‹ Thèse sur le chloroformeChapitre 16 sur 25 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ADULTÉIl AXIONS.

Malgré les améliorations apportées à sa préparation; améliorations, qui permettent de le donner à un prix assez médiocre, le chloroforme n’est pas resté à l’abri des falsifications.

M. le professeur Chevallier, dans son Traité si utile des falsifications, nous indique un grand nombre de fraudes, et nous donne le moyen de les reconnaître.

Nous avons également eu recours au précieux ouvrage de M. Dor* vault (Officine 1855). Là, nous avons trouvé groupées méthodiquement toutes les falsifications que dans le commerce on fait subir à cette substance.

Avant de les mentionner, je vais donner la formule d’essai du ehloroforme, en énumérant brièvement ses principales propriétés chimiques et physiques.

Formule d'essai.

Le chloroforme est parfaitement transparent, entièrement volatil, d’une densité de 1,49 à 15° (ce qui correspond à 48° du pèse-acide), d’une odeur éthérée rappelant celle de pomme de reinette, et d’une saveur menthée et sucrée à la fois.

Soluble en toutes proportions dans l’alcool et l’éther sulfurique, il a la propriété de tomber au fond d’un mélange d’eau et d’acide sulfurique à parties égales.

Il n’a aucune action sur le papier de tournesol.

11 ne précipite pas parle nitrate d’argent, ne coagule pas l’albumine du blanc d’œuf. Enfin, le chloroforme ne brûle pas à l’approche d’un corps enflammé.

Frotté sur la peau , il ne produit pas de vésication, mais bien une simple rubéfaction.

La première chose à faire est donc de constater son identité, ce que l’on saura facilement en recourant aux propriétés chimiques les plus saillantes que nous avons assignées à ce liquide, ou plus simplement à la formule d’essai.

Cela acquis, s’il n’est pas pur, on s’assurera, s’il y a utilité, de la nature et de la quantité des corps étrangers qui le souillent.

Les substances étrangères qu’on rencontre le plus fréquemment dans le chloroforme sont : de l’alcool, du chlore, de l’acide chlorhydrique, de l’éther sulfurique, des composés du méthyle, du chlorure d’élaïle, de l’eau des substances fixes, telles que du chlorure de manganèse, etc., provenant ou d’un défaut de soin dans la préparation ou de l’altération spontanée du chloroforme.

Lorsqu’il s’est, altéré spontanément, la purification ordinaire (c’està-dire, la rectification au bain-marie, ou, après l’avoir laissé en digestion sur du chlorure de calcium , la distillation avec de l’acide sulfurique) est le seul moyen de le rendre propre à l’usage médical.

Pour éviter sa décora position, il est bon, comme le recommande M. Morson, de le conserver dans des flacons en verre bleu ou noir.

Alcool. — La présence de l’alcool est le résultat, soit d’une addition frauduleuse, soit d’une purification incomplète.

Dans tous les cas l’alcool diminue la densité du chloroforme. M. Besnou a proposé pour le reconnaître l’emploi de l’aréomètre.

Pour arriver à en déterminer l’exacte quantité, il a opéré des mélanges en proportions variées d’alcool et de chloroforme, en a pris les densités et les a présentées sous forme de tableau.

L’aréomètre étant plongé dans du chloroforme falsifié, pour connaître l’exacte quantité d’alcool qu’il contient, prendre note du degré qu’il donne, et ce degré, comparé à, celui indiqué sur le tableau , donnera celui de l’alcool ajouté.

M. Soubeiran a proposé de projeter une goutte du chloroforme suspect dans un mélange à parties égales d’acide sulfurique à 60° et d’eau pure, moyennant 4" à l’aréomètre de Baumé, ou d’une densité de 1, 440 lorsqu’il est froid. Si le chloroforme est pur, il gagne le fond du liquide ; s’il contient de l’alcool ou de l’éther il surnage ou reste en suspension. Il faut avoir soin d’agiter. Ce moyen peut entraîner des chances d’erreur; car si l’on agite beaucoup, l’alcool se sépare du chloroforme, qui alors tombe au fond du vase; d’un autre côté si l’on n’agite pas, les gouttes mêmes du chloroforme pur pourront rester à la surface du liquide d’essai.

Il y a donc un terme moyen à prendre. Cette cause d’erreur a été signalée par M. Louis Kessler, qui propose pour y remédier d’agiter dans un tube gradué le liquide suspect avec trois fois son volume de la liqueur d’épreuve; si après, le repos, il a perdu plus de demi de son volume, il devra être rejeté.

On peut donner à cet,essai une rigueur analytique en déterminant, une fois pour toutes, par expérience, les quantité» qui se dissolvent lorsque la proportion d’alcool augmente : c’est environ un cinquième du volume primitif, lorsque le chloroforme est mélangé à son volume d’alcool à 40°. Si la cause de l’impureté est un éther, le volume ne

diminue pas, mais le tout surnage, et s’il se trouve, en outre, de l’alcool, celui-ci disparaît auparavant par l’agitation.

M. L. Kessler a fait construire une petite ampoule.de verre ressemblant assez à la cuvette d’un aréomètre surmonté d’une,partie de son tube. Cette ampoule devra surnager le chloroforme pur et tomber au fond de celui qui sera adultéré par de l’alcool, de l’éther, de l’aldéhyde, enfin par tout liquide susceptible de diminuer sa densité.

Si l’on fait tomber quelques gouttes de chloroforme dans un vase à moitié plein d’eau, elles gagnent le fond et restent transparentes si le chloroforme est pur, et deviennent laiteuses s’il est alcoolisé (Mialhe).

M. Letheby a fait servir ce procédé à l’essai quantitatif de l’adultération alcoolique. On verse dans un tube étroit 30 goutles de chloroforme, on note le niveau du liquide, on ajoute S grammes cl’eau distillée, on agite le mélange, puis on laisse déposer pendant une ou deux heures.

Le chloroforme se rassemble au fond du liquide, et la quantité dont son niveau a baissé indique la proportion d’alcool qu’il a cédé à l’eau. Ce procédé est défectueux, parce que le chloroforme est soluble dans l’eau, et, dans le cas qui nous occupe, l’eau étant alcoolisée par l’alcool adultérant la solubilité du chloroforme dans l’eau se trouve encore accrue d’autant (Dorvault).

L’opalescence doit, d’après M. Dorvault, être admise avec une certaine réserve, car elle indique plus souvent un composé éthéré indéterminé que de l’alcool anhydre.

D’un autre côté, un chimiste étranger, M. Catel, ne considère pas l’opalescence comme un caractère concluant, attendu qu’il a trouvé des échantillons exempts d’alcool qui prenaient ce caractère mis dans un flacon imparfaitement sec.

Une autre particularité signalée par RL llesnou, pharmacien de première classe de la marine, démontre l’imperfection de cet essai: c’est que, si l’on additionne le chloroforme de 1, 2, 3, 4 et môme 5 pour 100 de son poids d’alcool à 40°, celte addition le rend opalin, il se trouble, et si l’on vient à augmenter la dose de 10 pour 100, par exemple, il devient parfaitement limpide, reprend sa trausparence par-

faite, qu’il conserve toujours. M. Besnou a également fait cette observation, c’est que le chloroforme additionné de 5 pour 100 d’alcool, même à 7, à 8 pour 100, versé dans une eau limpide, conserve la forme hémisphérique d’une manière assez marquée pour que l’on soit au moins dans le doute de sa pureté, et il ne devient pas assez opalescent pour que la conviction soit bien formée.

Ces deux caractères ne sont donc que des indices de médiocre valeur, et qui ne suffisent pas pour motiver un rejet définitif (Besnou).

Lorsqu’il est adultéré avec un poids d’alcool égal au douzième de sa masse, le chloroforme enflamme le potassium qui, en passant à l’état de potasse, le brunit et dégage une vapeur acide fortement chlorée et piquante (Besnou).

Le chloroforme agité dans un tube avec de l’huile donne un mélange laiteux s’il contient de l’alcool (Soubeiran).

Pour reconnaître l’alcool, M. Catel propose d’ajouter, soit \ cristal ou 2 d’acide chromique, soit un peu de bichromate de potasse et d’acide sulfurique à 8 ou 10 grammes de chloroforme; après quelques instants d’agitation, si le chloroforme est alcoolique, il se produit de l’oxyde vert de chrême reconnaissable à sa couleur.

D’après nos expériences, le procédé d’essai par le bichromate de potasse et l’acide sulfurique est le plus certain pour découvrir l’alcool dans le chloroforme.

M. Letheby conseille pour découvrir cette falsification un moyen d’essai fort sensible. Le chloroforme pur ne coagule pas l’albumine du blanc d’œufs, alcoolisé il le fait.

Chlore. — La présence du chlore peut avoir des inconvénients encore plus graves que celle de l’alcool, elle provient de ce que ce corps, en excès dans l’hypochlorite, a passé à la distillation en même temps que le chloroforme et qu’une purification imparfaite a laissé.

M. Dorvault, qui a signalé le premier celte fraude ou mieux cette négligence dans la préparation du clioroforme, conseille pour la dé-

couvrir l’emploi du nitrate d’argent. Le chloroforme chloré détruit d’ailleurs les couleurs végétales.

Acide hydrochlorique. — Sa présence est très-fréquente; elle ne peut être attribuée qu’au défaut de soin dans la préparation ou à l’altération spontanée.

M. Lelheby a eu à examiner du chloroforme fourni à un hôpital de Londres, qui en contenait 53 pour 100. Le tournesol qu’il rougit et le nitrate d’argent en décèlent la présence.

Acide hypochloreux. — Même origine, même réactif que le précédent, seulement après avoir rougi le papier de tournesol, il le blanchit.

Éther hydrochlorique. — Même origine que le précédent. 11 sera décelé en traitant le chloroforme par l’eau et distillant au bain-marie. Les premiers produits distillés auront une odeur d’éther chlorhydrique très-reconnaissable.

Éther sulfurique. — Cette falsification a été signalée la première fois par M. Kessler. Ainsi falsifié, le chloroforme peut rester plus lourd que l’eau qui le sépare en deux couches. L’odeur et la saveur du chloroforme ainsi falsifié sera un bon indice pour les personnes habituées à manier ce liquide. MM. Kessler et Soubeiran ont l’un et l’autre donné le moyen de découvrir cette fraude. Leurs procédés qui sont les mêmes que pour l’alcool ont été indiqués précédemment. L’éther contenant du chloroforme prend une coloration particulière rouge vineuse.

Aldéhyde. — Ce principe sera reconnu à son action réductive sur l’oxyde d’argent hydraté et à la coloration brune que ce liquide prend en le chauffant lorsqu’il est additionné d’un peu de solution de potasse.

Composés du méthyle. — L’inhalation du chloroforme méthylique loin d’être facile et agréable, détermine un malaise général, suivi de pesanteur de tête, de nausées persistantes et quelquefois de vomissements.

M. Letheby qui les a signalés le premier n’indique malheureuse-

— Si-

inent pour les découvrir que les accidents qu’ils peuvent déterminer sur l’économie : céphalalgie et prostration générale.

MM. Soubeiran et Mialhe, puis en dernier lieu M. Pemberton se sont également occupés de la recherche des composés du méthyle dans le chloroforme.

Le chloroforme préparé avec l’esprit de bois, alcool méthylique, qui a une composition identique au chloroforme de l’alcool vinique, renferme presque toujours une substance huileuse d’odeur empyreumatique dont j’ai parlé précédemment. Le moyen de la découvrir est de verser quelques gouttes d’acide sulfurique dans le chloroforme suspect ; immédiatement il se développera une coloration rouge et d’autant plus brunâtre que la substance huileuse s’y trouvera en plus grande quantité.

Eau. — Comme l’éther sulfurique, le chloroforme dissout un peu d’eau qu’on peut lui enlever par le chlorure de calcium anhydre. Le mélange d’eau et de chloroforme est bien difficile, et ne saurait s’effectuer en proportion notable, sans qu’il y ait trouble, puis séparation en deux couches. Dans ce cas il suffirait de prendre une goutte ou deux de la couche supérieure, de la mettre dans un verre et d’y jeter un petit fragment de potassium : à l’instant l’inflammation aurait lieu, sans cette odeur bien nette et sans qu’il se produisît cette coloration brune que donne le chloroforme alcoolisé (Besnou).

Par le chlorure d'èlaïle. — M. Geuther voulant préparer de l’acide formique avffc du chloroforme, fut étonné de voir, en traitant le chloroforme par la potasse caustique , ce mélange s’échauffer au point d’entrer en ébullition et de laisser dégager un gaz permanent combustible et faisant explosion avec l’oxygène en donnant naissance à de l’eau , de l’acide carbonique et de l’acide chlorhydrique ; ce gaz était le chlorure d’acétyle C1C 4 H 3 que M. Régnault obtient en décomposant le chlorure d’èlaïle C1 2 C/‘H\ par la potasse caustique. Le produit commercial était donc du chloroforme renfermant du chlorure élaïque. La présence accidentelle du chlorure d’èlaïle dans le chloroforme du commerce est peut-être sans grande importance, en tout cas un trai-

tement avec la potasse alcoolique permettra facilement de reconnaître cette impureté.

Substances fixes. —Les substances fixes qui peuvent se trouver dans le chloroforme sont celles que ce véhicule peut dissoudre.

La volatilisation du chloroforme dans une petite capsule de porcelaine , mettra ii découvert ces substances.

MM. William Huskisson et Pereira, de Londres, ont observé des échantillons de chloroforme qui à la lumière devenaient roses ou violets ; puis, placés dans l’obscurité reprenaient leur couleur blanche ordinaire. La cause de cette coloration était due au chlorure de manganèse contenu dans le chlorure de calcium qui avait servi à préparer le chloroforme. Une simple distillation prive le chloroforme de ce sel.

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