‹ Thèse sur le chloroformeChapitre 6 sur 25 · PROPRIÉTÉS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES

Action de l'oxygène. — L’oxygène à l’état naissant est sans action sur le chloroforme; tel est du moins le résultat que nous avons obtenu en chauffant ce composé avec un mélange de bichromate de potasse et d’acide sulfurique.

Action de l'hydrogène. —L’hydrogène naissant s’est également montré sans action sur ce corps. Pour faire l’expérience, nous avons introduit, dans un flacon à deux tubulures, du zinc en grenailles, du chloroforme très-pur, puis de l’eau acidulée par l’acide sulfurique (le tout disposé de manière à ce que les pointes des grenailles de zinc dépassassent légèrement la surface du chloroforme). L’action a commencé immédiatement et a continué durant plus de vingt-quatre heures (on

avait la précaution d’agiter de temps en temps) sans qu’il se soit dégagé autre chose que de l’hydrogène et du chloroforme en vapeur.

Action du chlore. — Le chloroforme, soumis à l’action du chlore sous l’influence de la lumière solaire, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus d’acide chlorhydrique, perd son dernier équivalent d’hydrogène, et il se forme de l’éther méthylchlorhydrique perchloré G 2 Cl\ qui est un nouveau chlorure de carbone.

Ce composé est liquide à la température ordinaire; mais à 23°, il se solidifie en une masse cristalline nacrée ; il bout à 78°. Sa densité est de 1,595. Sa densité de vapeur est de 5,30 (Régnault).

Action de l'iode. — L’iode est soluble dans le chloroforme. Lorsque le chloroforme est pur, la solution prend une couleur très-belle et tout à fait comparable à la teinte de la vapeur d’iode ; mais si le chloroforme est mêlé d’acide sulfurique, même en petite quantité, au lieu d’une couleur violette, on n’a plus qu’une couleur vineuse et même rouge caramel ; si l’éther est en quantité notable, ce caractère servira à reconnaître la sophistication du chloroforme (Rabourdin).

Action du brome. — Le brome est très-soluble dans le chloroforme.

Il dissout également le phosphore et le soufre.

L’action du fluor, du bore et du carbone ne paraît pas encore avoir été étudiée.

Action des métaux.

Potassium. — Le chloroforme n’est pas décomposé par le potassium. Aussi peut-on le distiller sur ce métal sans qu’il s’y manifeste la moindre altération. Cependant on remarque que le potassium se recouvre, au commencement de cette opération, de quelques bulles de gaz hydrogène qui paraissent s’augmenter en portant le liquide à l’ébullition.

Chauffé dans la vapeur du chloroforme, le potassium s’enflamme avec explosion. Il se forme du chlorure de potassium et du charbon qui se dépose (Dumas).

D'après M. Besnou, lorsque le chloroforme renferme de l’alcool en notable proportion, il peut être altéré par la combustion du potassium qui, en passant à l’état de potasse, le brunit et dégage une vapeur acide fortement chlorée et piquante.

M. Besnou ajoute : pour que cette décomposition soit rapide, il faut que le chloroforme renferme de 12 à 15 pour 100 d’alcool.

L’action des autres métaux alcalins et celle des métaux alcalinoterreux n’a pas encore été étudiée.

Action des métaux de la troisième section.

Un seul métal de cette section, le fer, a été soumis à l’action du chloroforme.

A froid ce métal, plongé dans un flacon renfermant du chloroforme, ne détermine aucun phénomène; mais si l’on fait passer du chloroforme en vapeur sur du fer porté au rouge, il se décompose entièrement.

On obtient un chlorure métallique recouvert de charbon, mais point de gaz inflammable (Liébig). D’après ce chimiste, lorsque le cuivre ou le chloroforme contiennent un peu d’eau et que l’appareil qui sert à cette expérience n’est pas parfaitement sec, on obtient un gaz particulier, dont une partie est soluble dans l’eau et le reste inflammable.

Nous avions, sans connaître le travail de M. Liébig, étudié l’action du chloroforme sur ce métal, et les résultats que nous avons obtenus ont été entièrement identiques à ceux de ce célèbre chimiste.

En substituant le cuivre au fer dans l’expérience précédente, on obtient des résultats analogues.

Action des alcalis.

Le chloroforme, soumis à l’action des alcalis, se transforme en acide formique, et donne un formiate et un chlorure alcalin.

G a HCl 3 4- KO = KO, C 2 H0 3 4- 3KC1.

Telle est la réaction qui se produit par le contact de la potasse avec le chloroforme.

Oxyde de calcium. — Lorsqu’on fait passer du chloroforme en vapeur sur de la chaux chauffée au rouge faible, on n’obtient aucune trace de gaz inflammable.

A une température plus élevée, on obtient du gaz oxyde de carbone dont la formation est due à la réaction du charbon déposé sur le carbonate de chaux produit. (Dumas.)

Action des oxacides.

Acide azotique, — Chauffé avec cet acide, c’est à peine s’il se manifeste quelques vapeurs nitreuses.

L’acide azotique contenant des traces d’acide nitreux le décompose rapidement.

Acide sulfurique. — L’acide sulfurique ajouté à du chloroforme ne produit aucun phénomène particulier. M. Christison prétend que cet acide pur mis en contact avec cet agent pendant quatre semaines, le décompose en partie et lui fait acquérir une odeur de chlore intolérable. D’après nos expériences, il n’y a réellement mise en liberté d’une petite quantité de chlore que dans le cas où l’acide sulfurique renferme de l’acide nitrique. Aussi, dans la purification du chloroforme par l’acide sulfurique, faut-il s’assurer que cet acide est exempt de composé nitreux.

Tels sont les oxacides qui jusqu’à présent ont servi à l’étude chimique du chloroforme.

Action des hydracides.

Acide chlorhydrique. —Cet acide, mis à bouillir avec le chloroforme, ne le décompose pas.

Acide sulfhydrique. — L’action de cet acide seule est bien connue.

Si l’on fait passer un courant d’hydrogène sulfuré lavé dans du chloroforme placé dans l’eau, il se produit un abondant précipité cristallin blanc, volatil, possédant une forte odeur alliacée. Le chlo-

roforme disparaît complètement si le courant de gaz passe pendant assez longtemps et que l’on ait soin d’agiter fortement la liqueur. (Le tube abducteur se bouche très-souvent. ) 11 ne se forme pas de produits secondaires.

Le chloroforme saturé d’hydrogène sulfuré sec, placé dans un mélange réfrigérant, ne donne que des quantités insignifiantes d’un produit cristallin provenant sans doute d’une dessiccation imparfaite du gaz et des appareils; mais si l’on ajoute de l’eau, le corps cristallin se produit immédiatement à la température ordinaire. S’il met quelques heures à se former, il se présente alors à l’état de cristaux bien distincts, ayant la forme de prismes quadrangulaires plats allongés, dont la base est inclinée sur les arêtes. Ce corps est très-volatil ; exposé à l’air froid, il disparaît sensiblement. Placé dans un flacon, il vient cristalliser à la partie supérieure du vase. 11 est plus lourd que l’eau et n’a pas d’action sur les teintures d’épreuve.

11 fond à la chaleur de la main et peut se solidifler de nouveau dans une eau à quelques degrés au-dessus de zéro. 11 brûle plus facilement que le chloroforme et se décompose aisément quand on veut le dessécher.

L’analyse montre que le chloroforme et l’hydrogène sulfuré entrent à équivalents égaux dans ce composé (Loir).

Acide sélenhydrique. — Cet acide, en réagissant sur le chloroforme, donne un produit dont les propriétés sont analogues au corps précédent. Par sa formation, son aspect, ses réactions, il paraît offrir la même composition.

M. Loir n’en a pas fait l’analyse.

Action des sets .

L’action chimique que les sels peuvent exercer sur le chloroforme n’a pas encore été étudiée. Mais, relativement à leur solubilité dans cet agent, voici les résultats obtenus par M. Lepage, quia fait un travail sur ce sujet :

Sets haloïdes.

L’iodure et le bromure de potassium, les chlorures de sodium, de potassium et d’ammonium, les iodures de mercure et de plomb, les cyanures jaune de potassium et de fer, de potassium et de mercure, ne se dissolvent pas dans le chloroforme.

Le chlorure mercurique y est sensiblement soluble.

Il enlève l’iode à l’iodure de potassium ioduré.

Oæysets.

Les iodates, chlorates, nitrates, phosphates, sulfates, chromâtes, borates, arseniates et liyposulfites alcalins sont complètement insolubles dans le chloroforme. Il en est de même du nitrate d’argent, du sulfate de cuivre, et vraisemblablement de tous les oxysels métalliques.

Action des substances organiques.

Substances résineuses. — La résine mastic, la colophane, l’élémi, le baume de Tolu, le benjoin, sont très-solubles, à froid et en toutes proportions, dans le chloroforme, et leurs solutions, dans ce liquide, constituent des vernis dont quelques-uns pourront, d’après M. Lepage, recevoir d’utiles applications lorsque le chloroforme sera d’un prix moins élevé.

La gutta percha et le caoutchouc, insolubles dans l’alcool et trèspeu solubles dans l’éther, d’après M. Yogel fils, sont très-solubles dans le chloroforme.

La résine copal s’y dissout également et en presque totalité, mais plus facilement à chaud qu’à froid.

Le succin, la sandaraque et la laque ne sont que partiellement dissous par le chloroforme, soit à froid, soit à chaud.

Le mélange de sandaraque et de chloroforme se partage en deux couches; la couche inférieure, qui tient en dissolution une certaine quantité de liquide, est fluide, tandis que la couche supérieure est de consistance gélatineuse.

L’oliban se dissout à peine dans le chloroforme à froid ou à chaud.

La résine de gaïac et celle de scammonée s’y dissolvent très-bien ; tandis qu’au contraire la résine de jalap pure y est insoluble.

Elle se ramollit seulement au contact de ce liquide, puis le surnage sous la forme d’une masse poisseuse. Quand la résine est bien pure, la couche inférieure du chloroforme n’olfre qu’une teinte ambrée.

Le caractère de la résine de jalap permet de découvrir la falsification avec la résine de gaïac (Lepage).

La gomme gutte et le sang dragon cèdent aussi une partie de leurs substance au chloroforme.

La solution de gomme gutte est d’un jaune d’or magnifique, celle de sang dragon d’un très-beau rouge : ces deux matières pourront très-avantageusement servir à colorer les vernis au chloroforme.

Corps gras fixes.

Les huiles d’olives, d’œillette, d’amandes, de ricin, de morue, de colza, de pied de bœuf, de lin, d’euphorbia lathyris, decroton tiglium, l’azonge, le suif, les huiles concrètes de palme et de cacao, le blanc de baleine et vraisemblablement tous les corps gras fixes se disolvent merveilleusement et en toutes proportions dans le chloroforme. Quant à la cire, elle ne s’y dissout que dans la proportion de 25 pour 100 lorsqu’elle est pure, d’après MM. Yogel fils et Lepage, aussi ces chimistes ont-ils conseillé l’emploi du chloroforme pour découvrir la falsification de la cire par le suif et l’acide stéarique (Voyez p. 45).

Huiles volatiles.

Toutes sont solubles dans le chloroforme.

Principes immédiats neutres.

Lastyracine, le piperin, la naphtaline, la cholestérine sont trèssolubles dans le chloroforme. La picrotoxine n’y est que très-peu soluble.

La paraffine ne s’y dissout qu’à chaud, et par le refroidissement, elle vient se rassembler à la surface du liquide (Lepage).

La chrysène, difficile à purifier au moyen des dissolvants habituellement employés peut, d’après M. Gloëz, être obtenue très-pure et en peu de temps en la dissolvant à chaud dans le chloroforme et laissant refroidir lentement la dissolution.

L’amygdaline, la phlorhydzine, la salicine, la digitaline, le cynisin, l’urée, l’hématine, le gluten, le sucre, l’amidon* y sont insolubles (Lepage;.

Le chloroforme ne coagule ni la synaptase ni la myrosine. Nous avons constaté, en effet, que les amandes amères, la poudre racine de raifort sauvage et de moutarde noire, mises en contact avec ce corps, ne perdraient pas la faculté de développer de l’huile volatile au contact de l’eau froide.

Matières animales.

Le chloroforme chimiquement pur ne coagule pas l’albumine. Mais s’il renferme de l’éther ou de l’alcool, un phénomème inverse a lieu.

Matières colorantes.

Il n’a aucune action sur le papier rouge et bleu de tournesol.

Des fleurs exposées à ses vapeurs sont immédiatement décolorées.

Alcalis organiques.

La quinine, la cinchonine, la vératrine pure, l’émétine et la narcotine sont facilement solubles dans le chloroforme.

La strychnine s’y dissout aussi assez bien, et la dissolution même non saturée (1 décigramme pour 2 grammes) laisse déposer dans les deux heures une multitude de petits cristaux tuberculiformes qui pourraient bien être une modification de cet alcoloïde (un état isomérique), car leur dissolution dans les acides étendus a paru à M. Lepage moins amère, et moins facilement précipitable par l’ammoniaque que celle de la strychnine ordinaire.

Toutefois, M. Lepage n’a pas trouvé que l’action du tannin s’exerçât d’une manière plus sensible sur la dissolution de l’une que sur la dissolution de l’autre.

La brucine est aussi très-soluble dans le chloroforme.

La morphine y est insoluble.

Sels à acides organiques.

L’émétique, les acétates de potasse et de soude, le lactate ferreux, le citrate ferrique, le valérianale de zinc, l’acétate de plomb , ne se dissolvent pas dans le chloroforme (Lepage).

Sels à bases organiques.

Le sulfate et l’hydrochlorate de strychnine sont assez solubles dans le chloroforme , tandis que le sulfate de quinine, l’hydrochlorate et le sulfate de morphine y sont insolubles (Lepage).

Action de l'èthylate de soude.

Si à un équivalent de chloroforme, on ajoute peu à peu trois équivalents d’éthylate de soude (alcoolsode) parfaitement desséché, il se produit une violente réaction qui donne naissance à du chlorure de sodium ainsi qu’à des produits volatils à différentes températures, et qu’on peut obtenir facilement, d’après M. Kugay, en distillant le mélange de chloroforme et d’éthylate de soude en proportion déterminée.

On obtient ainsi une série de produits dont le plus volatil se dégage à U6\

Ce corps constitue un liquide incolore, faiblement soluble dans l’eau , doué, d’une odeur aromatique et d’une saveur brûlante ; il est très-inflammable et possède une densité de 0,8964.

D’après sa composition, il pourrait constituer un éther formique tribasique dans lequel chaque équivalent de chlore a été remplacé par

un composé hypothétique, le peroxyde d’éthyle ou éther peroxydé C 4 H 5 0 2 .

3C 4 H S 0 2 + C 2 HC1 3 = C U H 16 0° + 3C1N a.

Alooolsode. Chlorotorme. Nouveau produit.

Le pentachlorure de phosphore produit avec ce nouveau composé un liquide pesant à odeur de chloroforme. Avec la potasse hydratée il donne naissance à un peu d’acide formique.

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