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sortir la nécessité du placement dans un asile d’aliénés, pour l'autre il émet l'avis que l’internement n'est pas nécessaire.
OBSERVATION XI (résumée)
Mme Z... dégénérée héréditaire avait tiré trois coups de revolver sous la fenêtre d'un hôtel habité par M. H..., ancien député, dont elle accusait la famille de l'avoir dépouillée de sa fortune. Sa haine datait de plusieurs années.
A la mort de -M. H... pére, la malade avait manifesté une joie inconvenante. Reportant sur le fils la haine qu’elle avait vouée au père, elle le poursuivait de ses récriminations et de ses menaces, englobant dans ses plaintes et ses accusations, toutes les personnes qui l’approchaient, les considérant comme des agents à la solde de son ennemi. Klle expliquait son acte en prétendant avoir fait une tentative de suicide, tentative mensongère d'après l’enquête. Son arrestation loin de modifier ses intentions de vengeance ne l'avait rendue que plus décidée à poursuivre par tous les moyens possibles la reconnaissance de ses droits méconnus. La malade a été internée dans un asile.
OBSERVATION XII (résumée)
Mile X... se croyait depuis trois ans victime de machinations ayant pour but de l’empêcher de faire son commerce et «de la détruire moralement. »
Elle accusait six personnes de lui « envoyer par commissionnaires, par poste et autrement des écrits malpropres et incohérents qui dénotent des femmes vulgaires, des hommes immoraux et peutêtre criminels », prétendant qu'on avait monté un complot contre elle. Or, il fut prouvé que l’auteur des lettres injurieuses n’était autre que Mlle X... | 4 ÿ
La malade accablait de réclamations le directeur d'une compagnie d’où elle avait été expulsée.
Arrêtée, Mlle X..., nie formellement avoir écrit les lettres en question qu'elle attribue à ses ennemis, entrant dans des détails interminables sur les persécutions dont elle se prétend l'objet.
Elle parle avec volubilité, mais ne se montre nullement agressive et reste mesurée dans son langage,
L'affaire s’est terminée par üne ordonnance de non-lieu.
« Sijesuisainsiarrivé, dit M. Vallon à des conclusions opposées sur les mesures à prendre à l’égard des deux aliénées soumises à mon examen, c’est que celles-ci, bien-qu'atteintes du même délire, avaient une attitude bien différente. Madame Z. excitée, violente, décidée à poursuivre ses revendications par tous les moyens en son pouvoir, me paraissait dangereuse pour la société, et spécialement pour la famille H., tandis que M'exX. calme, posée, s’inélinant à l'avance devant les décisions de la justice, ne me semblait pas menacer la sécurité des personnes qu'elle avait longtemps ennuyées de ses lettres. »
Ainsi la question de la séquestration est absolument relative à chaque cas particulier. Cette considération est si importante que chezle même malade, en cas de récidive, le médecin peut arriver à des conclusions différentes. Tel persécuté-persécute ur pourra un moment donné être laissé en liberté alors que quelques mois où quelques années plus tard son internement devient une nécessité absolue. Comme exemple de cette règle de conduite, nous citerons le cas du malade C... dont M. le docteur Garnier, médecin en chef du dépôt de la Préfecture de police a bien voulu nous communiquer le rapport médicolégal.
Le sieur GC... àgé de 61 ans mécanicien de la marine italienne, est l'inventeur d’une machine perforatrice qui. porte son nom, invention qui ne l’a pas enrichi d'ailleurs.
« En 1885 un sieur B..., ingénieur devint adjudicaire des brevets relatifs à la perforatrice C. ». ;
La mise en vente de ces brevets était la conséquence de la liquidation de la société anonyme qui en était propriétaire et avait acquis ses droits en 1853 de l'inventeur le sieur C..… Celui-ci, cependant émit aussitôt la prétention que la vente ainsi consentie n'était point régulière ; il harcela dès lors l'acquéreur de ses réclamations, et de ses accusations, lui intenta plusieurs procès qu'il perdit tous.
Ces insuccès ne le découragèrent pas, et il en vint à engloher; dans ses accusations la plupart de ceux, qui, de près ou de loin furent mêlés à ces affaires processives. Les magistrats n'échappèren t pas à son animosité ; et comme l'avocat qu'il s'était choisi, hésitait à le suivre et essayait de le calmer il le désavoua publiquement.
Li ’ex alltation de C... grandissait de jour en jour et l'administration a Ilait être appelée à s'occuper de lui en présence de ces menaces de en23ance,
Le 14 juin 1899, M. le Garde des Sceaux, signalait les allures inquiétantes de CG... à M. le Préfet de police dans les termes suivants :
« Depuis cinq ans, GC. qui paraît être un inventeur malheureux a adressé à ma chancellerie, un nombre considérable de plaintes, et les récriminations les plus vives au sujet de décisions judiciaires le concernant.
« Il persiste à venir dans les bureaux du Ministère, réclamant des poursuites contre les personnes dont il croit avoir à se plaindre.
« Le 11 de ce mois, il a, en présence des garçons de bureaux, proférer des menaces de mort contre les fonctionnaires, pour le cas où il n'obtiendrait pas de satisfaction. »
Comme suite à cette lettre de M. le Ministre de la justice, nous fûmes chargés, par le Préfet de police, de procéder à l'examen de J'état mental du sieur C. |
L'inculpé nous était done connu, et il n’est certainement pas superflu de reproduire ici l'opinion que nous émettions sur lui le 20 juin 1892, sur la demaude de l'administration.
C... âgé de 53 ans, ingénieur atteint de surdité presque complète, se présente comme un inventeur méconnu, victime de nombreux crimes, de spoliation et dé forfaiture. Il accuse les magistrats d’avoir introduit de fausses pièces dans les dossiers et d’avoir ainsi amené la perte de nombreux procès qu’il a engagés.
« C... fournit sur son invention de machine perforatrice, des détails assez précis, mais il paraît dupe d'illusions, et son esprit mal équilibré n'envisage les choses que par certains côtés. Quoiqu'il en soit, il proclame que son invention est, tout à la fois, le triomphe de l'ingénieur et de l’hygiéniste, car il se sert de ses machines pour faire respirer l’air comprimé, à ses ouvriers fatigués, afin de refaire leurs forces. RAS à
« C... a-t-il été, comme il le prétend, réellement spolié de ses brevets ? Ce qui est certain, c'est qu'il part de là, pour affirmer qu’on lui doit justice. [1 s’exalte lorsqu'il parle des crimes commis, et des magistrats qui ont produit des fausses pièces.
« Réduit à une situation misérable, acculé par le besoin, il peut être amené à réagir à l’instar des persécutés-persécuteurs.
« Toutefois, dans ce moment, on parvient encore à le raisonner, à lui faire comprendre qu'il a eu tort de menacer. Il regrette, dit-il, l'attitude qu'il avait prise dans ces derniers temps et demande seulement qu'on lui vienne en aide.
« Il me paraît indispensable que C... soit l'objet d’une surveillance au dehors; il promet de se tenir tranquille, mais il est fort probable
qu'il appellera de nouveau l'attention sur lui, et contraindra prendre à son égard des mesures de précaution. »
Après une accalmie de peu de durée, C... reprit sa campagne de dénonciations et de récriminations menacantes ainsi que cela résulte de la lettre suivante adressée le 16 juin 1893, par M. le Garde des Sceaux à M: le Préfet de Police.
C... adresse à ma chancellerie depuis un certain temps, des plaintes menacantes à l’occasion-de réclamations.
IL s’exprime ainsi : Après m'avoir spolié et protégé mes spoliateurs, le gouvernement peut me jeter l’aumône, celle-ci me servira à l'achat d'une arme pour mettre fin à mon martyre, mais avant moi, tombera quelqu'un.
Ces faits rappelés pour établir nettement ce qu'a été C... dans un passé relativement récenf, voyons ce qu'il est aujourd’hui, d’après l'examen auquel nous venons de le soumettre.
L'inculpé, dont la surdité est toujours caractérisée, se présente avec l’air d’un homme très satisfait de lui-même, et sûr de son droit. Son attitude est convenable, douce, polie. La physionomie est vive, mobile, le regard ne manque pas d'intelligence. Dans l’ensemble pourtant, l'allure est quelque peu singulière et éveille l'attention. .
C... appartient à une famille honorable, ses enfants sont fixés en Italie, où leur situation serait assez brillante. É
L'un de ses fils est médecin, un autre est officier dans l’armée italienne.
Quand on demande à C... de donner quelques explications sur ce fait que ses enfants ont adopté la nationalité italienne, alors que lui-même est sujet français, il n’aboutit à rien de plausibie; il se - borne à dire qu'il est originaire de la Savoie. Bien vite, du reste, il est pressé d'entrer dans l’énumératiôon de ses griefs, et presque aussitôt il montre une émotivité excessive, maladive; il pleure, il sanglote, comme un enfant, en déclarant que c’est abominable de voir que tout le monde protège les fanssaires et le criminel B.
Il y à aussi un député français, M. G. Il y a des lettres mensongères, des fonctionnaires des ministères, etc.
En suivant attentivement G., en analysant minutieusement son état d'esprit, on arrive à se convaincre que cet homme qui a été mal. heureux sans que nous puissions dire s'il a été l'artisan de sa propre infortune, est dominé par des idées fixes. Toute tentative, pour modifier ses convictions et lui faire accepter des décisions auxquelles un homme raisonnable doit se soumettre est totalement inutile.
La pensée a revêli. chez lui, cette forme svstématique, qui le rend
immuable, quand bien même l'évidence est là pour lutter contre CHE
C., comme tous les processifs, a composé de nombreux et volumineux mémoires pour exposer ses griefs, et tenter la démonstration des iniquités subies.
De ces mémoires, il en existe un peu partout, au Parque dans les ministères, à la préfecture de Police, ete., etc... © 7 \
A notre intention, il en a rédigé un de Fe très détaillé, d'une centaine de pages d’une écriture compacte. C’est bien l'écrit d’un d@ ces malades, dénommés persécutés-persécuteurs en pathologie mentale. C. ne manque pas non plus à la règle, en élevant son cas particulier à la hauteur d’un événement devant intéresser le pays tout entier.
« En écrivant cette histoire, dit-il, dans un avant-propos, je juge que mon intérêt personnel n’est rien à côté de l'intérêt public, non seulement au point de vue des finances, mais encore de la morale et du respect de nos lois existantes et foulées aux pieds par des magistrats sans pudeur. Car l'on verra dans ce mémoire que pour pro. téger l’infâme B..., que l’on m'a dit être l’un de ces juifs que les magistrats protègent, les juges n’ont pas craint de faire des faux. C'est une chose qui ne s’est vue qu’en France, car, dans les pays les plus barbares, il ne se serait pas passé, en justice, des faits semblables à ceux dont j'ai été victime. À tout homme d'honneur et à tout patriote qui aime l’ordre dans la légalité et qui se conforme à la belle devise républicaine : liberté, égalité, fraternité, cette injustice paraîtra monstrueuse.
«Il faut que ceux qui souillent notre administration civile et judiciaire en soient à jamais expulsés. Cette épuration est nécessaire, je serais heureux si par ma constance et ma persévérance en mes réclamations, je pouvais contribuer à, cette épuration. Je suis persuadé que le nouveau ministre de la Justice, lorsqu'il reconnaitra jes faits dont je suis victime, n'hésitera pas à poursuivre les magis-
trats indignes de leur emploi ; en les révoquant il extirpera les ger-
mes de la gangrène qui ronge la magistrature...
Si M,le Garde des Sceaux ne poursuit pas les présidents de Chambres et juges qui commettent des crimes pareils envers un citoyen qui demande justice, c'est le cas de répéter qu'il n'y a plus de justice en France, et il est bien inutile qu'il y ait un ministre puisqu'il laisse se propager l'anarchie dans la magistrature ; puis qu’il laisse faire les magistrats, qui non seulement ne connaissent pas la loi, mais emploient leur autorité à protéger les délits et les crimes au lieu de les punir, etc. ».
C..., qui parait avoir été mécanicien adroit et ingénieux dans la
construction des machines perforatrices qui portent son nom, n'a pas recueilli le bénéfice de son invention, et en cela il ressemble à tant d’autres inventeurs.
Il a donc été malheureux, et on comprend que ses infortunes, ses déboires répétés aient aigri son caractère et l’aient rendu enclin aux récriminations ardentes, aux faciles défiances. Mais (... a franchi cette étape, qu'on pourrait dire passionnelle, où peuvent s’attarder, quelque peu, les natures exaltées, sans qu’on mette aussitôt en cause la folie. Il a versé dans les interprétations délirantes.
Aujourd’hui ce n'est pas simplement la passion et l'erreur qui le minent, mais c’est bien le délire qui le domine. Aussi ne lui est-i] plus permis de juger les choses comme tout le monde les jugerait, et d'apercevoir l'évidence là où elle est; l'erreur se rectifie, mais non le délire. L’aliénation mentale ne se traduit pas d'ailleurs, en pareil cas, par ces signes grossiers, qui la fait reconnaître aisément même parles, personnes qui ne sont pas familiarisées avec cette étude ; il n'y a pas cestroubles sensoriels ces hallucinations, dont la manifestation rend généralement claire, pour tous, la constatation de la folie.
Iciona affaire à un homme indemme de ces troubles hallucinatoires, et pourtant, son intelligence n’en est pas moins asservie à des idées. fixes sans cesse alimentées par des interprétations maladives, idées fixes qui peuvent, d’un moment à l'autre, le pousser à réagir violemment à commettre un attentat contre les personnes.
Les persécutés-persécuteurs sont classés parmi les aliénés les plus dangeïoux, etleurs violences sont, à tout instant, relevées par ceux qui s'occupent de les visiter ou de les soigner.
Ce qui frappe chez C..., c'est, avec la naïve satisfaction de soimême, la faiblesse réelle de l'intelligence. Cet inventeur ne limite plus l'étendue de ses découvertes, et presque à chacune de nos visites, il s’est empressé de nous montrer des plans, d’où il résulte, selon lui, qu’il a trouvé le secret de la navigation aérienne, et qu'il peut rendre, à son gré, les navires insubmersibles.
Tout n’est pas absurde, dans l'énoncé des projets et des idées fondamentales; C..., possède même un certain talent de représentation graphique, mais, comme nous le disions déjà en 1899, il n'aperçoit pas les lacunes: il ne voit les choses que par leur côté séduisant et s'illusionne sur-le reste, tout prêt à accepter, comme des réalités démontrées, ce que son esprit a entrevu. /
Persuadé de l'importance de ses inventions, il a de lui-même la plus ‘haute idée, aussi sa situation misérable est-elle faite pour l'exalter considérablement. Il est convaincu qu'il est méconnu, trahi,
spolié, que, tous ceux qui sont appelés à se prononcer sur la légimité de ses indications, et le bien fondé de ses accusations s’empressent de faire cause commune avec ses ennemis. Il les englobe dans son animosité morbide, et, il se dit à lui-même, que le jour où, fatigué de réclamer en vain, il s'érigera en justicier, il n'aura que l’embarras du choix. Ce jour n’est peut-être pas éloigné, le délire est exacerbé, ici par une détresse physique dont ces sollications sont de nature à hâter le dénouement ordinaire. G. est parvenu à une suffisante excitation pour passer à l'acte. Or, il est bien certain, que, dans l’état mental où il se trouve, il échapperait à toute responsabilité.
S il ne peut être puni, au moins doit-il être surveillé et traité. Nous disions, en 1892, dans notre rapport administratif que C. ne tarderait sans doute pas à contraindre l'autorité à prendre à son égard des mesures de précautions. Nous estimons que ce moment est venu et que la prudence exige qu'il soit pourvu, dans le plus bref délai OAI, à son placement dans une maison de santé.
C’est son intérêt d'y être interné, attendu qu'il a besoin d’un traitement, et c’est aussi l'intérêt de la sécurité publique, puisqu'il sera ainsi mis dans l'impossibilité de nuire.
De l’exposé qui précède, nous nous croyons autorisés à dégager les conclusions suivantes :
4 G.. est atteint d’aliénation mentale. L «
20 Il présente en même temps que de la faiblesse de l'intelligence, une exagération vaniteuse de sa personnalité, divagation ambitieuse et idée de persécution.
30 Il appartient à la catégorie des aliénés persécutés-persécuteurs, malades indemnes généralement de troubles hallucinatoires, mais dominé par des idées fixes qui le rendent fort dangereux.
4o Ne pouvant, dans sa situation mentale, être déclaré responsable de ses actes, C... doit au moins être traité comme malade dangereux et placé comme tel, par l'autorité administrative, dans une maison de santé.
Ce rapport médico-légal est des plus instructifs et montre combien il est difficile de se déterminer au sujet des persécutés-
persécuteurs.
La séquestration de ces malades est chose assurément nécessaire, mais sur laquelle il faut se prononcer avec la plus extrême réserve. Si elle s'impose pour les persécuteurs criminels, elle est souvent tout aussi indispensable pour éviter au malade les pires extrémités.
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Le médecin sera très circonspect sur la mise en liberté. Si le persécuté-persécuteur est calme et doït trouver à sa sortie des conditions qui permettent à son équilibre mental de se maintenir, la séquestration a moins de raison d'exister ; il en est tout au-
trement si le malade doit être exposé, aussitôt sa sortie, à re-
-trouver son activité délirante.
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