QUESTIONS ET PROPOSITIONS
Plus les moyens d’investigation se multiplient , plus on peut avancer avec hardiesse que tous les phénomènes pathologiques ont leur cause anatomique. Le microscope et la chimie feront un jour un axiome de cette proposition.
Les lésions anatomiques iocales ne rendent que très-rarement compte des phénomènes complexes qui caractérisent certains états pathologiques; il faut alors en chercher la raison dans la sympathie qui lie les uns aux autres les organes quelquefois les plus éloignés, ou bien dans une viciation concomitante des humeurs, et en particulier du sang...
Parmi les désordres qui se font remarquer dans la première période de la coxalgie, il en est un qui, par sa constance, a mérité de fixer d’une manière spéciale l’attention des pathologistes : je veux parler du changement qui semble s’opérer dans la longueur du membre abdominal , du côté malade : celui-ci paraît, en effet, à en juger par l’inégalité de niveau des rotules et des talons, avoir éprouvé un allongement très-marqué , tandis que la mensuration comparative accorde au contraire un excès de longueur à celui du côté opposé. Il y a , dit-on , allongement apparent et raccourcissement réel du membre affecté. Or, tout le monde s’accorde à expliquer la première de ces altérations par l’inclinaison du bassin sur le côté de la lésion. Mais les opinions sont partagées sur la seconde. Et d’abord j’écarte celle de Brodie , comme ne pouvant s’appliquer au cas que nous avons supposé. Selon
lui, le raccourcissement, lorsqu’il existe, serait le résultat d’une inclinaison du bassin en sens inverse de la précédente. D’autres donnent comme raison de ce phénomène la contraction musculaiçe qui agirait en appliquant plus fortement la tête dans sa cavité : assertion que je crois superflu de réfuter. Enfin , une troisième opinion est celle de J.-L. Petit, telle qu’elle a été expliquée par M. Nélaton , qui veut qu’à mesure que la tête du fémur est repoussée du fond de l’acelabulum, elle soit en même temps tirée en haut par les muscles extenseurs , la simultanéité de ces deux mouvements ayant lieu à la faveur de sa figure sphérique et du plan incliné que lui offre la partie supérieure.de la cavité cotyloïde. Cette théorie est très-rationnelle ; mais on peut lui objecter : 1° que la tête du fémur ne peut se déplacer qu après la distension et l’allongement subséquent des faisceaux fibreux qui la maintiennent, ce qui ne peut se faire qu’à la longue, et non au début;
2° que la forme plus qu hémisphérique de la tête de l’os, et la direction en bas de la cavité qui la loge ne peuvent permettre tout d abord un mouvement ascensionnel, mais porteraient plutôt la cuisco en bas; . 3° enfin, que la luxation ne s’opérant pas toujours en haut, elle ne pourrait expliquer la diminution dans la longueur du membre... Je crois que le raccourcissement que l’on remarqne si constamment au début de la coxalgie n’est pas plus réel que l’allongement, et je pense qu’on peut lui attribuer la même cause. En effet, par le fait de l’inclinaison du bassin, le grand trochanter, la rotule et les malléoles se trouvent rapprochés de l’épine iliaque antéro-supérieure du même côté, et comme ce sont les points que l’on choisit pour établir la mensuration, il y a là une cause d’erreur d’autant plus grande que le membre sain se trouve allongé en raison directe de la perte éprouvée par celui du côté malade. — La contraction violente des muscles peut aussi agir quelquefois, non, comme l’entend M. Fricke, en rapprochant les surfaces articulaires, mais en maintenant la rotule plus élevée que ne le font les muscles relâchés du côté opposé.
Je n’attache pas à cette explication plus d’importance qu’elle n’en
mérite; seulement elle m’a semblé de nature à démontrer combien il est nécessaire de rétablir le parallélisme exact entre les membres et l’axe du corps, avant de se prononcer sur l’étendue des lésions aux-’ quelles les progrès d’une coxalgie peut avoir donné lieu.
11 est rare qu’une migraine bien caractérisée ne soit pas accompagnée' de vomissements; lorsque ce signe fait défaut, on peut soupçonner que la douleur est plutôt de nature névralgique.
L’odeur infecte qu’exhale le pus développé dans le voisinage des membranes muqueuses, est d’un puissant secours dans le diagnostic du siège des abcès de cette nature. Cette odeur dérive probablement d’une sorte de décomposition que subit le pus par le voisinage de l’air, • et surtout de la facile absorption des gaz par les membranes muqueuses.
Parmi les colorations pathologiques des téguments, il n’en est aucune, peut-être, qui se présente plus fréquemment, et qui guide plus sûrement le médecin, que la coloration jaune. On peut lui distinguer cinq nuances principales : 1° La nuance chlorotique, qui n’est quelquefois qu’une décoloration ; 2° le cilrin plus ou moins foncé de l’ictère; 3° la couleur paille de la cachexie cancéreuse; 4° le jaune mat des fièvres intermittentes; 5° enfin, cette coloration buly reuse, qui accompagne toujours l’état fâcheux que l’on a désigné sous le nom de résorption purulente.
Quelque méthode que l’on emploie, on ne peut jamais compter sur
le guérison radicale des varices : car si on oblitère une veine dans un point quelconque de son trajet, le cours du sang sera très-souvent rétabli au-dessus de ce point par les anastomoses des vaisseaux voisins. La cure sera donc d’autant plus assurée, que l’on aura multiplié davantage les points d’oblitération.
On a cru pendant longtemps qu’un os dénudé de son périoste ne pouvait se réunir par première intention avec les parties molles juxtaposées : l’observation a depuis démontré, du moins pour quelquesuns d’entre eux , que cette réunion était non-seulement possible , mais se faisait encore assez fréquemment:
La présence de ganglions indurés autour des grosses bronches pourrait quelquefois, en renforçant le souffle qui existe normalement en ce point, faire croire à l’existence d’une lésion du poumon luimême, si la position de ce souffle, son intensité égale des deux côtés, et surtout la constitution du sujet, ne venaient éclairer le diagnostic.
Les hernies ombilicales sont plus fréquentes peut-être qu’on ne le pense en général; il n’est pas rare de voir des vomissements dont la persistance n’est due qu’à cette cause restée inaperçue.
11 est quelquefois presque impossible d’établir le diagnostic différentiel de l’hypertrophie du cœur et de l’hydropéricarde ; ce n’est guère que dans la marche antérieure de la maladie que l’on peut
puiser quelques données susceptibles de mettre sur la voie dans ce ea* embarrassant.
Dans l’étude des maladies des organes circulatoires, qui fournissent à l’auscultation un bruit de souffle , il faut avoir égard à l’état de la circulation qui, en modifiant quelquefois d’un jour à l’autre l’intensité de ces bruits anormaux , peut quelquefois faire douter de leur permanence, et laisser dans l’incertitude si l’on a affaire à une affection organique ou non.
Ce n’est, que par exception que l’on rencontre une coïncidence de maladies du cœur dans le rhumatisme localisé ou apyrétique.
Dans le rhumatisme généralisé fébrile, il est très-rare que le cœur ne soit pas aussi affecté. Le bruit de souffle plus ou moins rude qui dans ces cas traduit la lésion à l’oreille, se montre aussi très-souvent comme coïncidence ou comme complication dans des maladies autres que le rhumatisme, et en dehors de tout antécédent rhumatismal. La pneumonie est surtout dans ce cas.
Les dépôts tophacés qui se font autour des articulations des rachi tiques, n’en occupent en général que les parties latérale et dorsale ; cette prédilection dépend uniquement de la pression exercée sur les parties situées dans le sens de la flexion, par le rapprochement des leviers osseux dans ce mouvement.
Quoique les émissions sanguines soient rarement prescrites dans la période d’hépatisation de la pneumonie, on ne doit pas craindre d’y recourir toutes les fois que l’ampliation du pouls accompagne un nouveau progrès de la phlogose. Cette thérapeutique hardie a souvent d’excellents résultats.
Un des accidents les plus graves de la contusion des os du crâne est, sans contredit, l’inflammation des sinus veineux dont ils sont creusés. M. Blandin a surtout, dans ces derniers temps, appelé l’attention sur cette funeste complication.
S’il y a quelque chose de démontré en pathologie, c’est l’hérédité de certaines maladies : la phthisie est de ce nombre; mais il n’en est pas de même de sa contagion. Cependant des observations qui commencent à devenir nombreuses semblent prouver que , dans certaines conditions, cette terrible affection peut se communiquer par la voie dont je viens de faire mention.
L’étude des signes locaux et généraux, quoique généralement plus que suffisante pour faire reconnaître avec certitude la présence des tubercules dans les poumons, ne peut cependant toujours mettre leur existence hors de doute ; la dilatation des bronches simule quelquefois si exactement tous les caractères de la consomption tuberculeuse, que la nécropsie seule peut alors compléter le diagnostic.
L’acupuncture , qui a réussi plus d’une fois déjà, dans les épanchements de sérosité faits dans les cavités du thorax ou de l’abdomen, et non entretenus par une lésion organique, devrait peut-être être employée plus fréquemment.
Le développement souvent très-inégal des différentes longitudes de l’abdomen dans les hydropisies de cette. cavité, rend la position de l’artère épigastrique très-incertaine, on peut même dire impossible à déterminer. Pour éviter de léser ce vaisseau dans la paracentèse, il vaut mieux s’en tenir au précepte qui conseille de ponctionner sur la ligne blanche : les légers inconvénients de cette méthode sont amplement compensés par la certitude de son innocuité.
Dans certaines fièvres typhoïdes accompagnées d’une grande sécheresse de la peau , on peut tirer un excellent parti des bains tièdes : ce moyen thérapeutique , souvent mis en usage par M. Chomel , lui a donné les résultats les plus avantageux.
Après les opérations qui ont intéressé la séreuse abdominale, il ne faut pas se fier à cette apparente sécurité dont le malade semble quelquefois affecté : j’ai vu, dans un cas fort remarquable de hernie étranglée opérée, la mort suivre après peu de jours le débridement , et l’autopsie démontrer l’existence d’une péritonite des plus intenses , qu’aucun symptôme particulier n’avait fait soupçonner pendant la vie.
Il est quelquefois difficile de distinguer, chez les enfants, l’anasarque qui survient à la suite d’une scarlaline, de cette autre hydropisie bien autrement grave, qui se lie à la lésion des reins, connue sous le nom de maladie de Bright.
Il est rare que, chez les adultes, on emploie les antimoniaux clans la première période de la pneumonie. Celte médication, combinée aux antiphlogistiques purs, est héroïque chez les enfants, et pourrait probablement s’appliquer plus généralement.
Le diagnostic du delirium tremens est quelquefois très-difficile, et il se rencontre des circonstances où il est si facile de le confondre avec d’autres perversions de la sensibilité , qu’une longue expérience peut seule éclairer le praticien , et le mettre sur la voie du traitement qu’il convient de suivre. J’ai eu plus d’une fois l’occasion d’observer des malades ainsi affectés, entrer dans les hôpitaux à la suite d’accidents qui semblaient, à un examen superficiel, devoir expliquer l’altération de l’innervation , tandis que, au contraire, elles en étaient le résultat ; et l’opium venait bientôt à bout d une maladie, que, avec moins de discernement , on aurait cru ne pouvoir céder qu’à une toute autre médication.
Il est une forme particulière de fièvre purulente que M. Briquet , dans le service de qui j’ai eu occasion d’en remarquer un exemple , compare à l’affection qui se déclare quelquefois chez les animaux sur-
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menés : la maladie dont je parle peut survenir dans des circonstances analogues, et ne diffère de celle qui s’observe si souvent à la suite des grandes opérations, que par l’absence d’un point de départ, il semble que du pus ait été jeté tout à coup au sein de tous les organes.
L’orchite blennorrhagique n’est pas une inflammation métastatique : elle naît par continuité d’irritation , et succède à la phlogose de la portion prostatique de l’urèthre.
Le repos dans une position favorable, et la diète, suffisent pour conduire à bonne fin une orchite simple : croit-on devoir user des antiphlogistiques, la saignée générale devra toujours être préférée aux émissions sanguines locales.
Dans le traitement de l’orchite , il faut se prémunir avec grand soin contre la constipation : les matières amassées dans le colon descendant, qui , par la compression qu’elles exercent sur les vaisseaux spermatiques, sont peut-être la cause de la plus grande fréquence de cette maladie du côté gauche, peuvent, par le même mécanisme, en retarder la résolution.
La métrite granulée est une maladie assez commune ; mais comme, en général, elle ne se décèle guère que par des phénomènes sympathiques auxquels on croit quelquefois pouvoir trouver un autre point de départ, elle passe pour cela assez souvent inaperçue. Le toucher
ou le spéculum peuvent seuls lever les doutes, et il est à regretter que les circonstances permettent si rarement ces importants moyens d’investigation.
Le caractère essentiel de la grippe gît dans le brisement des forces et l’accablement général qui la précèdent, l’accompagnent et lui survivent. Il est des cas dans lesquels les autres symptômes sont si légers , qu’ils passent inaperçus, et la prostration peut alors être le seul symptôme appréciable de cette affection.
Le remarquable trajet de la corde du tympan a beaucoup excité la curiosité des névrologistes qui en ont souvent cherché l’explication. Or, n’est il pas naturel de supposer que ce filet du nerf facial traverse l’oreille moyenne pour se mettre en rapport avec les muscles des osselets de l’ouïe auxquels il se distribue en partie ?
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