LA DÉVIATION DU COMPLÉMENT
Méthode de Bordet-Gengou
Il est de notion ancienne qu’un certain nombre de maladies infectieuses confèrent l'immunité, c’est-à-dire qu'une première atteinte donne à l'organisme le pouvoir de résister à l'invasion d’une nouvelle infection de même nature : c'est ainsi qu'un variolé est définitivement à l’abri d'une nouvelle variole.
Depuis longtemps également, il était établi qu’en administrant à un animal des quantités appropriées de toxine, il est possible de le renûre résistant à l'égard des microbes et des sécrétions microbiennes, en un mot de l’immuniser (Salmon et Smith, Charrin, Roux).
Plus tard il fut démontré que, dans les humeurs des organismes ainsi immunisés, il existe des antitoxines ou composés capables de transmettre à des animaux neufs les mêmes propriétés de résistance spécifique (Behring et Kitasato). D'où deux sortes d’immunité : l'immunité active qu'on crée chez un animal ; l'immunité passive ‘que présente l'organisme injecté avec le sérum anti-
toxique.
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À cette propriété antitoxique s'ajoute une propriété antimicrobienne ; c’est ce qu’a observé Pfeiffer, en particulier chez les animaux vaccinés au moyen de vibrions cholériques : cet auteur remarqua que les vibrions cholériques injectés dans la cavité péritonéale d’un animal (cobaye) vacciné contre le choléra, s'immobilisent et se transforment rapidement en granulations (phénomène de Pfeiffer). Le même phénomène se manifeste si on emploie un animal neuf, à condition d'injecter une émulsion de vibrions cholériques additionnée au préalable d’une certaine dose de sérum préventif bien actif. Pfeiffer pensait que ce phénomène de transformation en granulations ne pouvait se produire qu à l’intérieur de l'organisme et que les substances provoquant la métamorphose des vibrions étaient dues à l’activité sécrétoire des cellules endothéliales.
Metchnikoff constata bientôt après qu'on pouvait produire in vitro le phénomène de Pfeiffer en mettant en contact les vibrions avec une trace de sérum préventif et une petite quantité de lymphe péritonéale contenant des leucocytes..
Enfin Bordet fit remarquer que, chauffé à 6o degrés, l’immunsérum reste préventif et peut encore immuniser, mais il perd son pouvoir bactéricide ; ce pouvoir peut lui être rendu en le mélangeant avec du sérum neuf bien frais qui n’est pas lui-même bactéricide.
Ce furent ces constatations qui amenèrent Bordet à énoncer cette affirmation que deux substances, le sérum
neuf et l’immunsérum, toutes les deux peu ou pas bac-
TO
téricides peuvent en se combinant déterminer une intense destruction des bactéries.
Quels sont les caractères de ces deux substances, inactives par elles-mêmes mais puissamment bactéricides si on les réunit ensemble ? La substance contenue dans l'immunsérum, résistant à la température de 55 degrés, est seule douée de spécificité. Au contraire, le principe renfermé dans le sérum neuf bactéricide est extrèmement labile, se débruit, soit spontanément, soit par un chauffage à 55 degrés et n’est pas spécifique.
Or, le même phénomène apparaît aussi dans le cas où, au lieu d’immuniser à l’aide de microbes pathogènes, on se sert de cellules incapables de provoquer dans l’orgarisme des troubles apparents.
En effet si on injecte à un animal des globules rouges provenant d'un animal appartenant à une autre espèce, on constate que le sérum du premier animal ainsi immunisé acquiert la propriété d'agglutiner, de dissoudre ayec une forte intensité les érythrocytes du second et de permettre ainsi à l’hémoglobine de diffuser hors du protoplasma cellulaire et de colorer le sérum (phéno-
mène de l’hémolyse).
On constate alors que cette action hémolytique est spécifique.
De plus on trouve, tout comme pour les principes microbicides, que le sérum hémoilytique, chauffé à 55 degrés, perd son pouvoir dissolvant et qu'on peut lui rendre ce pouvoir si on a soin d'ajouter une trace de sérum neuf par lui-même peu ou pas actif.
De ces découvertes faites sur le terrain de l’immunité