‹ Thèse Pour Le Doctorat En MédecineChapitre 14 sur 33 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Bull. de la Société médicale des Hôpitaux de Paris,

1905, p. 811.) (Présentation du malade par M. Danlos).

Chancre syphilitique du cuir chevelu (vertex)

Il s’agit d'une lésion dont la rareté est exceptionnelle et

dont l'intérêt pratique n’est cependant pas négligeable:

puisqu’une erreur de diagnostic aurait pour le malade et le médecin lui-même de très fâcheuses conséquences. En 1897, quand M. Fournier a publié son Traité des chancres extra-génitaux, il n’y avait guère qu'une dizaine de cas connus et lui-même n’en avait observé personnellement que deux. Mauriac n’en mentionne qu'un cas dans son livre sur le traitement de la syphilis et dans son Traité des maladies vénériennes n’en signale aucun sur un total de 2065 chancres infectants, empruntés aux statistiques réunies de Bassereau, Clerc, Lafont, Martineau, Fournier. M. Jacquet nous en a montré un cas typique il y a quelques mois. Celui que je présente aujourd’hui est, en comptant le cas de M. Jacquet, le troisième qu'il m'a été donné d'observer. Dans les trois cas, la région a présenté un aspect presque identique : lésion exulcéreuse rouge, peu suintante, régulièrement orbiculaire, bombée, légèrement déprimée au centre, indurée, œdémateuse, avec engorgement des ganglions rétro-mastoïdiens et sous occipitaux, et, naturellement, chute complète des cheveux dans l'étendue de l’ulcération. Cette lésion ne ressemble que de loin à une dermite ulcéreuse circonscrite du cuir chevelu et ne peut guère être confondue avec une ulcération d’une autre nature. Pour faire le diagnostic, l'important est d’y penser. On en trouve la confirmation, comme chez notre malade, dans l'existence d'accidents secondaires absolument caractéristiques.

Quant au mécanisme, on a pu invoquer le baiser (Fournier), l’attouchement avecledoigt chargé de virus (Ricord), la piqûre d'une épingle à chapeau (Mauriac), une morsure

(Jacquet), le traumatisme d’un peigne contamine.

Il semble qu'un mécanisme analogue doive Ctre in-ri-

= DUON = miné dans le cas actuel. Garçon tonnelier, notre malade, en remontant d’une cave, s’est heurté la tête contre une voûte et s'est fait au vertex une plaie. Quelques jours après, il se fit couper les cheveux‘et la croûte formée sur la plaie fut arrachée par la tondeuse. A la suite de ce deuxième traumatisme, la plaie devint ulcéreuse et prit l'apparence actuelle. La tondeuse a-t-elle été comme le peigne, dans un cas analogue,l'agent de la contamination ? Cette explication me paraît la plus vraisemblable, d'autant plus que l'interrogatoire du malade semble exclure toute

autre interprétation.

OBSERVATIONS VIII et IX (Fournier, les Chancres extra-génitaux. Paris, 1897.) Chancres du cuir chevelu

Ceux-ci ne sont pas seulement des raretés, mais des exceptions, et des exceptions telles que nombre de mes collègues m'ont dit n’en avoir jamais rencontré un seul exemple. On n’en connaît que quelques cas qui ont été relatés par Kaposi, Gluck, Pellizzari, Vaughan, Mauriac. Jen’en ai observé que 2 cas pour ma part dans toute ma pratique.

Quelques mots sufliron' donc ici relativement à l’éotilogie et à l'aspect clinique de ces accidents.

I. — Dans un des cas qui me sont personnels, la contagion avait bien sûrement résulté du baiser.lls'agissait d’une femme mariée, d'une moralité au-dessus de tout soupçon; son mari affecté de syphilis, et notamment de

syphilis buccale, ne l’embrassait plus par précaution que

br

sur les cheveux ; ce fut donc par un baiser, sans aucun doute {car aucune autre cause ne put être révélée par l'enquête étiologique), que ledit mari transmit la contagion à sa femme, et cela sur La ligne médiane du cuir chevelu,exactement au niveau de la ligne de coiffure dite vulgairement la raie.

Dans un autre cas que j'ai entendu raconter par M. Ricord, la contagion aurait dérivé, selon toute vraisemblance, d’un transport du contage par les doigts souillés de pus syphilitique.

L'observation de Pellizzari est un exemple de contagion médiate. Elle est relative à un enfant qui fut contagionné au cuir chevelu parun peigne, lequelvenait de servir à un autre enfant affecté de syphilide pustuleuse du euir chevelu.

Dans un cas de Vaughan, la contagion fut rapportée sans grandes preuves à un traumatisme dérivant d'une rixe.

Deux cas de Grunfeld et de Poncelet sont relatifs à des chancres du cuir chevelu, contractés par desenfants nou-

veau-nés au contact des parties génitales pendant la parturition ; mais on sait combien reste controversable le principe même de la contamination dite au passage. Je ne fais donc que citer ces deux faits sans pouvoir dire quel degré de créance il convient de leur accorder.

Dans le cas deM. Mauriac,un gros chancre syphilitique du cuir chevelu situé sur la tempe était survenu à l'endroit précis où le malade s'était piqué quelques semaines auparavant avec une épingle à cheveux de sa maîtresse.

Page 1