviendrons sur ce sujet. Mais, puisque ces corps existent dans les membranes encéphaliques d’une manière presque constante , ils peuvent occasionner certains troubles organiques , et recevoir eux- mêmes les influences et les modifications des maladies intercurrentes.

Les troubles organiques les plus apparents que peuvent amener dans l’encéphale les granulations méningiennes sont ceux qui résultent du ralentissement de la circulation veineuse. Si elles se sont développées en trop grand nombre dans le sinus longitudinal , entre les lames de la dure-mère, au voisinage des veines cérébrales, elles peuvent diminuer l’ouverture des canaux sanguins et amener à la longue une congestion cérébrale. Peut-être peuvent-elles devenir la cause chez les vieillards des hémorrhagies cérébrales dont elles expliqueraient la fréquence à cet âge avancé; ce sont là de simples

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conjectures bien rationnelles sans doute, mais dont nous ne saurions donner jusqu’à présent des preuves positives.

Les diverses affections morbides ont-elles quelque influence sur les granulations méningiennes? A cette question, nous pouvons répondre, en général, d’une manière négative ? Nous avons examiné avec soin les méninges de plus de 35 sujets dont nous connaissions l’âge et les maladies , et il nous a été impossible , dans la plupart des cas , d’observer aucun rapport entre les granulations méningiennes et les affections morbides.

Cependant il est un certain nombre d’affections qui paraissent imprimer aux corpuscules des modifications particulières.

Pacchioni signale déjà leur plus grand développement et leur blancheur chez les hydrocéphales; Slevogt et Willis les ont vues plus développées chez les hydropiques ; elles nous ont paru , dans plusieurs affections de l’encéphale, subir leurs évolutions plus rapidement qu’à l’ordinaire.

Nous avons déjà cité l’exemple de cette femme de vingt-sept ans, morte d’une fièvre typhoïde avec délire ; chez elle , les corpuscules étaient développés comme chez les vieillards; la face supérieure de la dure-mère est perforée en plusieurs points; en avant, adhèrent de petites plaques crétacées ; dans le sinus , font saillie d’arrière en avant plus de vingt-cinq petits groupes corpusculaires ; l’espace compris entre les deux lames renferme aussi de nombreuses productions méningiennes et pas de vésicules arachnoïdiennes : ces caractères d’un développement tout sénile, si bien marqués à l’âge de vingt-sept ans, sont liés sans doute à l’affection cérébrale; les mêmes caractères se sont présentés chez une femme de vingt-deux ans qui avait succombé à une méningite tuberculeuse. Si, des affections aiguës de l’encéphale primitives ou consécutives, nous passons aux affections chroniques et à ces états particuliers qu’on désigne sous le nom de névroses, nous constaterons encore des relations évidentes entre ces maladies et les granulations.

Des auteurs ont déjà signalé le plus grand développement des

granulations clans l’épilepsie , nous pouvons ajouter que plusieurs fois nous avons constaté ce même développement clans la folie ; il est à désirer qu’on étudie avec toute l’attention nécessaire ce point encore si mal connu.

Rien n’est absolu dans le domaine de l’anatomie comme dans le domaine de la nature. Chaque règle trouve son exception; c’est aussi le cas des granulations méningiennes ; ces produits, dont les caractères extérieurs sont si tranchés , l’évolution si régulière, l’existence si constante, peuvent, clans certains cas, être réduits à un très-petit nombre ou même manquer entièrement ; nous avons été dans le cas d’en observer plusieurs exemples ; chez une femme de cinquante-neuf ans, morte d’une pneumonie, pas une granulation dans la dure-mère ni entre les lames, ni dans l’intérieur du sinus.

Chez un homme de trente-cinq ans, d’une constitution athlétique, mort à la suite d’une angioleucite très-intense, à peine quelques granulations dans la dure-mère.

Enfin chez une femme de soixante et dix ans , qui avait succombé à une apoplexie séreuse, la dure-mère n’offrait que de rares corpuscules, qu’il nous a fallu un examen attentif pour découvrir. Ce dernier cas est le plus anormal , d’après les lois générales du développement telles'qu’elles ont été posées. Nous devons dire que nous avons toujours trouvé les glandes développées sur le feuillet viscéral de l’ arachnoïde.

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