INTRODUCTION
Aucune découverte n’a excité autant que celle du chloroforme la surprise, l'admiration, l’émotion universelle.
Jamais en effet, l’esprit humain ne semblait avoir remporté de triomphe plus éclatant. L’homme venait, disait-on, de supprimer la douleur. 11 pouvait, à l’aide d’un liquide merveilleux, d’une odeur suave et d’une saveur douce et sucrée, remplacer dans les opérations chirurgicales la souffrance par un état d’insensibilité voisin de l’extase. On s’abandonnait de toutes parts aux séduisantes promesses de cette découverte inespérée des sciences chimiques. Mais à cet enthousiasme, à ce retentissement, succédèrent bientôt de vives appréhensions.
Ce corps merveilleux dont la prudence n’avait pas toujours réglé l’emploi, ne tarda pas à avoir ses victimes.
Ainsi, chez les humains, le bien le plus parfait est souvent la source du mal.
Tour à tour applaudi et exalté, délaissé et repris, le chloroforme est encore néanmoins pour beaucoup un sujet de crainte et presque d’effroi.
Dans ce petit travail que nous pouvons appeler une monographie, notre but a été de réunir en un faisceau les faits encore épars jusqu’à
présent, relatifs aux propriétés chimiques, physiques et médicales de cet agent.
Si des circonstances impérieuses ne nous forçaient de terminer au plus vite nos études pharmaceutiques, nous aurions été très-heureux d’offrir à nos professeurs un travail plus complet sur ce corps qui, en chimie et dans l’industrie, joue déjà un rôle si important.
Nous osons espérer que ce modeste travail qui, nous le reconnaissons , n’est de notre part qu’un timide essai, pourra néanmoins avoir son utilité en raison de l’ordre dans lequel nous avons classé les nombreux faits qu’il renferme.
Nous diviserons notre thèse en quatre parties distinctes, que nous subdiviserons en plusieurs chapitres dans lesquels nous traiterons du chloroforme aux points de vue suivants :