INTRODUCTION
Les terres frontiètes sont RCA FRERE attachantes par la complexité de leur âme, et par le flux et le reflux des idées qui tour à tour la séduisent, la gouvernent ou la révoltent. Partagée entre l'Europe et l’Asie, l'âme russe est, pourraiton dire, un problème qui nous attire tous les jours davantage. Considérée, au temps de la primauté de Kiev et, plus tard encore, sous les Ivan, comme étrangère à notre continent, naturalisée européenne avec les Romanov, la Russie a toujours gardé, semble-t-il, le regret de ne plus appartenir à l'Asie, et cette nostalgie secrète, motivant des faits politiques, comme les insurrections de Rasine, de Pougatchev, et la révolution bolchéviste d'octobre 1917, explique
‘surtout les apparentes contradictions de l'âme russe, sa
difficile adaptation à la vie moderne, et même simplement à la vie. Le combat continuel, que s’y livrent l'Orient et l'Occident a développé en elle ‘les tendances mystiques et anatchiques. De 1à vient cette atmosphère mystérieure qui * entoure les destinées russes, que les personnages soient réels ou qu'ils appartiennent à des fictions. Notre époque est tout imprégnée de ce mystère. Le snobisme y a aidé, mais |
joe on se tromperait lourdement si l’on croyait la mode capable de faire naître un courant d'idées.
Rechercher dans chaque peuple ou dans chaque homme ja caractéristique de son individualité; ce n’est une étude, certes, ni facile, ni méprisable. Mais 1l est plus fécond, en faisant état de ces caractéristiques mêmes, de poursuivre le général dans le particulier, et l'homme dans l'individu. C’est précisément le rôle du médecin, appelé par sa profession à isoler des cas pour les intégrer ensuite dans des groupes et! des genres qui communiquent largement entfe eux. Habitué, mieux que personne, à faire suivre d'un travail ‘de synthèse tout essai analytique, il n’examine les détails d'un. phénomène que dans la mesure où ils lui permettent de Île classer avec exactitude dans un ensemble plus vaste. C'est pourquoi, si l’on met de côté le rôle utilitaire du médecin (et pourtant ces généralités s'appliquent aussi bien au thérapeute), on peut dire que le meilleur médecin, celui dont l'intelligence est à la hauteur de sa tâche, est autant un architecte qu’un! observateur.
Une simple monographie a peu d'intérêt. D'ailleurs, Tchekhov touche à trop de questions pour n'être pas à l'étroit dans ce cadre. Mais le point de vue médical dépasse celui du critique. Après l'avoir étudié pour lui-même, nous teplacerons Tchekhov au milieu de son peuple, au milieu de ses frères, qui sont aussi les nôtres, quoiqu’en aient voulu dire les amateurs d’étrange et d’exotique.
Qu'un médecin interroge T chekhov, sa vie et son œuvre, c'est doublement légitime, puisqu'il fut lui-même médecin et que jamais il ne l’oublia, malgré ses succès littéraires et sa vie passionnante de romancier. Il se plaisait à dire: « La médecine est ma femme légitime et la littérature est ma maîtresse. Quand l’une m'assomme, je passe la nuit avec : l’autre. Bien qu'irrégulier, ce n’est pas monotone, et d’ailleurs aucune des deux ne perd vraiment à mon infidélité. Si :