‹ Thèse pour le Doctorat en MédecineChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LA VIE D'ANTONE TCHEKHOV

À ma connaissance, il n'existe sur Tchekhov ni livre, ni étude, ni article un peu long, rédigés en français. C’est pour- . quoi, ne pouvant renvoyer le lecteur à aucun ouvrage explicatif, je me résous à lui fournir quelques renseignements, quoiqu'ils sortent un peu des limites du sujet.

Tchekhov est issu d’une souche purement paysanne. Son grand-père était serf dans la province de Vozonezh, il appartenait à Tchertkoff, l’ancêtre du disciple et ami de Tolstoïi. Il économisa durement toute sa vie et, en 18417, à peu près vingt ans avant l'abolition du servage, se racheta, ainsi que sa famille, pour la somme de 3.500 troubles, —soit 700 roubles par tête et la liberté de sa fille Alexandra par dessus le marché, —— et vint se fixer, avec sa famille, dans le Midi, non loin de Taganrog, où le comte Platov, connu depuis la guerre de 1812, le fit intendant. de ses domaines.

Son fils, Pavel-Egorovitch Tchekhov, le père de l’écrivain, travailla comme commis à Taganrog. Avec ses éco- . nomies, 1l ouvrit, dans la rue du Monastère, une boutique de produits coloniaux. Vie familiale rigide, sévère, très reli-

gieuse. Son seul plaisir était d'aller à l’église, pour écouter

la musique sacrée et assister aux beaux offices. Mais les affaiè res périclitèrent, il fut déclaré en faillite en. 1876, on vendit

la boutique et la maison, et toute la famille, sauf Antone, emigra à Moscou, où le père redevint employé de magasin, aux gages de cinquante roubles par mois. Histoire d’une banalité tragique et qu’on croirait extraite d’une nouvelle même de Tchekhov.

À Tanganrog, Pavel-Egorovitch s'était marié avec Eugénie Morosov, fille d'un marchand drapier de cette ville, et il leur était né six enfants: Marie, OR Nicolas, Ivan,

Michel et Antone.

À Moscou, Alexandre alla à l’Université et Nicolas à

ue école des Beaux-Arts.

N& le 19 janvier 1860, Antone Tchekhov était âgé de 16 ans quand on le laissa seul à Taganrog. Il avait eu une enfance sombre. Elevé strictement dans la crainte de Dieu, ne sortant que pour être mené à l’église, dont la famille suivait tous les interminables services, 11 garda toujours de cette époque un mauvais souvenir. Il écrivit plus tard: « Quand je me rappelle mon enfance, elle m'apparaît quelque peu lugubre. Je n’ai plus aucune religion maintenant. Lorsque, mes deux frères et moi, nous chantions à l’église, la foule nous regardait avec admiration et enviait nos parents, — mais nous nous sentions comme des’ forçats ». L'enfant était déjà un révolté, presque un Matchiste. |

Sa première école fut l’écolé communale, dans les faubourgs de Taganrog. Ses condisciples étaient fils de petits artisans, de laboureurs, de marins. Le maître, un Grec grossier, ignorant et brutal, les rossait souvent. « Je n'ai pas eu d’enfance », s’est, plus d’une fois, écrié Antone Tchekhov à ses amis.

Puis, il passa à l'Ecole de Grammaire. Elève peu brillant, paresseux, maladroit, indolent, il vivait retiré, à l'écart et sans ami. Mais tous ses camarades l’aimaient bien, ce qui ne les empêchait pas de se moquer de sa lenteur d'esprit et de sa grosse tête.

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