‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 10 sur 31 · GONE PR · texte numérisé non relu

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Prenons par exemple du sérum de lapin préparé au moyen d'injections de globules rouges de mouton, et préalablement chauffé à 55 degrés pour détruire son alexine. Mettons-le en contact avec des globules rouges de mouton en suspension dans de l’eau physiologique. Plaçons ce mélange à l'étude à 37 degrés pendant une heure. Les globules n’ont subi aucune modification apparente. Si on les sépare par centrifugation, on constate deux phénomènes qui sont la conséquence l’un de l’autre :

19 D'une part le sérum a perdu toute sa sensibilisatrice hémolytique, et si on le réactive, il est incapable de produire l’hémolyse de nouveaux globules de mouton mis en contact avec lui ;

2° D'autre part, les globules ont absorbé toute la sensibilisatrice qui s’est intimement fixée sur eux. En effet, même si on les lave à plusieurs reprises dans l’eau physiologique, en les centrifugeant soigneusement après chaque lavage, l’adjonction d’une petite quantité de sérum d'animal neuf produit l’hémolyse dans les mêmes conditions que le fait le sérum hémolytique non chauffé.

Le corollaire de cette propriété, c’est que d’une part, si un deuxième lot de globules est mis en contact avec le sérum qui a servi à sensibiliser les premiers globules, ils n’y trouvent plus de sensibilisatrice et restent ensuite inattaqués, c’est-à-dire ne s’hémolysent pas en présence d’un sérum neuf.

Un autre corollaire, c’est que si on met, en présence

du sérum hémolytique chauffé, des globules d'une autre

espèce que le mouton, ceux-ci ne sont pas sensibilisés, n'absorbent aucune hémolysine, et qu'ensuite lavés et mis en présence d'un sérum neuf, ils ne subissent aucune hémolyse. Il nous reste à revenir sur un des caractères de lhémolysine, celui qui permet de la différencier de l’alexine : c’est sa résistance au chauffage à 55 degrés et jusqu'à 70 degrés. Par opposition à la fragilité de l’alexine au chauffage, que pour cette raison on dit être thermolabile, on dit au contraire que la sen sibilisatrice est thermostabile.

Etudions maintenant les propriétés de l’alexine.

L’alexine n'est pas produit d'immunisation et n’est pas spécifique, elle est commune à tous les sérums neufs et frais (1).

Nous avons dit qu'un sérum hémolytique, qui avait perdu son pouvoir lytique, par chauffage à 55 degrés, c'est-à-dire dont l'alexine avait été détruite, pouvait être réactivé par l’adjonction d'une petite quantité de sérum neuf, c’est donc que l’alexine n'existe pas seulement dans les sérums préparés, mais également dans le sérum des animaux neufs.

Prenons l'exemple du sérum de lapin préparé par des ‘ injections de globules de mouton et hémolytiques pour ces globules : chauffé à 55 degrés il perd son pouvoir hémolytique, mais peut être réactivé non seulement par un sérum de lapin neuf, mais encore par le sérum

d’un autre animal neuf, par exemple du cobaye. Il n’est

1. Contrairement à Bordet, Erlich admet une foule de compléments différents dans un même sérum.

même pas nécessaire de faire le mélange de ce sérum neuf d’une autre espèce avec le sérum hémolytique, il suffit de le mettre en présence de globules sensibilisés et lavés pour voir l’hémolyse se produire.

L'alexine donc, non seulement n’est pas un produit d’immunisation, mais elle n’est également pas spécifique ; c'est une substance commune à tous les sérums et qui vient compléter l’action de la sensibilisatrice pour produire l’action lytique ; c’est pourquoi les auteurs allemands lui donnent le nom de complément.

Il nous reste à étudier une des propriétés de l’alexine les plus importantes au point de vue pratique, parce que c'est sur elle qu'est basée la méthode âe déviation du complément. |

Si on met des globules rouges sensibilisés en présence d'un sérum neuf, le phénomène de l’hémolyse se produit ; mais si on reprend ensuite ce sérum et si on le met en présence d’autres globules sensibilisés, soit de la mème espèce que précédemment, soit d'une autre espèce (mais également sensibilisés par une hémolysine spécifique), on voitque ceux-ci restent intacts, l’hémolyse ne se produit plus. C’est que l’alexine a été épuisée par le premier lot de globules. L’alexine se combine, en effet, complètement avec les giobules sensibilisés, et comme elle est en proportion relativement restreinte dans le sérum en question, elle s’épuise complètement, il n’en reste plus, d'où impossibilité de la lyse d’un nouveau lot de globules. Par contre, si on met en présence d’un sérum neuf des globules d'une autre espèce, non sensi-

bilisés, non seulement l'hémolyse ne se produit pas,

mais on peut reprendre ensuite ce sérum par centrifu-gation, et le faire agir sur d’autres globules sensibilisés : il a conservé tout son pouvoir lytique ; c'est que l'alexine ne se fixe pas sur les globules s’il n'y a pas comme intermédiaire une sensibilisatrice.

Ces propriétés expliquent la synonymie qui a été créée par les différents auteurs : la sensibilisatrice de Bordet a aussi reçu le nom de jixateur, parce qu'elle fixe l'alexine sur la cellule ; d'ambocepteur (Erlich), parce qu'elle sert d’intermédiaire entre le complément et le globule pour permettre l’hémolyse. L’ambocepteur possède deux affinités dissemblables dont l’une complémentophile fixe le complément, dont l’autre cytophile sert à la combinaison de cet ambocepteur avec l’élément cellulaire ; il amorce l'effet du complément sur la cellule.

L'alexine a également reçu le nom de complément parce qu’elle complète l’'ambocepteur pour produire l’hémolyse (Erlich), de cytase (Metchnikoff) parce qu'eile paraît avoir son origine dans les cellules de l'organisme et en particulier dans les leucocytes.

Le mécanisme que nous venons d'étudier est celui de l’hémolyse ; le mécanisme de la bactériolyse, c'est-àdire de la destruction des bactéries par le sérum d’un animal préparé par des injections de ces bactéries, est absolument semblable à celui de l’hémolyse : la sensibilisatrice bactériolytique a respectivement les mêmes propriétés que la sensibilisatrice hémolytique ; elle est comme elle, produit d'immunisation, elle est spécifi-

Beaussart

que, et comme elle, elle sert d’ambocepteur pour l’absorption de l’alexine.

L'alexine est au contrairela même substance qui agit dans la bactériolyse et dans l’hémolyse, puisque, nous l'avons dit, on peut dépouiller un sérum neuf de son alexine, soit au moyen de globules sensibilisés, soit au moyen de bactéries sensibilisées. C’est cette propriété d’être absorbée par une première sensibilisatrice fixée qui est la base de la méthode dite de déviation du complément, de Bordet et Gengou.

La similitude des phénomènes que l’on observe dans les sérums d'animaux immunisés avec des globules et des bactéries, peut se produire si on emploie pour la préparation des animaux d'autres cellules animales ou des substances organiques d’origine cellulaire (sperme, cellules nerveuses, hépatiques, albumine...) Il existe donc dans l'organisme une propriété d'ordre général qui consiste dans la production de substances antagonistes de celles qui servent à l’immunisation. On désigne cette réaction sous le terme générique de production d'anticorps et pär analogie on désigne sous le nom d’antigènes toutes les substances capables, par leur pénétration dans l'organisme, de provoquer l'apparition . d'anticorps (Deutsch). C'est ainsi qu’on dira que l’hémolysine développée dans le sérum du lapin injecté de globules de mouton est l’anticorps hémolytique correspondant à ces globules considérés comme antigènes.

On peut résumer ainsi les faits capitaux relatifs aux réactions réciproques de l’antigène, de l'ambocepteur et du complément :

CS TER I. — Mises en présence deux à deux, ces substances ne réagissent pas l’une sur l’autre, sauf toutefois le cas où c’est l’antigène et l’ambocepteur qui sont en présence. L'ambocepteur se fixe sur l’antigène :; il n’en résulte aucune modification de l’antigène, si ce n’est qu'il est devenu sensible à l’action du complément.

[Antigène] + [Ambocepteur] — [Antigène-ambocepteur]

II. — L'antigène et l'ambocepteur sont spécifiques dans leurs rapports réciproques. Si l’antigène est le globule rouge de mouton, par exemple, il faudra pour qu'il y ait fixation d'ambocepteur, que l’ambocepteur pour globule de mouton intervienne, et non un ambocepteur pour globule de bœuf, de lapin.

[Antigène A] + [Ambocepteur A] — [Antigène À — Ambocepteur A] [Antigène A] + [Ambecepteur B] — [Antigène A] + [Ambocepteur B]

IIT. — Quand les substances sont mises en présence toutes les trois, elles se fixent les unes sur les autres, Fambocepteur sur l’antigène de son espèce, puis le

complément sur l’ambocepteur.

[Antigène A] + [Ambocepteur A] + [Complément] — [Antigène À — Ambocepteur À — Complément]

Dans ce seul cas où l’antigène et l’'ambocepteur sont de la même espèce, il y a fixation du complément. C'est ce qu’on appelle la déviation du complément.

(Antigène A] + [Ambocepteur B] + [Complément] — [Antigène À ] + [Ambocepteur B] + [Complément]

IV. — La température exerce son influence sur le phénomène de fixation.

À o degré la combinaison [antigène-ambocepteur] se produit, mais non la combinaison [antigène-ambocepteur-complément|.

A 37 degrés l'activité du complément est au maximum.

A 56 degrés le complément se détruit ; les ambocepteurs supportent au contraire cette température (sérum chauffé).

Il est facile, d’après ces données, de comprendre que l'on puisse reconnaître, dans un milieu, la présence d'un antigène donné — d’un ambocepteur donné — d'un complément. On se basera sur la production ou la non production de la combinaison [antigène-ambocepteur-complément|, en introduisant dans le milieu où l’on soupçonne la présence d'un des trois constituants, les deux autres constituants de la combinaison complète ; si la combinaison se réalise c'est qu'évidemment le premier constituant était présent.

Mais par quel témoignage saurons-nous que la combinaison s'est produite ?

Deux cas peuvent se présenter :

Les effets sont facilement, grossièrement appréciables d'emblée.

Ou bienils sont peu apparents.

Avec certains antigènes, les effets sont immédiate. ment visibles : l’alexine agit sur eux comme une sorte de ferment digestif, les altère profondément et même

les détruit. Ces conditions éminemment favorables sont

ee (9 D

réalisées, surtout quand l'antigène est une espèce quelconque de globules rouges ; ces derniers sont rapidement lésés ; ils abandonnent au mélange leur hémoglobine : c'est l’hemolyse.

Par contre, avec certains antigènes, les effets de la combinaison {[antigène-ambocepteur-complément] sont peu apparents.

On fait alors intervenir, pour savoir si la combinaison a eu lieu, une méthode indirecte basée sur la déviation du complément et due à Bordet et Gengou.

Dans un premier temps on opère comme dans le cas précédent : on met en présence une certaine quantité d’antigène, une certaine quantité d’ambocepteur correspondant et une certaine quantité d'alexine; seulement on a soin de n'employer que relativement peu d’alexine ; dans ces conditions toute l’alexine entre dans la combinaison ; elle est toute déviée.

Le problème se ramène donc à démontrer que, maintenant, l’alexine a cessé d’être libre ; c'est le deuxième temps. a

Si l’alexine était présente, disponible encore, dans le mélange du premier temps, qu'arriverait-il en ÿ ajoutant un antigène connu, ainsi que l’ambocepteur de cet antigène ? L’alexine libre se fixerait sur cet antigène. Et si l’antigène était une espèce donnée de globules rouges (globules de mouton) l’hémolyse se produirait comme dans le premier cas.

Mais si, au contraire, l’alexine a été déviée dans le

premier temps, elle ne pourrra plus agir sur les globules

ET RENE de mouton, tout sensibilisés qu'ils soient; conséquence : pas d'hémolyse.

En fin de compte, l'absence d’hémolyse prouve l’absence d’alexine; l'absence d’alexine prouve que celle-ci a été absorbée, c’est-à-dire que la réaction primitive a eu lieu ; et l'existence même de cette réaction prouve qu’un certain antigène, ainsi que la sensibilisatrice de cet antigène se sont trouvés présents l'un et l’autre dans le premier temps : c'est ce qu'il fallait prouver.

En somme, la méthode basée sur la déviation du complément consiste à pratiquer successivement deux réactions : la première avec l’antigène correspondant à la sensibilisatrice que l'on recherche, la suivante avec un antigène sensibilisé. Si la deuxième est négative, on en conclut que la première a été positive et inversement.

Avant de terminer cette étude des anticorps il est à noter quil y en a d'autres sortes dont le mode d'action est plus simple : la façon dont ils interviennent dans les problèmes expérimentaux est plus aisée à comprendre. Il est de ces anticorps qu'il suffira de mettre en contact avec la substance vis-à-vis de laquelle ils sont doués de réactivité spécifique pour que s'opère une réaction.

Le bacille d'Eberth, par exemple, entraîne la formation, dans l'organisme infecté, d'une substance dite agglutinine, qui n’est autre qu'une variété d'anticorps ; le sérum des sujets atteints de fièvre typhoïde acquiert la propriété d’agglutiner le bacille d’Eberth : le sérodiagnostic de Widal est fondé sur ce phénomène.

La toxine diphtérique et l’antitoxine se neutralisent

mutuellement : telle est la base de la sérothérapie antidiphtérique.

L’albumine du sang humain injecté à un animal détermine chez ce dernier la production d’une précipiline spécifique vis-à-vis de cette albumine. Le sérum de l’animal mis en présence de cette albumine du sang humain provoque un précipité ; ainsi, en médecine légale, peut-on déceler la provenance humaine d’une tache de sang.

Ces anticorps sont d’une seule pièce. Ils sont pourvus à la fois de deux propriétés ; ils ont une affinité spéciale pour certains corps déterminés, ils exercent sur ces corps certains effets définis (précipitation, agglutination). Rien de plus facile à comprendre que Plutilisation de ces anticorps à certains diagnostics. Etant donné un corps quelconque, il pourra être révélé par cette même réaction en présence du corps correspondant.

Grâce à l'emploi de leur méthode, Bordet et Gengou ont réussi à déceler dans certains sérums spécifiques des anticorps capables de se fixer sur le bacille d’Eberth, le proteus vulgaris, le rouget du porc, le microbe pesteux... Il y a peu de temps encore ces savants belges ont pu au moyen de leur procédé démontrer l'existence d’une relation intime entre la coqueluche et un microbe particulier isolé par eux de l’excrétion bronchique des enfants atteints de cette affection.

La méthode de déviation du complément fut également appliquée avec succès en Allemagne, à la recherche

des anticorps et des antigènes dans les processus infec-

be SEUS

tieux les plus divers. Etudiée par Moreschi, elle servit à Neisser et Sachs pour le diagnostic de l’espèce animale d’où provient le sang prélevé sur des taches sanguines (application à la médecine légale). Cette méthode fut aussi employée par Wassermann et Bruck dans le but de déceler dans l'intimité des organes d'animaux tuberculeux, d’une part la tuberculine (antigène dérivé du bacille de Koch) et d’autre part l’antituberculine (anticorps dirigé contre la tuberculine). Le même procédé a permis à Müller et Oppenheim, à Bruck, de démontrer des anticorps gonococciques dans le sang des individus infectés par le coccus de Neisser. |

Enfin les travaux de ces dernières années sur la syphilis et sur la spécificité du Treponema pallidum amenèrent Wassermann, avec la collaboration de Neiïsser et Bruck, à vérifier si la méthode de déviation du complément ne pourrait pas être appliquée au diagnostic de la syphilis, et à rechercher dans les organes et le sérum des syphilitiques la présence d’antigènes et d'anticorps spécifiques.

Technique du séro-diagnostie

Réaction de Wassermann

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