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CAVITÉS GLOSES PURULENTES DES MACHOIRES

Très rares aussi, à moins qu’on n’ait pris quelquefois un kyste pour le sinus. Dans la première observation du mémoire de Bordenave, sur les exostoses de la mâchoire inférieure, on voit sortir une sanie très fétide par l’alvéole d’une molaire qu’on vient d’extraire M. Forget (thèse) a donné ce fait comme un kyste purulent. J’avoue qu’il m’est resté des doutes après la lecture de l’observation originale. Voici un extrait des bulletins de la Société anatomique (t. XXII, p. 89) qui serait plus concluant s’il ne nous manquait des caractères importants, dont l’absence laisse dans le doute entre une cavité close et un abcès.

M Ilouel fait voir un exemple d’abcès placé dans l’inté-

rieur de l’os maxillaire inférieur d’un homme de 45 ans environ, dont le corps servait aux dissections dans les pavillons de l’École pratique. L’os maxillaire, à sa partie antérieure, est beaucoup plus épais que d’habitude, dans le sens antéro-postérieur, et du côté gauche, à peu de distance de la ligne médiane; la lame osseuse, soulevée et amincie, forme uue tumeur saillante d’un centimètre environ. Sur cette tumeur, à l’état frais, l’os était un peu érodé dans un seul point ; là, le périoste commençait à se décoller; tout autour il n’y avait aucune autre altération. La mâchoire étant sciée vers sa partie médiane, d’avant en arrière, on trouve dans son intérieur une vaste cavité que remplissait du pus, commençant à droite au milieu de la racine delà canine, qui est cariée et plonge dans la cavité. — De là, la cavité s’étend en avant , traverse la cloison symphisaire, dont il ne reste plus de traces, et s’étend beaucoup plus loin à gauche que du côté droit. La lame compacte de la paroi postérieure de l’os, avec les racines des dents, dont aucune n’est à découvert, à part celle de la canine droite , est intacte, à peine un peu rejetée en arrière. C’est surtout aux dépens de la lame compacte antérieure, intacte aussi, mais amincie surtout au niveau de la tumeur, que l’abcès s’était formé.

Dans notre dernier article, nous citerons un exemple de kyste purulent, développé autour d’une dent, dont la situation était anormale.

KYSTES MÉLICÉRIQUES.

M. Forget a vu dans un cas un liquide analogue au mélicéris (thèse, p. 6.) Yoici une observation que nous avons trouvée dans VA rcenal de chirvrgie de Scultet, et qui nous paraît un exemple de kyste mélicérique de la mâchoire.

Il s’agit d’une dame dont la tumeur avait d’abord diminué sous l’influence de la décoction de salsepareille, à ce point que Scultet crut qu’elle était entièrement guérie; mais quelques mois après elle avait reparu. * Après avoir saigné et purgé la malade, je la fis mettre au lit, le 2 mars 1643, et luy ayant attaché les mains aux costés, un des assistants leva un peu en haut la lèvre supérieure avec un petit crochet, afin que je pusse avec un petit couteau séparateur arriver plus commodément entre la tumeur et le premier muscle qui élève la lèvre supérieure. Je parvins avec le petit couteau jusqu’à la suture de l’os jugal, et separay la tumeur du susdit muscle, et trouvay en bas, proche les dents molaires et la cartilage de la gencive, la tunique de la tumeur , laquelle j’essayay, mais en vain, de séparer du quatrième os de la mâchoire supérieure avec le même scapel ; en sorte que je fus contraint de couper ladite tunique, qui étant ouverte il en sortit une matière epesse et jaune comme du miel , et la tumeur s’affaissa, la matière s’éiant écoulée, et le chyste cartilagineux ayant esté retranché avec la tenaille, je pansay la plaie d’un blanc d’œuf agité avec la poudre de chrisolite préparée et la poudre de Galien. > Dans la suite del’observation,onvoitqueScultet eutà enlever près de cette cavité deux tubercules durs, et que la malade guérit très bien.

Les cavités mélicériques ne sont probablement que des kystes muqueux dont le produit s’est altéré ; M. Giraldès a trouvé en effet dans les petits kystes de la muqueuse du sinus un liquide qui a beaucoup de rapports avec celui dont nous parlons ; cette réflexion doit aussi s’appliquer à l’espèce suivante.

KYSTES BUTYREUX OU STÉATOMATEUX.

Je ne citerai qu’un fait; il porte avec lui les enseignements les plus utiles sur le diaguostic et le traitement de

cette affection, dont une circonstance aussi heureuse que fortuite vint révéler la nature.

Kyste butyreux du sinus maxillaire, simulant un cancer encéphaloïde, même au microscope , diagnostiqué, opéré et guéri.

Il s'agit d’une jeune fille, qui, il y a peu de jours encore, avait le visage horriblement déformé par une tumeur considérée comme un cancer encéphaloïde incurable pur d’éminents praticiens, et un micrographe des plus justement renommés. Celte fille nommée N. Victorine-Eléonore, 21 ans, bergère, née à Mommirail, s’aperçut, il y a près d’un an, d’un léger gonflement de la joue du côté droit. Cette tuméfaction fit des progrès rapides et s'accompagna bientôt de violentes douleurs de tête. L’ouverture spontanée d’un petit abcès qui s’était formé vers l’angle interne de l’œil la soulagea momentanément, mais la tumeur principale n’en continua pas moins ses progrès jusqu’au 3 novembre 1854, où elle entra à l’Hôtel-Dieu, service de M. Laugier.

A cette époque, le côté droit de la face était le siège d’une tuméfaction énorme qui envahissait le nez, toute la région maxillaire supérieure et la partie interne de l’orbite. La narine droite était distendue et complètement obstruée par une tumeur élastique et saignante, les os du nez étaient refoulés et en partie détruits. L’œil était repoussé en dehors. La peau qui recouvrait la tumeur était amincie et luisante; elle était le siège de deux ulcérations profondes situées l’une près l’angle interne de l’œil, l’autre sur la partie la plus saillante de la tuméfaction. De violentes douleurs s’irradiaient dans tout le côté droit de la face et ne laissaient à la malade aucun repos.

En présence de ces symptômes, on ne pouvait guère douter qu’on n’eût affaire à un cancer encéphaloïde des plus graves. Tel fut en effet le diagnostic de M. Laugier; tel fut aussi celui d’un savant microgj’aphe, à l’examen duquel on crut devoir soumettre une portion de la tumeur qu’on excisa dans ce but.

Pendant six semaines que la malade resta dans les salles de l'Hôtel-Dieu, où elle lut soumise à des examens multipliés, rien

ne vint infirmerie diagnostic, et le mal dont les progrès étaient incessants, parut tellement au-dessus des ressources de l'art, que l’on ne cru! pas même devoir tenter une opération. C’est dans ces conditions désespérées que la malade vint à l’hôpital de la Pitié se confier aux soins de M. Maisonneuve.

En présence de cette affection si grave, au moins en apparence, ce chirurgien ne put se défendre d’un moment d’hésitation.

Tout en explorant la tumeur, il commençait à combiner dans sa pensée le plan d une opération terrible, quand après vingt minutes de l’examen le plus minutieux, le plus approfondi, dans le but, autant peut-être de déterminer les limites exactes du mal que d’en apprécier la nature, M. Maisonneuve déclara que ce prétendu cancer encéphaloïde pourrait bien n’être qu’un kyste butyreux du sinus maxillaire, auquel cas la malade serait guérie en peu de jours. Ce diagnostic lui avait été suggéré pendant son exploration par la circonstance que la pression des doigts faisait sourdre parla narine une matière butyreuse analogue à celle qu’on voit dans certains kystes sébacés du cuir chevelu.

Heureux de cette decouverte si inattendue, M. Maisonneuve fit immédiatement par la narine une ponction qui pénétrait jusqu’au centre de la tumeur, et combinant à la fois les pressions et les injections, il parvint à extraire de cet énorme kyste, gros comme les deux poings environ, une matière suifeuse, blanche.

Aucun accident ne suivit cette opération. Pendant cinq ou six jours, M. Maisonneuve se contenta de faire dans l’intérieur du kyste des injections détersives, sous l’influence desquelles la tumeur revint sur elle-même, et les traits du visage ne tardèrent pas à rependre leur forme naturelle.

Quinze jours à peine se sont écoulés depuis cetie opération, et la malade a recouvré aujourd’hui toute la régularité de ses traits.

(Gaz. des hôpit 1855.)

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