‹ Thèse ... Recherches sur les tumeurs épidermiques et leurs relations avec l'affection cancéreuseChapitre 12 sur 15 · GO · texte numérisé non relu

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contracté par influence la disposition morbide. Cette idée est celle cpie Hunier formulait par ce qu’il appelait la distance spécifique locale des effets .. C’est cette distance qu’il s’agit de dépasser par l’opération.

Nous avons déjà fait remarquer deux circonstances qui paraissent propres à faire disparaître cette apparente contradiction, et que nous rappelons ici: ce sont, 1° la congestion inflammatoire violente et étendue qui s’empare des tissus voisins du siège de l'application caustique; 2" l’action en quelque sorte spécifique de l’arsenic sur la formation pileuse.

Le caustique arsenical serait donc préférable aux autres, si d’un autre côté il n’exposait pas parfois à des accidents graves et imprévus d’empoisonnement. M. Serré rapporte dans sa tbèse le fait d’un homme mort à la Clinique, après six applications de pâte arsenicale ; il attribue cette mort à une apoplexie séreuse, due elle-même à ce qu’on aurait négligé l’emploi d’un exutoire; les accidents que cet homme présenta furent du délire, des convulsions et de la fièvre. Ne sont-ce pas là plutôt des accidents d’empoisonnement ? J’ai vu , en 1842, dans le service de chirurgie de l’hôpital Saint-Antoine , un homme en proie aussi à des accidents cérébraux graves, à la suite d’une pareille application. Bien d’autres faits ont été cités qui portent beaucoup de chirurgiens à redouter l’emploi de ce caustique.

C’est donc à l’extirpation sanglante qu’il faut en général donner la préférence, car avec le bistouri, le chirurgien sait parfaitement ce qu’il fait, et est bien plus sur d’agir comme il l’entend.

La conviction profonde que nous avons de la nature purement locale du cancer primitif de la peau, montre comment pour nous la fréquence des récidives dont sont suivies les opérations de cancer des lèvres, de la face, etc., ne peut s’expliquer que par ceci, que les règles à suivre dans ces observations ne sont pas toutes bien précisées , et que celles établies ne sont pas toujours rigoureusement suivies.

Les règles communes à toutes les ablations de cancers externes, applicables par conséquent aux cancers cutanés, sont relatives à l’époque à laquelle on doit opérer, et à la manière d’y procéder. Quant à

l’époque, j’ai déjà dit que tout en croyant opérer de bonne heure , on perd quelquefois un temps précieux sous prétexte de prophylaxie, et parce qu’on croit n’avoir affaire qu’à un bouton bénin, quoique susceptible de dégénération. Quant à la manière d’opérer, on est bien d’accord pour opérer légèrement, sauf quelques cas dans lesquels des barrières fibreuses existent, qui s’opposent à l’extension du mal, et qu’on n’a pas besoin de dépasser. M. Lisfranc a surtout signalé ces cas à propos de ses cancers superficiels qu’on croyait profonds; la même exception est encore à observer dans les cas de tumeurs enkystées. En général, il faudrait dépasser la distance locale spécifique du cancer; mais là git la difficulté , quelle est celte distance? L’expérience nous apprend que très-probablement on ne la dépasse pas assez habituellement. M. Lisfranc, qui aime à préciser en médecine opératoire, dil qu’il faut enlever 1 centimètre et 5 millimètres de tissus sains (par ces mots, il faut entendre des tissus ne contenant pas encore de dépôt morbide, quoique malades au fond). 11 est évident que celte règle est donnée pour les cancers assez volumineux. 11 est très-probable qu’à mesure que la tumeur grandit et peut-être aussi que l’âge augmente , la distance locale spécifique de ses effets s’étend aussi, et que cela doit être la règle de la conduite chirurgicale; mais ici double difficulté: si le bouton est petit, on hésite à faire une large perte de substance, et si le mal est étendu, les nécessités de la restauration des parties retiennent le bistouri trop près du mal. Ces deux seules circonstances peuvent expliquer bien des récidives ; j’estime donc que dans les cas de petites tumeurs, il faut moins craindre de défigurer son malade. Si l’on ne veut s’exposer à une récidive, que le malade désespéré ne voudra peut-être pas laisser opérer de nouveau, et qui forcera à une perte de substance bien autre, et que dans les grandes tumeurs où le malade est déjà défiguré, il faut être moins coquet, et ne pas vouloir à toute force refaire une figure plus ou moins régulière. Ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que les chirurgiens ont été frappées du plus grand nombre de succès qu’ils obtiennent dans des affections de même nature, mais siégeant en d’autres [joints où ils ont

pour ainsi dire la faculté de tailler en plein drap (cancer de la verge, cancer des ramoneurs). (Perc. Pott, Earle.)

Une dernière règle de conduite est celle qui consiste à poursuivre avec acharnement les récidives qui ont lieu dans l’ancien siège du mal , en opérant plus largement qu’on ne l’a fait d’abord. Si la récidive avait lieu dans les ganglions ou que les ganglions fussent pris avant toute opération , on sait qu’ici se présenterait une question très-délicate, celle de savoir si les ganglions sont devenus le siége.d’un cancer secondaire , ou s’ils ne sont que le siège d'un engorgement inflammatoire; je crois que tant qu’on n’observera aucun autre signe de cachexie, le chirurgien devra opérer.

Lorsque cette cachexie est arrivée , ou lorsque l’altération est tellement située ou étendue qu’on ne peut opérer, il ne reste plus à faire qu’un traitement palliatif.

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