DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES MÉDICALES
.... Non vetustatem , non noritatem, non consnetudinem admirari et sequi, sed unam , nbi obi fuerit , veritatem.
( Morgagsi , Nova idea instit. med. )
Du diagnostic et du pronostic des névralgies de la face.
La cruelle affection désignée sous le nom de névralgie de la face ou tic douloureux est une de ces maladies dont la nature intime nous échappe complètement et dont il faut attendre l’explication du temps et de recherches minutieuses et persévérantes, qui, en nous faisant connaître les phénomènes de l’innervation dans leur état physiologique, nous permettront peut-être en même temps de pénétrer leurs différents modes d’altération. Jusqu’ici, en effet, les névralgies ne nous sont connues que par leurs caractères symptomatologiques , et il nous est impossible de dire, même d’une manière approximative, à quelle lésion particulière sont dus les symptômes si violents et souvent si durables qui les caractérisent: aussi la solution de ce problème offre-t-elle le sujet de bien curieuses investigations, et il ne serait peut-être pas sans intérêt d’examiner ici les diverses opinions qui déjà ont été émises sur ce point ; mais cette étude m’entraînerait trop loin, et j’aborderai immédiatement le côté de la question que je dois plus spécialement traiter et que je diviserai en deux parties. Dans la pre-
mière, j’examinerai avec quelque attention jusqu’à quel point les différents troncs nerveux de la face sont susceptibles d’être le siège du tic douloureux; puis, après avoir énuméré brièvement les symptômes de cette affection , je me servirai des données que j’aurai posées pour établir son diagnostic. Dans la seconde, tout en traitant du pronostic, je dirai quelques mots des divers moyens thérapeutiques qui ont été employés à la combattre.
A. Siège. — C’est surtout aux branches de la cinquième et septième paires crâniennes que la face doit son innervation : le plexus cervical superficiel lui envoie quelques filets par ses branches auriculaire mastoïdiennes et cervicale transverse; elle en reçoit aussi quelques-uns de la branche postérieure de la deuxième paire rachidienne; mais les divisions principales de ces dernières appartiennent à des régions situées en dehors du cadre facial , et je ne les mentionne ici que pour ne pas être accusé d’omission.
Des expériences nombreuses ont démontré aux plus sceptiques la différence de destination physiologique des nerfs trijumeau et facial: le premier, par sa portion ganglionnaire, préside à la sensibilité exquise de la face et aux fonctions nutritives des divers organes sensoriaux que l’on y remarque; aussi, presque tout le monde est-il d’accord aujourd’hui pour le regarder comme le siège exclusif du tic douloureux, au détriment du nerf de la septième paire, auquel on refuserait toute participation dans les souffrances de la prosopalgie. — Je ne partage point cette opinion, et je me fonde sur plusieurs expériences que j’ai vues pratiquées par M. le docteur Longet, pour affirmer que le nerf facial peut être, lui aussi, le siège du tic douloureux. En effet, de ce que j’ai vu, j’ai été portée conclure que ce nerf, quoique insensible par lui-même, ou, si l’on veut, par ses connexions avec les centres, n’en est pas moins conducteur du fluide nerveux sensitif, et cela tout à fait indépendamment des filets que lui envoient les nerfs de sensibilité et qui peuvent
être contenus dans le même névrilème que lui; en sorte que, rendu indépendant du cerveau par la section de son tronc au niveau du trou stylo-mastoïdien, la partie du nerf située entre cette section et les anastomoses du nerf trijumeau, se trouve presque aussi sensible qu’au delà de ces communications, preuve incontestable de sa propriété conductrice. Cet effet est surtout frappant pour la branche inférieure, qui ne reçoit pas toujours de filet anastomotique du rameau auriculo-temporal de la cinquième paire, et qui , dans ce cas, ne peut, par conséquent, recevoir sa sensibilité que du nerf mentonnier ou de quelques divisions du plexus cervical, au moyen de connexions assez multipliées, il est vrai , mais qui n’existent qu’au niveau des ramuscules terminaux de ces nerfs. Le nerf facial doit donc sa puissance sensitive à deux sources différentes : d’abord aux filets émanés du nerf trifacial, qui l’accompagnent dans son trajet, combinés qu’ils sont avec lui, et en second lieu à une faculté conductrice (1) qui lui est spéciale, et en vertu de laquelle il soutire, pour ainsi dire, par ses capillaires, le fluide qui circule dans les nerfs avec lesquels ses extrémités se trouvent en rapport (2). C’est cette faculté qui me fait regarder le nerf moteur de la face comme pouvant être le siège de douleurs névralgiques.
Cela posé, je reconnaîtrai deux espèces de névralgies de la face, une pour chacun des nerfs dont il vient d’être question , et quinze
(1) Si cette propriété de la septième paire crânienne se montrait également dans les autres nerfs moteurs, il en résulterait que les nerfs de mouvement ne différeraient des nerfs de sensibilité que par la nature de leurs connexions avec les centres nerveux, et seraient, dans des circonstances favorables, aptes à transmettre indifféremment l’un ou l’autre fluide; ce que peu de personnes sont portées à admettre aujourd’hui, surtout depuis les belles expériences deM. Longet , qui a mis hors de doute, pour tous, je crois, l’insensibilité complète et sous tous le* rapports des racines antérieures des nerfs rachidiens.
(2) Le nerf trijumeau sert dans ce cas d’intermédiaire entre le cerveau et le nerf facial; celui-ci est implanté par ses extrémités sur le nerf de sensibilité, et se comporte absolument comme une de ses branches.
1812. — Weddell.
variétés (1) fondées sur des considérations anatomiques ou physiologiques , et correspondant , pour la plupart , aux espèces de beaucoup d’auteurs ; mais je n’ai pas adopté leur manière de voir, car, comme l’observe fort judicieusement M. Valleix(2), les douleurs sont trèsrarement limitées à une seule des divisions du nerf; mais se propagent rapidement à presque tout son parcours. Ainsi , sur les quarante-cinq cas de névralgies de la cinquième paire, rapportés par cet auteur, il y en a trente-cinq dans lesquels les douleurs occupaient à la fois les trois divisions de ce nerf, ou au moins deux d’entre elles; dans dix cas seulement, le tic était limité à une des branches, et alors c’était le plus souvent dans le nerf maxillaire inférieur que siégait la maladie. On a encore admis, parmi les névralgies de la face, celles de quelques nerfs, qui y aboutissent, à la vérité, par quelques-uns de leurs filets, mais qui, par leurs divisions principales, appartiennent à des régions voisines, comme je l’ai dit plus haut. Telles sont, par exemple, la nouvelle espèce décrite par M. Bérard (3) pour la branche postérieure de la seconde paire rachidienne , et celles qui peuvent occuper les nerfs du plexus cervical qu’on voit se terminer du côté de la face ; mais ces dernières ne