‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 9 sur 19 · VI. Durée · texte numérisé non relu

VI. Durée

Nous entendons par durée des granulations, le temps pendant lequel elles résistent à la décomposition après la mort du sujet ; à cet égard, elles se comportent absolument comme le tissu fibreux. On peut les laisser impunément dans l’eau, l’alcool et les acides très-étendus, pendant un temps très-long, sans qu’elles subissent aucune altération sensible , si ce n’est un changement de couleur et de consistance. La dure-mère d’un homme de quarante ans a été macéré pendant trois semaines dans l’alcool , et est restée plus de quinze jours exposée à l’air, les granulations qu’elle contenait ne se sont pas modifiées.

Le même résultat a pu être constaté pour les corpuscules pris chez un homme de soixante et dix ans , et soumis pendant six semaines à une température élevée; enfin des plaques de granulations desséchées, après avoir été trempées quelques jours dans l’alcool, présentent encore, après neuf mois, leurs formes et leurs rapports avec le lambeau de dure-mèfe sur lequel elles s’implantent. En les trempant dans l’eau , elles redeviennent molles et flottantes.

VIL Situation et rapports.

Les granulations méningiennes affectent deux sièges : le feuillet viscéral de l’arachnoïde, le long de la grande scissure, forme le premier ; le sinus longitudinal et les portions de la dure- mère qui l’avoisinent forment le second.

Willis écrit que les granulations se rencontrent aussi sur toute la

surface du cerveau et du cervelet, et même sur les plexus choroïdes ; Haller rapporte qu’il les a trouvées sur les parties latérales du sinus droit, fait admis par les anatomistes; Vieussens a écrit qu’il en avait vu sur le tronc des nerfs de la cinquième paire; M. Cruveilhier a vu proéminer, dans la portion horizontale du sinus latéral, une petite masse pédiculée qui pouvait gêner la circulation (1). Pour nous, nous n’avons rien constaté d’exceptionnel relativement à leur position. Comment les corpuscules sont-ils implantés sur l’arachnoïde? comment sont-ils disposés, soit relativement les uns aux autres , soit par rapport à la séreuse , soit par rapport au tissu cellulaire sous-jacent, aux artères, aux veines, aux vaisseaux lymphatiques , qui rampent sur la pie-mère ?

Tous les anatomistes ne sont pas d’accord sur les rapports des granulations et du feuillet viscéral arachnoïdien ; les uns les font naître directement sur cette membrane, d’autres supposent que, formées par la pie-mère hypertrophiée et indurée , elles soulèvent l’arachnoïde qui les recouvre (Blandin) ; M. Cruveilhier les fait naître du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, M. Sappey pense de plus qu’elles perforent les deux feuillets de l’arachnoïde.

La preuve sur laquelle on s’appuie pour montrer que les corpuscules naissent du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, c’est qu’on les trouve à une certaine distance du sinus longitudinal , sous l’arachnoïde, le long des veines cérébrales supérieures. Cette assertion, toute vraie qu’elle puisse être, nous paraît tout à fait insuffisante, puisqu’on peut rencontrer parfois des corpuscules sous l’arachnoïde, sans que pour cela ils prennent toujours naissance en ce point. Pour nous, nous pensons que les corpuscules sont formés par le tissu cellulaire de l’arachnoïde elle-même. A quelque époque que nous ayions examiné les granulations , si petites qu’elles puissent être , nous les

(1) Voir à la fin de la thèse les textes cités.

avons toujours rencontrées à la face supérieure de cette séreuse, a laquelle elles adhèrent souvent par un simple pédicule.

L’examen microscopique nous a confirmé dans ce résultat; il nous a prouvé que le tissu cellulaire du corpuscule est absolument le même que celui de l’arachnoïde, que ces deux tissus sont en parfaite continuité, et qu’à la face inférieure delà séreuse, on ne voit pas de masses granuleuses formées aux dépens du tissu cellulaire ni de la pie-mère.

On peut d’ailleurs, en conservant exactement le mode d’implantation des corpuscules sur l’arachnoïde , séparer, au niveau de la scissure, cette membrane de la pie-mère.

Les corpuscules implantés sur l’arachnoïde sont surtout nombreux au voisinage de la scissure longitudinale; ils diminuent de nombre et de volume à mesure qu’on s’éloigne de ce point; ils finissent enfin par disparaître , après avoir occupé une surface de 5 ou 6 centimètres de largeur.

Ces corpuscules ne sont nullement disposés avec régularité et symétrie ; tantôt ils sont isolés , tantôt par groupes ; tantôt on les dirait distribués suivant des lignes parallèles, tantôt suivant des lignes courbes; les plus petits sont souvent isolés; vus sous l’eau, ils se dressent, et flottent comme de petites houppes blanchâtres distinctement pédiculées; les plus volumineux ont une base épaisse; ils peuvent parfois se souder, se confondre incomplètement avec leurs voisins , et former à la surface de l’arachnoïde comme des traînées blanchâtres et mamelonnées ; nous avons déjà dit que dans certains cas-la fusion est complète, et que l’arachnoïde présente alors de véritables plaques blanchâtres.

11 reste encore à déterminer les rapports qu’affectent les granulations arachnoïdiennes avec les vaisseaux artériels veineux et lymphatiques.

Comme l’avaient déjà constaté Charles et Joseph Wenzel, en exagérant peut-être la portée de leurs observations , nous avons pu constater nous-même certains rapports entre les veines cérébrales

et les plaques granuleuses: c’est en effet sur le trajet des troncs veineux, au moment où ils aboutissent au sinus, que se groupent de préférence ces corpuscules méningiens; mais cette disposition est loin d’être absolue; on trouve aussi bien les groupes de corpuscules dans l’intervalle des canaux vasculaires que sur les troncs veineux eux-mêmes.

Quand aux vaisseaux lymphatiques, ils sont bien loin d’aller aboutir aux corpuscules comme le prétendait Pacchioni : nous renvoyons à la description que nous avons déjà donnée.

On attribue la découvert e des granulations méningiennes de la duremère à Pacchioni , qui en a donné le premier une exacte description. On les rencontre soit dans l’intérieur du sinus longitudinal, soit sur ses côtés, entre les deux lames et les lacunes qu’elles forment par leur écartement; on en trouve aussi dans les mailles des lames supérieures et inférieures, et elles font saillie jusque sous la table interne des os dn crâne : pour les bien observer, il faut ouvrir le sinus sous l’eau et en enlever une portion des lames supérieures.

Les corpuscules qui font saillie dans le sinus se présentent indistinctement sur la ligne médiane et les parties latérales; très-rares au quart antérieur, ils sont surtout communs à la partie moyenne. C’est à travers les orifices grands ou petits qu’on les voit faire saillie par groupes de trois ou quatre. Chez des hommes de trente et quarante-cinq ans , on trouvait deux groupes saillants tout à fait en arrière; le sinus d’une femme de soixante-cinq ans présentait des corpuscules isolés ou multiples dans presque toute son étendue; vingt à vingt-cinq petits groupes faisaient saillie dans le sinus d’une fille de vingt-sept ans; chez une femme de vingt-deux, les corpuscules saillant dans le sinus étaient au nombre d’environ trente. Les corpuscules ne se rencontrent pas toujours dans le sinus; ils manquaient chez un homme de trente ans, une femme de soixante et onze, une autre de cinquante-neuf, un vieillard de soixante et dix.

C’est surtout entre les deux lames de la dure-mère, sur les bords du sinus , que sont situées les granulations méningiennes; elles y

sont disposées souvent en plaques plus ou moins nombreuses, de 10 à 12 millimètres de longueur; chez un vieillard, nous avons compté douze de ces plaques tant à droite qu’à gauche; la plus grande avait environ 20 millimètres de long sur 10 de large; les plus petites avaient quelques millimètres d’étendue; des traînées de corpuscules rejoignent souvent ces plaques entre elles; les granulations adhèrent par leur base à la lame inférieure , et la connexion est telle , qu’on arrache souvent à la fois les corpuscules et les éléments fibreux sur lesquels ils s’implantent. Fort souvent on voit partir, des granulations, des filaments blanchâtres et ténus, qui servent de moyen d’union avec les parties voisines ; ce sont sans doute ces filaments que Pacchioni considérait comme des lymphatiques qui convergent à leur glande. Quels rapports affectent les granulations méningiennes avec les veines cérébrales qui traversent la lame inférieure pour se jeter dans le sinus?

D’après M. Cruveilhier, elles proéminent souvent dans l’intérieur des veines , et paraissent baigner dans le sang , dont elles sont toutefois séparées par la tunique interne de ces vaisseaux. Cette disposition est tout à fait exceptionnelle , et dans le cours de nos observations nous l’avons rencontrée une ou deux fois seulement.

En décrivant la dure-mère, nous avons eu soin de faire remarquer qu’il existait entre ces deux lames des disjonctions ou espaces lacunaires qui reçoivent le sang du système diploïque ; c’est surtout dans ces espaces que se rencontrent en abondance les corpuscules ; on les trouve cependant aussi dans des espaces lacunaires artificiels qu’ils ont produit entre les deux lames en se développant.

Les granulations méningiennes peuvent user et perforer la lame supérieure de la dure-mère ; elles sont alors en rapport direct avec les os du crâne. Lorsqu’on examine une dure-mère ainsi perforée , on distingue, surtout à la partie moyenne, de petites découpures, les unes irrégulières sur les bords ; les autres, rondes et comme taillées à l’emporte-pièce. Par ces orifices , font saillie des groupes de granulations , allongées en général. Rien n’est variable comme les

dispositions que ces granulations présentent ; quant à la question de fréquence, elle sera examinée plus loin.

Les os qui ont subi pendant quelque temps la pression des corpuscules sont comme creusées et érodés aux dépens de leur table interne; il s’y forme, le long de la suture sagittale, des cavités anfractueuses multipliées et très-rapprochées les unes des autres.

Breschet , au rapport de M. Sappey, aurait constaté que les granulations attaquaient non-seulement les pariétaux , mais les frontaux, l’occipital, et même la portion pierreuse du temporal. Ces „ pertes de substance éprouvées par les os du crâne ne sont pas toujours en rapport avec l’âge avancé des sujets ; nous en avons fait plusieurs fois la remarque , entre autres chez un homme de soixante ans , dont la boîte osseuse présentait de nombreuses cavités dues à la pression constante exercée par les granulations méningiennes.

Nous ne devons pas omettre de parler des granulations crétacées ou dures qu’on rencontre quelquefois ; elles sont en général placées sur les parties latérales du sinus et sur la faux du cerveau , rarement sur l’arachnoïde.

Chez un invalide de soixante et dix ans, trois petits amas, fortement adhérents , se trouvaient accolés à la partie antérieure de la faux du cerveau ; sur d’autres points de la dure-mère , mais surtout en arrière, on distinguait sept ou huit concrétions de 1 à 2 centimètres de long.

Nous avons encore trouvé de petits groupes de granulations sur la lame droite de la dure-mère d’une femme de vingt-sept ans , et la faux cérébrale d’une femme de soixante-cinq.

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