DES
GRANULATIONS MÉNJNGIENNES.
Les petits corps qui font l’objet de ce travail ont exercé bien souvent la sagacité des anatomistes. Bien que la description la plus ancienne qu’on en puisse rapporter ne remonte qu’à Willis, c’està-dire à la fin du 17e siècle, il est très-probable que les anciens connaissaient ces productions. Leur situation sur les bords de la grande scissure cérébrale, leur forme et leur couleur, attirèrent, on n’en peut douter, l’attention des nombreux anatomistes qui se sont toujours livrés avec ardeur à l’étude du cerveau ; néanmoins c’est Pacchioni qui fit connaître d’une manière plus spéciale ces corps , qu’il considère comme des glandes , et qui conservèrent depuis le nom de glandes de Pacchioni.
Cette dénomination est erronée , parce qu’elle fait supposer que les productions méningiennes sont des glandes , et que c’est à Pacchioni qu’on en doit la découverte, tandis qu’il n’a fait que les décrire avec détail.
Quoiqu’il ne faille pas attacher une trop grande importance à la nomenclature , il est nécessaire cependant que le choix des mots soit intelligent et logique.
Aux mots glandes de Pacchioni, nous substituerons donc les expressions de granulations méningiennes ou corpuscules méningiens.
Les granulations méningiennes sont renfermées dans la boîte osseuse du crâne, entre le cerveau et la lame interne des os, au niveau de la grand scissure qui sépare l’hémisphère droit de l’hé-
misphère gauche ; elles sont circonscrites dans une zone médiane et antéro-postérieure , dont nous ferons une petite région , en lui assignant les limites suivantes :
En haut, une bande osseuse, d’une largeur uniforme de 5 centimètres, s’étendant de l’apophyse crista galli au confluent des gouttières de l’os occipital, et correspondant au frontal, aux pariétaux, et à l’occipital.
En bas, cette région s’étend de 3 centimètres à 4 centimètres environ de chaque côté de la grande scissure cérébrale ; l’insertion de la faux du cerveau à 'l’apophyse crista galli en limite la partie antérieure , l’insertion de la tente du cervelet ferme la partie postérieure.
il est utile de présenter quelques détails sur chacune des parties que renferme cette région toute conventionnelle ; les descriptions subséquentes y gagneront en clarté et en précision.
La dure-mère , avec le sinus longitudinal supérieur et la faux du cerveau , les deux feuillets de l’arachnoïde , la pie-mère , le liquide céphalo-rachidien : telles sont les parties qu’il est nécessaire de décrire.
A. Dure-mère.
Les deux lames de la dure-mère, voisines du sinus, le sinus qui les réunit, la faux du cerveau qui part de l’angle inférieur du sinus : voilà les seules parties de la dure-mère qui concourent à former la petite région des granulations méningiennes , les seules par conséquent dont nous devons donner la description.
Nous distinguerons à cette portion de la dure-mère une face supérieure et une face inférieure.
La face supérieure est plane ; elle présente de petits filaments qui établissent son adhérence avec les os, adhérence plus prononcée au niveau des sutures, et plus grande chez les enfants et les vieillards que chez les adultes. Les filaments qui servent
de moyens d’adhérence sont surtout les petits vaisseaux de la circulation diploïque qui vont aboutir au sinus, et quelquefois des appendices fibreux.
La face inférieure de la dure-mère , divisée en deux parties par la faux du cerveau, lame fibreuse médiane verticalement dirigée, offre un aspect brillant et nacré. Suivant Bichat , cet aspect est dû à l’accolement du feuillet pariétal de l’arachnoïde.
A droite et à gauche de la faux , la dure-mère est constituée par un très-grand nombre de fibres entre-croisées en tous sens ; ces fibres , fort rapprochées chez l’enfant , s’éraillent chez l’adulte et chez le vieillard ; elles s’écartent alors et circonscrivent des mailles plus ou moins allongées. C’est au niveau de ces écartements, plus fréquents d’ailleurs en arrière qu’en avant , que s’établissent les adhérences des feuillets de l’arachnoïde et que s’effectue la pénétration dans le sinus des granulations méningiennes. De distance en distance , s’insinuent dans la trame fibreuse les veines cérébrales supérieures, dirigées en général d’arrière en avant; loin de pénétrer directement dans le sinus, ces veines glissent dans la lame inférieure de la dure-mère, confondant insensiblement leurs parois avec le tissu fibreux et la lame séreuse qui la double.
La faux du cerveau est une lame fibreuse médiane verticalement dirigée ; sa pointe enveloppe l’apophyse crista galli , sa base tombe perpendiculairement sur la tente du cervelet ; son bord supérieur occupe tout le bord inférieur du sinus longitudinal , et son bord inférieur, concave et comme tranchant , répond au corps calleux ; de longues fibres sont généralement disposées suivant la courbe de ce bord tranchant.
Les deux faces de la faux répondent au bord interne de chaque hémisphère.
Le sinus longitudinal supérieur est une cavité située entre les deux expansions horizontales et la lame verticale que nous venons de décrire.
Ce sinus présente , à la coupe , la forme d’un triangle isocèle
dont le sommet regarde en bas ; des deux angles supérieurs, partent les lames horizontales , et de l’angle inférieur, la faux du cerveau. Ce sinus, dirigé d’avant en arrière, commence à la crête ethmoïdale et se termine au niveau de la protubérance occipitale externe; sa longueur est d’environ 20 centimètres, et sa largeur de 1 ou 2 centimètres. Si on l’ouvre sous l’eau , on y distingue les dispositions suivantes : trois lignes bien marquées correspondent aux trois angles dont nous avons parlé , et ces trois lignes ou sutures offrent dans toute leur longueur de nombreuses ouvertures de formes et de directions variables. Les unes sont arrondies , on les rencontre surtout en avant du sinus; les autres, plus ou moins ovalaires , sont plutôt situées en arrière. Ces ouvertures , formées par des fibres entre-croisées, peuvent être considérées comme les mailles du manchon qui revêt l’intérieur du sinus ; on se représente ordinairement le sinus comme doublé par la membrane interne des veines , membrane fine et mince qui serait en directe continuité avec les membranes internes des veines collatérales. Nous ne pouvons admettre l’existence d’une pareille membrane, nous n’avons jamais pu en constater la réalité ni en suivre la continuité par la dissection.
Le sinus néanmoins parait être doublé par un tissu qui ne pré- . sente dans sa disposition aucune uniformité : ce sont des fibres pâles ou nacrées , parfois très-apparentes , parfois moins visibles , tantôt très-amincies en membranes ténues , le plus souvent volumineuses, s’entre-croisant en tous sens, et circonscrivant avec plus ou moins de régularité, au niveau des trois lignes, les ouvertures dont nous avons parlé. Chez une vieille femme de soixante et dix ans, nous avons pu enlever des lambeaux de cette trame interne du sinus, et constater ainsi le passage d’un tissu fibreux très-consistant à un tissu essentiellement fin et délicat.
Le sinus est donc doublé d’une gaine membraneuse , dont les fibres entre-croisées circonscrivent ces ouvertures nombreuses qui donnent au canal veineux sa singulière apparence.
Ces ouvertures sont de trois ordres; si, en effet, on introduit successivement dans chacune d’elles un corps allongé, comme une aiguille, on reconnaît 1° que cette aiguille, dirigée d’avant en arrière et un peu de haut en bas, s’engage dans les veines cérébrales supérieures; 2° qu’elle s’engage simplement dans un espace lacunaire compris entre les deux lames delà dure-mère; 3° et que, dirigée en arrière ou en avant, elle revient dans l’intérieur du sinus; elle a traversé, dans ce cas, un petit pont fibreux, situé dans le sinus luimême, et qui sert souvent de vestibule aux orifices veineux et lacunaires.
La description de la dure-mère et du sinus nous amène à la question de structure, question très-débattue et qui nous a valu par incident l’étude de Pacchioni sur les granulations méningiennes ; on ne se pose plus aujourd’hui la question de savoir si la dure-mère est un muscle, et on n’ajoute plus aucune foi à la romantique description de l’anatomiste italien; on peut admettre que la dure-mère est composée de deux lames, l’une supérieure crânienne, l’autre inférieure cérébrale; ces deux lames, accolées l’une à l’autre, se séparent au niveau de la grande scissure ; la lame supérieure, pour former la base du sinus longitudinal , la lame inférieure, pour en former les côtés, et constituer ensuite la faux du cerveau; mais la lame supérieure et la lame inférieure ne se séparent-elles brusquement qu’au niveau du sinus, et sont-elles partout ailleurs en continuité l’une avec l’autre ? À une distance de 4 à 5 centimètres de chaque côté du sinus, les deux lames sont alternativement accolées et disjointes; en se séparant, elles interceptent entre elles les lacunes, des sinus secondaires qui reçoivent le sang des veines diploïques ; ces lacunes sont variables en nombre et en dimensions; elles communiquent par une ou plusieurs ouvertures avec la grande cavité du sinus , et renferment le plus souvent des plaques de granulations méningiennes.
Cette étude de la dure-mère se complète par la description des veines qui viennent verser leur sang dans le sinus longitudinal.
Dans la partie que nous décrivons, la dure-mère reçoit deux sortes
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de veines : les unes qui pénètrent par sa lame inférieure, rapportant le sang de la surface du cerveau; les autres qui pénètrent par sa lame supérieure, rapportant le sang du système osseux crânien ; de là deux étages vasculaires sur les parties latérales du sinus ; l’inférieur, formé par les veines cérébrales qui rampent dans la lame inférieure ; le supérieur, formé par les lacunes ou petits sinus, qui reçoivent les produits de la circulation diploïque. Ces distinctions sont utiles à établir, et reposent sur l’observation des faits. Les injections et la présence de caillots sanguins en démontrent à chaque instant la réalité. Les veines cérébrales supérieures forment plusieurs groupes ; on peut les diviser en antérieures moyennes et en postérieures : les veines diploïques, qui convergent au sinus , sont frontales, temporales, pariétales et occipitales (1). Les branches temporales sont les plus volumineuses; en général, les veines cérébrales, comme les veines diploïques , sont plus nombreuses en arrière qu’en avant.
La question de l’existence des lymphatiques dans les méninges offre un intérêt tout particulier dans l’histoire des granulations. On sait que Pacchioni et plusieurs autres avaient rattaché les corpuscules aux glandes lymphatiques; cette opinion fut combattue dès sa naissance par Fantoni, et plus tard par Haller; aujourd’hui elle doit être complètement abandonnée. On a bien souvent cherché depuis à combattre l’existence des lymphatiques sur les méninges; Mascagni a signalé ceux de la dure-mère qu’il a vus accompagner l’artère méningée moyenne ; M. Sappey a pu injecter les mêmes vaisseaux sur la face externe de la dure-mère; mais il n’a pu constater, sur la face interne, la présence d’aucun réseau.
Les lymphatiques de la pie-mère ont été signalés par Mascagni , qui n’en a observé qu’un très-petit nombre.
(1) Breschet, Système veineux , lrelivr., pl. 5; 2e livr. , pi. 1 ; 6° livr., pl. 5, fig. 1; pl. 3, fig. 1 et 2.
Ceux que Fohmann et Arnold ont fait représenter sont dus manifestement, comme le fait remarquer M. Sappey, à des infiltrations de mercure dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Malgré tous les progrès de la science moderne, il n’y a donc rien encore de précis sur la distribution des lymphatiques à la surface des membranes encéphaliques (1).
B. Arachnoïde.
Les feuillets de l’arachnoïde jouent tous deux un rôle important dans l’histoire des granulations méningiennes; le feuillet pariétal tapisse la face inférieure de la dure-mère, et sert d’enveloppe aux corpuscules, le feuillet viscéral recouvrant la pie-mère sert de lieu d’origine à ces productions.
L’existence réelle d’un feuillet pariétal est de nos jours généralement admise ; dans le cours de nos observations , nous avons pu souvent en obtenir des lambeaux, et nous démontrerons plus loin, par la disposition des vésicules arachnoïdiennes, une nouvelle preuve à l’appui de la célèbre découverte de Bichat.
L’arachnoïde viscérale , après s’être étendue sur les circonvolutions, s’enfonce dans la scissure médiane , et se réfléchit d’un hémisphère à l’autre, immédiatement au-dessous du bord libre de la faux du cerveau; sa face inférieure est en rapport avec un tissu cellulaire très-fin et peu abondant, qui la sépare de la pie-mère, de laquelle elle est très-peu distante, au voisinage de la scissure.
Les deux feuillets archnoïdiens se continuent l’un avec l’autre en formant un cul-de-sac au pourtour des veines cérébrales qui vont aboutir au sinus ; c’est encore là une disposition parfaitement en rapport avec l’origine des granulations méningiennes. L’arachnoïde
(1) Sappey, Anatomie descriptive , t. 2, p. 47 et 57, et 1. 1, p. 688,
se compose d’un tissu cellulaire très-fin, recouvert, surtout dans l’enfance, d’une couche d’épithélium ; cette couche se détruit avec l’âge.