‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 14 sur 19 · USAGES · texte numérisé non relu

USAGES

Entraînés par le désir bien naturel de se rendre compte de l’usage des parties avant d’en avoir bien examiné les dispositions intimes, les anatomistes ont dû souvent se laisser conduire à des erreurs ; c’est un fait que confirme une fois de plus l’étude des granulations méningiennes ; rien n’est plus curieux à cet égard que le témoignage de l’histoire.

Willis prétend que la partie la plus riche en esprits , la plus pure

du sang , est destinée au cerveau , tandis que la portion séreuse est en partie versée dans les veines , et en partie déposée dans les glandes; ces organes conservent quelque temps cette sérosité, et la font passer dans les canaux veineux.

Pacchioni , qui a donné aux granulations méningiennes le nom de glandes, en fait des réservoirs de vaisseaux lymphatiques; il suppose que la dure-mère , étant un muscle , a besoin de cette humeur lymphatique qui coule de ses petites glandes entre l’une et l’autre membrane du cerveau, pour les humecter sans cesse, et maintenir un continuel mouvement.

Méry, anatomiste français , assigne un rôle bien plus singulier aux glandes de Pacchioni ; il en fait de petits appareils qui séparent du sang la lymphe même qui constitue les esprits animaux.

Nicolas Weiss les regarde comme faisant l’office de valvules veineuses. Dans l’opinion de Ruysh , ces corpuscules ne sont que des masses de graisse.

Haller, tout en évitant de se prononcer sur un sujet aussi peu éclairci, penche néanmoins à croire que les glandes forment cette sérosité qui baigne les membranes encéphaliques.

Nous passons sur les opinions d’un grand nombre d’auteurs anciens ; elles seront plus loin rapportées avec détail.

Nous trouvons dans les auteurs modernes une égale divergence d’opinions. Charles et Joseph Wenzel prétendent que les corpuscules n’ont aucun usage, et sont des produits pathologiques; Blandin en fait aussi des produits pathologiques et leur attribue un grand rôle dans la production de la migraine ; M. Cruveilhier ne se prononce pas; MM. Valentin et Sappey les regardent comme les résultats de la dégénérescence sénile ; enfin le professeur Luschka, de Tubinge , pense que ces organes sont peut-être destinés à soutenir et à protéger les vaisseaux sanguins qui se rendent du bord supérieur du cerveau au sinus.

Toutes les divergences d’opinion que nous venons d’exposer trouvent, jusqu’à un certain point, une raison d’être dans les dif—

Acuités expérimentales; disons mieux, dans les impossibilités expérimentales. Il est presque impossible , en effet , d’instituer des expériences capables de nous éclairer directement sur les usages des granulations ; il faut aller chercher dans l’étude anatomique complète les éléments d’une solution rationnelle.

La structure nous a déjà révélé que les granulations méningiennes ne sont que des concrétions de phosphate et de carbonate de chaux enkystées dans les mailles du tissu cellulaire. 11 y a déjà loin de ce fait à l’hypothèse des glandes lymphatiques , des globules graisseux, etc.; mais que sont ces concrétions calcaires à qu’elle classe de produits appartiennent-elles? Pourquoi cette forme particulière des granulations , ce siège spécial , cette évolution si régulière? II est possible de rattacher, comme nous allons le faire , toutes ces particularités à un fait unique qui les explique et en fasse comprendre la fin. A quelle classe de produits doit-on rapporter les granulations méningiennes?

Il existe dans l’économie deux grandes classes de produits, les produits normaux ou physiologiques, les produits morbides ou pathologiques.

Les produits physiologiques peuvent eux-mêmes se partager en deux groupes ; les uns indépendants des causes accidentelles , sans relations avec la durée ou toutes autres conditions variables de l’organisme , liés pour ainsi dire aux conditions intrinsèques du jeu des organes; les autres se rattachant à l’âge, et sous la dépendance plutôt indirecte que directe des phénomènes de la vie.

Les produits de ce dernier groupe ne sont nullement la conséquence d’un état morbide ; mais ils peuvent à la longue déterminer une altération dans l’économie. Les bourses séreuses accidentelles , par exemple , ne sont pas des productions morbides; mais si la cause qui leur a donné naissance continue à s’exercer, elle pourra amener un état pathologique. Les dépôts calcaires qui se font chez les vieillards , dans les tuniques artérielles , sont uniquement les conséquences de l’âge; mais s’ils se produisent avec trop d’abondance ,

ils pourront amener des désordres dans la circulation , et par suite des maladies du cœur, des artères ou du cerveau.

Il en est de même des concrétions qui se forment dans les membranes de l’encéphale , et en particulier des granulations méningiennes qui appartiennent à cette catégorie de produits.

Le caractère des produits pathologiques est de n’exister qu’accidentellement dans l’économie, à la suite de perturbations éprouvées par l’organisme ; on sait d’ailleurs qu’ils forment aussi deux groupes : les uns sont homœomorphes, c’est-à-dire composés d’éléments qui ont leurs analogues dans l’économie; les autres, hétéromorphes, sont formés d’éléments tout à fait étrangers.

La présence presque constante des granulations méningiennes chez l’homme et chez un certain nombre d’animaux , l’indépendance complète de ces produits avec les états morbides qui pourraient leur donner naissance , ce mode si particulier et si régulier de position et d’évolution des corpuscules, nous semblent des raisons suffisantes pour ranger, contrairement à l’opinion d’un grand nombre d’anatomistes, les granulations méningiennes dans la classe des productions physiologiques.

Ce serait une erreur de croire que les corpuscules méningiens forment un système à part qui n’aurait pas son analogue dans l’économie.

Ces corpuscules ne sont qu’une des formes de ces concrétions si nombreuses qui se présentent sur bien des points du corps, et en particulier dans l’encéphale ; l’histoire des concrétions de l’encéphale chez l’homme et les animaux est encore à faire. Déjà nous avons réuni sur ce sujet bien des matériaux qui ne sauraient trouver place dans un travail de la nature de celui-ci , et que nous ferons connaître bientôt ; nous devons néanmoins présenter à cet égard quelques faits généraux.

Les concrétions de l’encéphale peuvent se diviser en deux espèces : les unes sont amorphes, uniquement formées de matières calcaires ou d’autres substances minérales disposées en mamelons ou en pla-

ques ; on les rencontre en plusieurs points de la pie-mère extérieure, très-souvent sur les plexus choroïdes du troisième et du quatrième ventricule ; chez l’homme et les animaux surtout , entre les fibres de la dure-mère ; les autres , de forme arrondie et ovoïdale , sont dues à un dépôt , dans les mailles d’un tissu cellulaire très-fin , de nombreuses granulations. C’est la disposition des fibres du tissu cellulaire qui détermine la forme globuleuse et allongée dont nous venons de parler.

On pourrait assigner à ce type de concrétions le nom général de granulations méningiennes, ou de corpuscules méningicns, en faisant abstraction de toutes les dispositions particulières ; mais nous réservons ce nom aux concrétions décrites par Pacchioni , et dont les anatomistes se sont surtout occupés. À côté, d’elles se placent d’autres corpuscules qu’on rencontre très-souvent sur les plexus choroïdes qui tapissent les ventricules ; ces corpuscules ont été décrits par Willis, Ridley, Varoli, Duncan, Montinelli, Fantoni, et plusieurs autres auteurs. On les rencontre bien marqués chez les animaux ; nous les avons trouvés chez le cheval, le bœuf, le lapin. Nous croyons qu’ils ne diffèrent des granulations méningiennes ni par la structure ni par le mode de production ; nous les signalons seulement, nous réservant de les décrire ailleurs.

Nous venons de montrer que les granulations méningiennes se rattachent à une grande classe de produits qui se forment normalement dans les enveloppes du cerveau ; reste à déterminer sous quelle influence et par quel mécanisme ces productions se forment et se développent. Nous croyons qu’on peut trouver une explication raisonnable et logique de tous ces phénomènes , si l’on tient compte de l’influence qu’exerce pendant la vie le liquide céphalorachidien.

Notre explication se restreint aux glandes de Pacchioni ; elle pourrait s’appliquer aussi aux productions des plexus choroïdes.

Le liquide encéphalique qui baigne tout le tissu cellulaire sousarachnoïdien se trouve , à la face supérieure du cerveau , principa-

1853. — Faivre . G

Iement accumulé dans la large gouttière que forme le sillon antéropostérieur ; enfermé dans ce canal , il trouve des difficultés à son écoulement; à droite et à gauche de la scissure, ce sont les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien qui y mettent quelque obstacle; au milieu, c’est la faux du cerveau; en arrière, c’est la tente du cervelet, horizontalement placée, qui apporte à son cours un nouvel obstacle. Cette difficulté du mouvement à la surface du cerveau a été constatée et décrite par M. Magendie (1).

Il nous est permis de faire ce rapprochement : c’est au niveau de la scissure longitudinale que le liquide céphalo-rachidien est en plus grande quantité , c’est en ce point que son écoulement se faisant avec lenteur, il s’extravase sur la convexité des deux hémisphères ; d’autre part, c’est aussi le long de cette scissure que se rencontrent les granulations méningiennes. Ne seraient-elles pas un dépôt formé en ce point par le liquide encéphalique ? Pour vérifier cette hypothèse , examinons si la composition du liquide céphalorachidien, les variations qu’il peut subir selon l’âge et les maladies, sa manière d’agir sur les méninges , ne seraient pas en rapport avec les résultats auxquels l’observation nous a déjà conduit au sujet des granulations méningiennes. Le liquide encéphalique contient les matières inorganiques qui constituent les concrétions méningiennes.

Dans l’analyse de M. Lassaigne , nous voyons figurer les sels de la manière suivante.

Sur 99,980 parties de liquide, on a trouvé :

Matière animale et phosphate de soude libre.. . . 0,036

Carbonate de soude et phosphaste de chaux. . . . 0,017

Une autre analyse du même chimiste a donné , sur 99,998 :

Sous-carbonate de soude 0,060

Phosphate et carbonate de chaux 0,009

(1) Mémoire déjà cité, p. 42.

Ainsi les mêmes matières qui constituent le dépôt des granulations méningiennes se rencontrent aussi normalement, sauf la silice, dans la constitution du liquide céphalo-rachidien ; mais il est vrai de dire qu’elles y sont en très-petite quantité.

Nous avons vu que les granulations méningiennes augmentent en nombre avec l’âge : nulles chez les jeunes sujets, elles deviennent de plus en plus nombreuses chez les vieillards ; c’est identiquement dans le même rapport que varie la quantité du liquide céphalo-rachidien.

Peu considérable chez les enfants, de l’encéphale desquels on n’en peut guère retirer que 65 à 95 grammes, elle augmente chez les vieillards, au point qu’on en peut retirer 240 à 360 grammes, suivant le plus ou moins d’atrophie du cerveau, et les dimensions persistantes de la cavité encéphalique.

Sans aucun doute, les granulations méningiennes et le liquide céphalo-rachidien présentent une marche identique par rapport à l’âge; mais les mêmes relations subsistent-elles dans les diverses maladies? Nous n'en doutons pas, et aussi bien le témoignage de l’histoire que nos propres observations tendent à le prouver. La quantité du liquide céphalo-rachidien augmente considérablement dans les cas d’hydrocéphalie et d’hydropisie cérébrale; c’est dans ces cas aussi, comme le rapportent clairement Willis , Slevogt, Pacchioni, et Wenzel, tant d’autres auteurs, que les granulations méningiennes sont le plus développées et le plus apparentes. A la lecture des auteurs qui se sont occupés du sujet que nous traitons, nous avons été frappé du rapport qu’ils établissent toujours, par leurs observations , entre ce qu’ils appellent lymphe ou liquide cérébral et les corpuscules méningiens. Nous renvoyons à l’historique, où nous avons pris soin de citer tous les textes qui peuvent confirmer nos assertions.

Chez tous les sujets amaigris à la suite d’une maladie chronique, d’une phthisie, par exemple, la quantité du liquide céphalo-rachidien augmente ; les granulations sont aussi plus nombreuses et plus développées.

L’anatomie comparée peut confirmer encore l’exactitude de nos assertions sur les rapports intimes des corpuscules et du liquide céphalo-rachidien.

Voici comment s’exprime M. Magendie sur les variations que subit, chez les animaux supérieurs, le liquide encéphalique (1) :

« Un plus grand développement dans le système cérébro-spinal entraîne, en général, un développement proportionnel dans ses vaisseaux, dans ses enveloppes osseuses ou membraneuses. Le liquide céphalo-rachidien participera à cette espèce de solidarité. Il se trouve à son maximum de quantité relative chez les animaux supérieurs , où les fonctions du système nerveux sont à leur plus haut degré d’activité; tandis que, diminuant graduellement chez les animaux plus inférieurs , il finit par disparaître complètement dans certaines espèces de poissons. Mais, indépendamment de l’influence directe que le liquide exerce sur les fonctions du système nerveux, nous remarquerons que sa dégradation successive, dans la série animale, est elle-même liée à des modifications profondes, survenant dans le mécanisme des enveloppes protectrices , et dans la disposition du système circulatoire et rachidien. On a vu que , chez l’homme , le cerveau était baigné de tous côtés par une couche de liquide extérieure ( sous-arachnoïdienne ) et par une couche de liquide intérieure (inlra-ventriculaire). La couche de liquide intraventriculaire entoure les réseaux veineux qui composent les plexus choroïdes, et favorise leur circulation... Il en est de même chez les animaux supérieurs ; cependant l’existence du liquide intérieur est beaucoup plus constante que celle de la couche extérieure. Nous avons vu , en effet, le liquide ventriculaire exister encore en grande quantité, lorsque le liquide sous-arachnoïdien cérébral avait déjà complètement disparu.

(1) Mémoire cité , |>. !33.

«Quant à la couche de liquide extérieure, elle est, en général, d’autant plus épaisse , que la boîte crânienne est plus fragile. L’homme , sous ce ràpport , et particulièrement les vieillards, qui ont les os très-cassants, présentent la couche de liquide extérieure la plus abondante. »

Si les granulations méningiennes sont formées par le liquide céphalo-rachidien, on doit les trouver chez l’homme à la face extérieure du cerveau et dans les ventricules; elles doivent graduellement disparaître de la surface des deux hémisphères , à mesure que la couche sous-arachnoïdienne disparaît elle-même , et on doit en constater la présence chez les animaux dans l’intérieur des cavités ventriculaires. Ces suppositions se sont réalisées dans tous les cas que nous avons pu observer. En premier lieu, chez l’homme, les granulations existent bien marquées sur les plexus choroïdes, comme elles existent à la surface des hémisphères. Chez les chevaux , on n’en trouve plus qu’à la partie postérieure des hémisphères , au confluent du liquide encéphalique ; elles sont très-nombreuses dans les cavités ventriculaires, sur les plexus choroïdes; chez les vaches et les lapins, nous n’en avons plus rencontré à la surface extérieure de l’encéphale , mais les plexus choroïdes en présentaient encore un grand nombre.

Il est vrai de dire qu’en changeant de siège , les 'granulations changent aussi de forme. Nous avons fait ailleurs connaître les modifications qu’elles subissent. Nos observations sont encore trop incomplètes pour nous donner le droit de généraliser, et d’établir pour un plus grand nombre d’animaux les conséquences auxquelles nous sommes théoriquement parvenus.

Que faut-il conclure de tous ces rapprochements entre les granulations méningiennes et le liquide encéphalique? N’existe - 1- il pas une intime corrélation entre ces deux produits anatomiques? Ceci nous paraît certain, et nous ne voyons rien de plus conforme aux faits que l’explication suivante :

Le liquide céphalo-rachidien , par sa quantité plus considérable

dans la scissure antéro-postérieure du cerveau, par son extravasion lente à la surface des deux hémisphères , produit ou détermine la production de dépôts particuliers sur les parties latérales de la scissure, au sein du feuillet arachnoïdien viscéral : ces dépôts déterminent de petites saillies dans le tissu cellulaire, et sont le point de départ du développement des granulations méningiennes.

Chez les jeunes enfants , la quantité de liquide encéphalique est peu considérable , les granulations n’existent pas : cette quantité augmente avec l’âge, et le nombre des corpuscules augmente également; elle augmente avec certaines maladies , et le nombre des corpuscules est aussi plus considérable. Enfin, si c’est dans les ventricules seulement que le liquide céphalo-rachidien s’écoule , c’est seulement aussi sur les plexus choroïdes qu’on peut trouver des dépôts calcaires et des productions corpusculaires. 11 n’est pas, dans notre manière de voir, jusqu’à l’évolution des granulations méningiennes , qui ne trouve en quelque sorte son explication. Il suffit d’étudier, pour le comprendre , l’influence du liquide céphalorachidien sur les méninges. Voici comment s’exprime, à cet égard, M. Magendie dans son savant mémoire :

«Lorsque, dans un point quelconque de sa surface, vous mettez à découvert la dure mère rachidienne ou crânienne , vous remarquez que cette membrane est tendue, élastique ; elle résiste au doigt qui la presse; il y a donc distension des méninges par le liquide... Aussi , dès qu’une piqûre est faite à la dure-mère , l’arachnoïde étant intacte , on voit cette dernière , poussée par le liquide céphalo - rachidien , venir faire hernie à travers l’ouverture de la dure-mère. Cette hernie transparente se gonfle au moment de l’expiration , et diminue , au contraire , dans l’instant, de l’inspirattion» (1).

Admettant maintenant qu’il existe sur l’arachnoïde une série de

(1) Mémoire cité, p. 45 et 46.

granulations méningiermes , on conçoit facilement que, soulevées sans cesse par le liquide sous-jacent , elles exercent sur la duremère, aux côtés du sinus, une pression constante. Cette pression détermine à la longue une résorption, un écartement des fibres, et les granulations sont insensiblement poussées soit dans l’intérieur du sinus, soit entre les lames de la dure-mère ; plus l’âge des sujets est avancé, plus la quantité de liquide céphalo-rachidien est grande, plus par conséquent la pression sur la dure-mère tend à engager les granulations dans son intérieur. De là les adhérences des deux feuillets de l’arachnoïde, les saillies des corpuscules dans le canal veineux ou sur ses parties latérales, la destruction en certains points de la lame supérieure de la dure-mère , et l’usure de la table interne des os du crâne chez certains sujets.

Nous disions plus haut (et nous nous servions à dessein de ces expressions) que le liquide céphalo-rachidien produit ou détermine la production des granulations méningiennes : c’est en effet une question difficile que celle de savoir si les granulations sont formées directement ou indirectement par le liquide encéphalique. Elles peuvent être formées directement, puisque l’analyse chimique nous a montré que le liquide encéphalique contient ces dépôts , mais ces sels sont en très-petite quantité ; elles peuvent être formées indirectement par suite de la pression que le liquide céphalo-rachidien peut exercer sur les veines cérébrales au voisinage du sinus. Comme ce point touche à la question des rapports des corpuscules et de la circulation cérébrale, nous nous y arrêterons un peu.

On sait que c’est surtout au confluent des troncs veineux, dans le sinus, que se trouvent développées les productions méningiennes. Charles et Joseph Wenzel , qui avaient bien observé ce fait, l’ont trop généralisé lorsqu’ils ont dit qu’à la seule disposition des corpuscules on pouvait reconnaître la situation des principaux troncs veineux ; en tout cas le fait existe et demande explication. On peut dire que les granulations sont directement formées par des exsu-

dations veineuses ; que celles-ci sont déterminées soit par un ralentissement de la circulation artérielle comme chez les vieillards, soit par un obstacle apporté au cours du sang veineux retournant au sinus, obstacle normal ou morbide: toutes ces manières de voir sont aussi vraies les unes que les autres, en ce sens qu’elles sont aussi hypothétiques. Tout ce que nous pouvons dire de plus rationnel sur ce sujet, c’est que la circulation encéphalique a une influence sur la production des corpuscules méningiens comme elle en a une sur les productions du liquide céphalo-rachidien.

Nous croyons avoir démontré que les granulations méningiennes sont des produits normaux et qu’elles sont intimement liées à la production du liquide céphalo-rachidien ; il nous reste à chercher quels usages elles peuvent remplir dans l’économie, si toutefois elles en ont un.

Il est certain que les corpuscules ne sont pas des glandes lymphatiques , des produits graisseux , des productions destinées à servir de valvules aux veines qui aboutissent dans le sinus. En examinant les adhérences que les granulations établissent , surtout chez les vieillards, entre les deux Jfeuillets de l’arachnoïde, on pourrait chercher à déterminer le rôle de ces adhérences et par cela même celui des corpuscules méningiens ; mais ces adhérences ne sont pas constantes , elles sont variables , et si on les trouve plus souvent chez les vieillards , on les trouve aussi dans l’âge adulte.

Pour nous , sans adopter de manière de voir trop affirmative , nous ne saurions admettre que les granulations méningiennes soient destinées à des usages bien déterminés et bien constants. En nous montrant de combien de variations sont susceptibles ces produits, les faits ne nous permettent pas de croire qu’il leur ait été assigné un rôle aussi important que celui qu’on veut leur attribuer ; d’un autre côté, nous ne saurions admettre les vues de Charles et Joseph Wenzel , qui prétendent que la nature n’a assigné aux corpuscules aucune espèce de rôle. Finem a nnlura prœfixum non liabere. Peut-

on raisonnablement supposer qu’il y a dans la machine humaine , si sagement et si admirablement organisée, des dispositions sans but et des productions que le hasard a fait naître ?

Nous pensons plutôt qu’il faut voir, dans les granulations, des produits d’excrétions , de dépôt , d’élimination , dont l’âge détermine normalement la production.

Le sang et le liquide céphalo-rachidien se débarrassent ainsi d’une partie des substances inorganiques qu’ils renferment et qui tendent incessamment à voyager de l’intérieur à l’extérieur des méninges.

Nous nous arrêtons à cette opinion, qui nous parait la plus vraisemblable, la plus logique, la plus conforme aux faits; nous ne saurions aller plus loin sans tomber dans le domaine des hypothèses, domaine déjà si vaste et dont il est malheureusement si facile d’agrandir les limites.

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