HISTORIQUE
Si on veut atteindre, dans les sciences physiques, le plus haut degré de certitude, il faut, après s’être efforcé soi-même de recueillir et d’analyser les observations, faire une large part aux opinions et aux études des hommes qui se sont livrés aux mêmes travaux. Par l’histoire, les observations se multiplient et se complètent, les assertions se contrôlent, les progrès se constatent; ce recueil de tous les témoignages et de tous les efforts peut inspirer à ceux qui l’étudient des lumières nouvelles, et faire connaître la part d’erreurs ou de vérités que la justice veut que l’on rende à chacun.
1 853. — Fnicre.
Quelque restreint, quelque dénué d’importance que puisse paraître le point d’anatomie qui nous occupe, il n’en a pas moins donné lieu à des recherches nombreuses, à de nombreuses erreurs, et même à de vives et sérieuses discussions.
Dût-on nous en faire le reproche, nous avons cru très-utile, pour obvier à l’insuffisance de notre travail, de donner à l’historique une certaine extension.
Nous citerons textuellement et par ordre chronologique les opinions et observations des auteurs qui ont successivement étudié ce sujet.
Nous le disions au commencement de ce travail, on fait par erreur remonter la découverte des granulations méningiennes à Pacchioni : cette opinion , accréditée de nos jours , avait cependant, du temps même de Paccliioni, trouvé un contradicteur sérieux : Fantoni, dans une de ses dissertations , avait prouvé que Willis était le premier qui eût donné des glandes une bonne description.
Willis est en effet le premier auteur qui nous en parle clairement; mais certainement il n’est pas le premier qui les ait observées.
Si nous possédions encore les ouvrages d’Hérophile, nous trouverions sans aucun doute quelques observations relatives aux corpuscules. On sait que cet auteur, qui vivait sous le règne de Ptolémée Soter, s’occupait spécialement de névrologie : il découvrit le confluent des sinus, auquel il laissa son nom ; Galien rapporte qu’il disséquait les corps humains.
L’opinion de Willis est d’une grande autorité dans le sujet qui nous occupe : voici comment s’exprime ce grand anatomiste dans son ouvrage écrit en 1670, trente ans avant la dissertation de Pacchioni :
«Circa hæc vasa sanguifera, piam matrem obducentia, observa- «mus, arterias et venas, duma finibus oppositis prodeuntes invicem «occurrunt, non modo per singulares propagines mutuo inosculatas «sarcinam suam immédiate transferre, uti in aliis corporis partibus « fieri solet , sed varie complicata et intertexta, 'ubique plexus admi-
« randos constituere, quibus ut plurimum glandulæ per exiguæ valde «numerosæ interseruntur. Id quod videre est, non tantum in plexi «bus qui choroides appellantur (quo nomine, præter illos qui intra «cerebri plicaturam reperiuntur, etiam illos pone cerebrum consitos «dignamur). Verum ejus modi vasorom plexus cum glandulis inter- « sertis, per totum cerebri ac cerebelli ambitum, et interiores re- «cessus, ac præcipue inter anfractuum et interstitiorum hiatus, « ubique sparsi conspiciuntur. Hoc liquido patet in cerebro humi- «diori, aut hydropico, ubi glandulæ alias per exiguæ, ut fere visum «fugiant, a madore intumefactæ facile percipiuntur
« Quorum omnium ratio et finis si inquiratur, videtur quod isti « vasorum plexus, repetitis ambagibus varie complicati , velut cana- « liculi serpentini alembico appensi fuerint , quorum per angustias «sanguis longo circuitu transiens, subtilior usque et elaboratior «evadit; nimirum crassiore sui parte inter transeuntem sensim de- «posita, aut per ramulos venosos amandata; adeoque demum san- «guis tantum purissimus, et valde spirituosus, atque ipse in spiritus «animales jam jam evasurus, intra cerebri poros et meatus admit- «tatur: ceterum, uti cruor, sive pars sanguinolenta a venis absor- «betur, ita veri simile est, sérum sive partem aquosam a glandulis «intertextis excipi.
«Etenim haud constat ob quem alium lînem hœc arteriæ totidem « glandulis ubique stipentur, nisi ut serositates superfluas in easdem « deponant. Inter plexus istos haud constat nervos reperiri, qui suc- « cum aliquem aut humorem serosum iis glandulis demandent , et «nundum comperi, utrum lymphæ ductus hæc vasa comitentur; «quare opinari fas sit, dum purior et spirituosa sanguinis portio, a «reliqua ejus massa sécréta in cerebrum extillàtur, humiditates se- « rosas a glandulis, quæ numerosæ adsunt , excipi , et abiisdem ali- «quandiu retineri, donec in venas iterum inanescentes remandari «poterint» (1).
(1) Willis, Cerebri anatome , t. 1 , chap. 7.
Willis a décrit le premier et regardé comme des glandes les granulations méningiennes; mais il n’est pas le seul anatomiste qui, à la fin du 17e siècle, et avant Pacchioni, se soit occupé des corpuscules.
Duncan, anatomiste écossais, dans un ouvrage intitulé Explication nouvelle et mécanique des fonctions animales , publié en 1649 , admet des glandes dans la pie-mère.
Vieussens dit que la pie-mère n’est point pourvue de glandes, comme Willis l’a écrit ; il les a cherchées en vain (1).
Dans une dissertation de Slevogt sur la dure-mère , écrite en 1690 (2) , nous trouvons quelques lignes relatives aux granulations. Dans la définition de la dure-mère, il est dit : «Mater dura « sive meninx crassa , anatomicis est corpus illud membranaceum «musculoso glandulosum , » etc.
Ailleurs , au paragr. 25, on trouve : «An vasa lymphatica hue
«quoque referri debeant , a multis dubitatur Quos tamen , si
« vel maxime expérimenta in capitibus a frigore congelatis instituta, « laterent , primo glandularum præsentia de lymphæ vasis convin- «cere deberet; adesse autem glandulas, clarissime in hydropicis «patet, ubi , Willisio teste, satis conspicuæ [redduntur : sicut et « fungi exvulnerata méningé féliciter propullulantes eas arguunt , «quorum exempla passim apud chirurgos, in primis autem ratione «bonæ vel malæ curationis in observationibus apud Fabricium legi «possunt. »
Dans le même tome 2 de Disputationibus anatomicis de Haller, on trouve une dissertation de Mylius Guillaume sur les glandes (1698).
Dans la classification qu’il en donne, cet auteur parle des glandes
(1) Nevrologia universalis , p. 29.
(2) Dissertation Slevogt, dans Haller, Disput. anat. , t. 4.
des méninges, qu’il range dans la classe des glandes vésiculaires , pourvues intérieurement de vaisseaux sanguins.
Dans les premières années du 18e siècle, paraissent les mémoires et les lettres dans lesquels Pacchioni , médecin et anatomiste romain, décrit avec soin les corpuscules, et émet son opinion sur le rôle qu’ils jouent dans l’économie.
Ces lettres et dissertations sont adressées à Schrœkius, Fantoni et Méry; nous donnerons une rapide analyse des opinions de l’anatomiste italien (1).
Dans sa lettre à Schrœkius , président de l’Académie des curieux de la nature , Pacchioni raconte que , malgré les autorités et les apparences contraires, l’amour de la science l’incitant à faire des recherches sur l’existence des vaisseaux lymphatiques dans le cerveau, il découvrit les glandes qui depuis portent son nom.
Voici comment il les décrit :
«In longitudinali sinu , immédiate sub membranosis expansioni- «bus, in areolis chordarum willisianarum , quin et supra easdem «chordas consitæ sunt in numeræ glandulæ conglobatæ, propria et « tenuissima membrana , veluti in sacculo conclusæ; quæ racematim «in plurimum cœunt, raro sparsim disponantur...
«... Figuram exhibent sub rotundam quæ ex mutua ipsarum « compressione identidem variât : in non maceratis meningibus , « ovorum instar bombyeinorum apparent ; si vero crassa meninx « aqua communi prius detersa , per mensem et ultra in aceto deti- « neatur, hujusmodi glandulæ adeo cum ipsa méningé intrumescunt, «ut granum milii crassioris a cortice non denudati exsequent et « quando que superent.
«In senibus tamen et longo morbo confectis , ita conspicuæ « emergunt , ut sine macerationis vel microscopi opéra discernantur,
(1) CoDsult. Pacchioni, Opéra omnia , 1721.
« non solum in interiori parte sinus proéminentes secl et lacertorum « interstities , qua piam meningem respiciunt et attingunt. . .
«... In senibus vero glandulæ albescentes et magis turgidæ cer- «nuntur : quod in hydrocephalis , comatosis et id genus aliis ob- «servari posse arbitrarer...
«Ex præfatis glandulis innumera emergunt fila quæ totidem sunt «excretoria vascula, quorum existentiam olim, non levi conjectura «assecutus fueram, tandem vero per autopsiam sensibus percepi...
«...Ex hactenus recensais satis inferri posse crediderim, méningés «glandulas ad separandum humorem aliquem a toto sanguine di- « versum , cæterarum more , comparatas esse ; in quem autem finem « secutus ab iisdem humor, seu lympba a natura determinari possit, «non æque patet. Statim ac enim glandularum acervos ad latera «primi sinus detexi , hæsitare cœpi, an, in hujus gratiam constitutæ «forent, ad refluum mempe sanguinem venosam magis fluxilem « reddendum , tollendumque mortiferæ coagulationis periculum. »
La correspondance de Pacchioniet de Méry est courte, mais elle est fort curieuse. Méry, anatomiste français, avait fait voir, dans le sinus longitudinal de la dure-mère d’un homme, plusieurs amas de grains semblables à de petites glandes; ils étaient placés aux embouchures des veines qui se terminent dans le sinus (1). Pacchioni , . ayant eu connaissance de cette observation , écrivit à Méry pour lui faire part de ses idées; Méry lui répondit : «S’il est bien évident que les vaisseaux lymphatiques qui partent de ces glandes aillent finir dans le cerveau , cette découverte donne lieu à trois conjectures : 1° que la lymphe doit se décharger dans la partie corticale du cerveau , 2° que la lymphe doit s’écouler ensuite dans la partie blanche du cerveau; 3° c’est que les esprits animaux ne seront autre chose que la lymphe même, que séparent du sang les petites glandes de la dure-mère, et non pas la partie la plus subtile du sang, qui
(1) Histoire de l’Académie des sciences , année 1701.
abandonne la plus grossière en passant par les glandes du cerveau , comme le soutient Malphigi. »
« Des trois conjectures que vous m’avez fait l’honneur de me communiquer. lui répond Pacchioni , nous nous rencontrons presque dans les deux premières; pour la troisième, je la laisse à votre bon jugement. Je soutiens que la dure-mère, étant un muscle qui presse toujours les glandes corticales du cerveau , pour en exprimer ensuite la liqueur dans les racines des nerfs, elle a besoin de cette humeur lymphatique qui coule de ces petites glandes entre l’une et l’autre membrane du cerveau, pour les humecter sans cesse, pour le maintien de son continuel mouvement , de la même manière que la lymphe de la membrane qui enveloppe le cœur lui sert à un usage semblable. »
Il nous resterait encore à parler des deux dissertations adressées à Fantoni ; mais, comme elles reproduisent en grande partie les idées que nous venons de faire connaître , nous nous dispenserons d’en donner l’analyse. Fantoni, médecin du roi Victor-Amédée II, attaqua vivement, dans deux dissertations, les idées nouvelles (1) , s’attachant à démontrer avec soin toute leur fausseté. Ces deux dissertations sont plus intéressantes au point de vue historique qu’au point de vue critique, puisque les idées de Pacchioni sont depuis longtemps abandonnées, en partie du moins.
Nous n’avons d’autre but que de faire connaître par des citations les autorités et les observations nouvelles que rapporte Fantoni. Dans sa première dissertation , il ne cite que les remarques de Littré, relatées dans les Commentaires de l’Académie royale de Paris :
«Scribit in cadavere hominis sexagenarii repentina morte sublati, «plurima tubercula, præsertim juxta sinus, amplioraque vasa duræ «matris se ostendisse; ita ut singula in crassitudine ejus contine- «rentur, alia quidem ad externam, aliaque ad internam faciem
(1) Fantoni, Opuscula omnia; Lausanne, 1738.
«magis proeminentia, quibus digito compressis utrinque ichor pro- « diret. »
Des trente remarques critiques dont se compose la seconde dissertation, nous extrairons les observations suivantes :
« Ponstiere. Hic nimiarum corporis partium diligens investigator, « ancipitem se primo fuisse dixit in statuenda talium corpusculorum «natura, quæ inveniri soient juxta sinum duræ matris. Deinde in «eam sententiam venisse, ut aliud quidquam in exiguos globulos « concretum potius quam glandulas esse censerit. . . .
« Cui recentissima accedit , eaque magni sane ponderis auctoritas «Cl. Winslow, qui non obscure subvereri videtur, ne ilia glandu- «larum similia tubercula révéra glandulosa sint. Taies observavit «in Domine liydropice miliarias glandulas Jos.-Jacobus Pejerus, dif- « fusas in omni amplitudine piæ matris ; pariterque J. Pozzi in quo- « dam viro qui ex acuta febre perierat, in quo nudis oculis albicantes «acini instar granulorum mibi apparebant. Clar autem Molinellus « non solum universam in capite apoplectici piam meningem reperit «hujus modi aspersam corpusculis, quibus lenta et subflava materia « continebatur, sed ubi maxime in sulcos cerebri eadem altius mem- «brana pénétrât.
« Cum piam matrem optius vitris perlustrasset ( Wieussensius ) « nihil prorsus glandulis simile deprehendit ; idcirco præter naturam « fieri arbitratur, si forte quiddam in speciem glandularum occurrat, « quod idem refert ad extrema vasculorum obstructa et humore tu- « mefacta. »
Depuis l’époque où Pacchioni et Fantoni publièrent leurs travaux jusqu’au moment où parurent les immortels ouvrages de Haller, un grand nombre d’anatomistes s’occupèrent, en passant, des granulations méningiennes.
Heister a vu, dans un cas, des glandes logées dans de petites lacunes des os du front.
Santorini , professeur à Venise , a observé des glandes dans les grands sinus et entre la dure-mère et la membrane arachnoïde ; il
a aussi observé un peloton de glandes sous l’os coronal , et de chaque côté du sinus longitudinal , à la distance d’un pouce, il a trouvé des glandes à peu près pareilles, adhérentes aux troncs des vaisseaux qui serpentent entre la dure-mère et l’ arachnoïde. En disséquant le cerveau de deux vieillards , il a trouvé plusieurs fosses creusées dans la substance médullaire (1).
Gunzius, médecin du roi de Pologne, a aussi connu les glandes de la dure-mère sous le nom de corps durs et fongueux (2).
Harder indique quelques corps glanduleux situés vers le sinus longitudinal (3).
Ruysch parle des corpuscules qu’il a rencontrés sur des pièces anatomiques ; voici son observation (4) :
«N° 1. Pliiala in liquore continens infantis caput, cujus pars cranii «superior est ablata, ut cerebri portio videri posset.
«Not. 1. Dictam portionem cerebri, in capitis cavo relictam pia « matre obductam esse , hic licet cernere ; per eam plurima vasa « sanguinea repleta repunt, nec non in numeræ particulæ rotundæ «et albicantes , per eam sunt dispersæ, quæ mihi sunt pinguedo ;
« aliis autem perperam dicuntur piæ matris glandulæ. »
Bartholin et Vésale parlent aussi de deux tubercules de la duremère logés dans une fossette des os.
Nous arrivons à Haller, auquel rien n’a échappé , et qui fait preuve sur ce point , comme sur tous les autres , d’une immense érudition (5). Le premier, il traite successivement des glandes qui
(1) Observationes anatomicœ , chap. 3 , p. 52 ; 1724.
(2) De Sanguinis molu per durions cerebri membranœ sinus observationes ; Lips.,
(3) Thesauri observationum medicarum variarum , 1736.
(4) Thésaurus anatomicus quintus , 1729.
(5) Éléments de physiol. , t. 4, sect. 4; 1766.
1 853 . — Faivre. 8
sont situées sur la dure-mère, et de celles que l’on trouve sur la piemère. 11 semble faire de ces glandes deux classes bien distinctes; voici comment il décrit lespremières :
« Sunt equidem diversi generis glandulæ quæ passim in utra- «que méningé habitant; ejus modi primo glandulas duras, ro- «tundas, verrucarum similes , acervatas reperio passim in supe- « riori cerebri facie, ad falcis nascentes latus, in reticulatarum fibra- «rum ejus meningis intervallis repositas, in que cranii cavos quasi «puteolos receptas.
«Agminis basis arachnoïdeæ membranæ insidet ; præcipuum « agmen inter reticulares lacertos duræ membranæ ponitur ; fasti- « gium de exteriori superficie duræ membranæ exit. »
Haller dit avoir vu lui-même des corpuscules aux environs du sinus droit.
« Aliquæ denique agminatæ glandulæ in fine anteriori tentorii acerebelli a me repertæ sunt. An hæc glandulæ numerosæ circa «cerebellum, nonnullis prioris seculi scriptoribusdictæ? Negabat ad «sinus latérales reperiri Paccbionus; quas trunco nervi quinti in- «cumbere Cl. Vieussens scripsit , eas non memini me videsse. »
Voici enfin ce que dit ce grand physiologiste sur les usages des corpuscules :
« Has glandulas conglobati generis esse et vasa emittere inventor « proposuit. Sed ea vasa ex ipsa descriptione vehementer suspiceris «non differre a celluloso textu. Pressas glandulas liquorem stil- «lare facile credo, quæ possint eodem , quo dura membrana hu- « more ebriæ esse. Cæterum quoties albæ sunt et molles, toties nihil « omnino cum conglobatis similitudinis habent.
« Sed vaporem , quem diximus , in eis glandulis sècerni , perinde « improbabile sit, qui totum undique meningum ambitum obdu- «cat, cum glandulæ ejus velamenti exiguam particulam teneant.
«Deinde cum et natura rorem a meningibus exhalantem osten- «dat et ars naturam imitetur, non adtinet alias tenuis alioquin «bumoris scaturigines quærere. In sinum falciformem suum humo-
«rem mittere alia ven senis conjectura fuit. Tôt autem aliæ venæ, « cum absque ejus modi glandulis sint , et cum fréquenter in sede «ab eo sinu remota glandulæ ponantur, hactenus de carum parti- «cularum officio ampliandum esse crediderim. »
Aux auteurs dont nous avons déjà cité les noms, nous ajouterons, d’après la liste de Haller, Nicolas Weiss, Samuel Collens et Lieutaud.
Après le célèbre Haller, deux anatomistes se sont encore occupés, à la fin du 18e siècle, des granulations méningiennes : Malacarne et Sœmmering.
Malacarne revient aux anciennes idées de Pacchioni , c’est-à-dire qu’il regarde les corpuscules comme des glandes.
Il décrit les points sur lesquels il les a observés , soupçonne l’existence de conduits excréteurs par lesquels s’écoule le liquide exprimé par les glandes ; ce liquide est tout à fait différent de celui qui humecte la face interne de la dure-mère dans les points où les corpuscules n’existent pas (1).
Sœmmering ne s’étend pas longuement sur les corpuscules; il décrit leur forme , leur siège , leurs variations ; rapporte , sans se prononcer, l’opinion commune (2).
En 1812, Charles et Joseph Wenzel, étudiant sur plus de cinquante sujets, et avec plus de soin qu’on ne l’avait fait jusqu’alors, les granulations méningiennes, arrivèrent à des résultats plus précis. De tous les auteurs, ce sont ceux dont les observations , sauf quelques points , nous semblent le plus conformes à la vérité ; l’importance de leur travail nous engage à en donner quelques extraits (3).
Ces auteurs ont examiné dès embryons depuis le troisième mois
(1) Enccfalotomia nuova universale , p. 57 ;Torino, 1780.
(2) De Corporis humant fabrica , t. 14.
(3) De Penitiori structura ccrebri hominis et brutorum , p. 1-17; Tubinge, 1812.
jusqu’à la fin de la grossesse. Ils n’ont pas rencontré trace de corpuscules , contrairement à l’opinion de Sœmmering ; ils en ont cependant trouvé dans le cerveau de très-jeunes enfants.
«In alio (il s’agit d’une petite fille) unius anni cum dimidio, et in «altero duorum annorum in utrumque falcis latus nonnisi parva
«aliqua occurrebant in septem annorum puella tria détecta
« sunt. »
Rapports des granulations avec les veines : «Nec inutilis et præ- « tereunda animadversatio est ; quod acervi corpusculorum maxima «ex parte super venarum truncis siti sint , ibi videlicet, ubi isti «majorem in sinum jam se demissuri sunt; rarum est enim, ma- «jorem aliquam et densiorem corpusculorum acervum inspatio,
«quod duos venarum truncos intercedit, inveniri Hæc ani-
«madversio tam vera tamque constans est, ut ex cumulorum quos « corpuscula formant situ , majorum etiam truncorum venarum si tus « colligi cognoscique possit. Cum vero anteriorem ad partem supe- « rioris faciei amborum cerebri hemispheriorum venarum trunci ne- « quaquam tanta , quanta mediam et posteriorem partem versus , «magnitudine sint ; ratio adparet quare etiam in anteriore parte « minor, quam in media et posteriora versus corpusculorum copia « sit. »
Charles et Joseph Wenzel émettent, sur l’origine des corpuscules, une opinion qui confirme en partie celle que nous avons émise en traitant des usages; nous la reproduisons en entier :
« Maleria eorum lympha est quæ ex vasculosæ seu internæ cerebri «membranæ vasis secernitur, istam, uti et mediam membranam « arachnoideam dictam obducit mutatque, ac medium inter utrum- «que spatium modo majus modo minus, implet.
«Inter ea corpusculorum major minorve copia, non solum a lon- « giore aut breviore temporis spatio pendet , quod ab effusione lym- « phæ ad mortem usque intercidit ; copia etiam effusæ lymphæ mo- « menti æque ac in re magni est. Hinc cum in senioribus congestiones «sanguinis in capite per se jam copiosiores et vehementiores , quam
« in junioribus sint, et secretionis lymphæ eadem ratio sit : eadem ex « causa copiam quoque corpusculorum in senibus majorem quam in «infantibus et adultis esse, necesse est, nisi forte aliæ quæ accedunt «causæ œque multum acætas conférant. Nec silentio prætereundum « esse opinamur prædici posse , multa in homine corpuscula occur- « sura esse , si morbi præcesserint , qui copiosis in capite sanguinis « congestionibus conjuncti sunt , ubi proinde et lymphæ secretio «copiosior est. Contigit hoc in melancholicis , hypocliondriacis , ma- «niacis atque epilepticis, nec non iis quibus aqua in cerebro est, « aut qui alio quodam diuturno capitis morbo affliguntur. »
Voici les conclusions définitives que les auteurs tirent de leur travail :
«Finem neque ullum habere, neque habere posse videtur. Eorum « ortus absque dubio a morboso statu, inconstans, incertus, ex «ætate aliisque fortuito accidentibus circumstantiis est; proprietates «corpusculorum enim vix non omnes inconstantes sunt, ideoque «illis humani corporis partibus quæ constantes sunt, non corres- « pondent.
« Hæc nisi fallimur, sufficiunt , quo affirmare confidenter pos- « simus , corpuscula in externa cerebri membrana et infra eam oc- « currentia finem a natura præfixum non habere , imo vero ex iis « oritura esse incommoda, nisi incrementum ipsorum tam tarde pro- « cederet , et in ipsis ætate quam maxime provectis adeo parva , et « in universum adeo exigua essent. »
Nous ne connaissons pas de travaux plus complets que l’ouvrage dont nous venons de donner brièvement les principaux aperçus. Depuis qu’il a paru , il n’a pas été fait , que nous sachions, d’études plus fructueuses sur les granulations , bien que tous les auteurs modernes et contemporains n’aient pas laissé dans l’ombre ce point d’anatomie. Nous allons passer en revue les principales opinions des auteurs modernes , sans revenir sur les détails que nous avons déjà donnés , et qui sont reproduits dans toutes les descriptions.
En Allemagne , les auteurs de Y Encyclopédie anatomique ont été
très-sobres de détails sur les corpuscules. Valentin se contente de dire qu’ils paraissent être constamment des produits d’une exsudation morbide, et non des glandes lymphatiques particulières (1) ; il renvoie pour de plus grands détails à l’ouvrage de Wenzel.
En France , les anatomistes ont traité la question de la nature des corpuscules sans arriver à des résultats bien concluants. Blandin surtout , après avoir étudié les productions méningiennes , a émis à leur sujet une opinion singulière que nous ferons connaître en reproduisant textuellement les paroles de l’auteur.
« Quelle est la nature de ces granulations? quelle cause préside à leur formation? Telles sont les questions qui viennent naturellement à l’esprit chaque fois qu’on étudie les membranes encéphaliques... J’y ai beaucoup réfléchi, et, je l’avoue, ces circonstances, 1° que ces corps manquent dans le jeune âge et sont ensuite de plus en plus développés à mesure que l’on s’éloigne de cette période de la vie ; 2° que la pie-mère est, de toutes les membranes, celle qui subit le plus promptement ces modifications dans sa manière d’être, quand elle devient le siège d’une irritation quelconque; 3° que les céphalalgies, les migraines, auxquelles peu d’individus échappent complètement pendant l’âge moyen de la vie, ces circonstances, dis-je, m’ont toujours fait considérer les glandes de Pacchioni comme des produits pathologiques, dont l’influence sans doute est peu fâèheuse, mais dont la nature ne peut être méconnue pour cette raison ; produits qui partagent , au reste , ces caractères avec plusieurs autres dont l’étiologie est un peu mieux établie» (2).
M. Cruveilhier , en rapportant les opinions diverses qui ont été émises sur ces granulations méningiennes, ne se prononce pas. «Mieux vaut, dit-il, confesser notre ignorance au sujet de ces corps qui ne sont pas non plus de petits ganglions lymphatiques, ainsi
(1) Nécrologie , p. 135; 1843.
(2) Anatomie descriptive , (. 2; 1838.
qu’on l’a prétendu. Leur fréquence est telle qu’ils ne sauraient être rangés parmi les productions morbides; leur absence chez l’enfant, leur nombre beaucoup plus considérable chez le vieillard que chez l’adulte, sont un des traits principaux de leur histoire» (1).
M. Foville , en décrivant les enveloppes du sysième cérébro-spinal , mentionne les glandes de Pacchioni , sur lesquelles il ne dit que quelques mots : il n’a pas observé dans ces corps la structure glanduleuse. Ces petits corps, dit-il, peuvent au moins fournir la preuve de la juxtaposition très-exacte des parties supérieures du cerveau à la voûte osseuse. On ne sait rien d’exact sur la cause qui les produit» (2).
M Longet ne paraît pas non plus avoir fait de recherches spéciales sur les granulations méningiennes , il indique seulement l’opinion des auteurs (3) .
M. Sappey donne des développements plus étendus, spécialement sur les pertes de substances éprouvées par la face interne des os du crâne. «Breschet, dit-il, qui avait fait une étude spéciale de l’influence qu’exercent les granulations méningiennes sur les parois du crâne, avait constaté qu’elles attaquaient non-seulement les pariétaux, mais les frontaux, l’occipital, et même la portion pierreuse du transversal ; sur deux crânes qu’il avait recueillis pour cette étude, tous ces os sont comme criblés, sur leur face interne, d’excavations à contours irréguliers et taillés à pic; sur tous deux, la plupart des sutures ont disparu, et témoignent par conséquent de l’âge avancé des individus auxquels ils ont appartenu. »
L’auteur que nous analysons se rattache à l’opinion de Ruysch , c’est-à-dire qu’il considère les granulations comme des globules de
(1) Anatomie descriptive , t. 4 , p. 178.
(2) Traité d’anatomie , physiologie , pathologie du système cérébro-spinal , t. 1 , p. 562 et 563 ; 1844.
(3) Système nerveux , t. 1
nature graisseuse : il admet que les corpuscules se développent sous l’influence du grand mouvement de décomposition qui s’empare de tous nos organes vers le déclin de la vie , et qu’ils constituent un des caractères ou plutôt un des résultats par lesquels se manifeste la dégénérescence sénile (1).
Le professeur Luschka, de Tubinge, a publié dernièrement le résultat de nouvelles recherches sur les granulations méningiennes (2) : il les nomme papilles araclinoïdales, et prétend qu’ elles ne siègent que dans l’arachnoïde; ces papilles sont quelquefois hypertrophiées, d’autres fois on y trouve des dépôts graisseux ou terreux. L’auteur ne sait quelle fonction attribuer à ces organes, si ce n’est peut-être celle de soutenir et de protéger les vaisseaux sanguins qui se rendent du bord supérieur du cerveau au sinus.
(t) Anatomie descriptive , t. 2, p. 58 et 59; 1852. (2) Archives de Muller , liv. 2; 1852.