‹ Thèse sur le ricinChapitre 2 sur 3 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

DU RICIÜ ET DE SEIS ISEMEMCESi.

(Ricimts communis, L.—Lamk., J//., t. 792.)

Le Ricin est une plante très-intéressante et fort utile , tant sous le rapport du produit qu’elle fournit à la médecine que sous le rapport des produits qu’elle offre à l’économie domestique dans les pays où elle croît en abondance.

Cette plante est très-répandue à la surface du globe, où elle varie selon les climats de l’état arborescent à l’état herbacé.

Elle paraît originaire de la Barbarie, d’où elle s’est répandue dans l’Inde et l’Afrique, et de là par l’Espagne et l’Italie jusque chez nous. Dans les contrées méridionales, elle a conservé son état arborescent, et M. Richard rapporte qu’il observa en 1818, près de Nice, sur les bords de la mer, un bois formé par des Ricins en arbres.

Le Ricin est connu de toute antiquité ; la Bible en fait mention, Hippocrate, Dioscoride, Pline et Galien en parlent dans leurs ouvrages ; on a retrouvé aussi des semences do Ricin dans les tombeaux des Égyptiens, ce qui prouve que, chez ces derniers, cette graine était très-estimée.

Si l’on cherche l’origine du nom de Ricin, que cette plante porte actuellement, on voit que les Grecs l’avaient nommée xixi ou xportijv, à cause de la ressemblance de sa graine avec l’insecte de ce nom. Plus tard, par imitation, au dire de Pline, les Latins la nommèrent Rkinus , également à cause de sa ressemblance avec l’insecte qui portait chez eux le nom de

Ricinus : Nostri eam Ricinum vacant a similUudîne seminis (Plin., lib. xv). Dans certaines parties de la Grèce, le Ricin portait le nom de , probablement à cause de son fruit à trois graines. Plus tard, on lui donna le nom de girasol, de cherua-major, de paume-Dieu, nom sous lequel Mesüe en parle ; enfin, Linné lui rendit son nom latin Ricinus , qu’il a conservé pour les botanistes; tandis que dans nos jardins, où elle est fréquemment cultivée, cette plante a reçu le nom de Paima Cliristi , à cause de la forme de ses feuilles.

Van Rheed rapporte qu’aux Indes, où le Ricin est connu sous le nom d'avanacœ ou cilavanacu , on emploie la racine en décoction ou les feuilles en fumigations contre certaines douleurs. Aux Antilles, on emploie les feuilles en application contre les douleurs de tête.

Les Grecs employaient les graines de Ricin comme purgatif, et les Indiens, dans le même but, les faisaient rôtir et les trituraient avec du sucre, mais c’est un drastique violent.

Le Ricin (Ricinus commnnis, L., Paima Clirisü) appartient à la famille des Euphorbiacées, et si l’on met de côté l’état de sa tige, qui, nous l’avons vu, peut être herbacée ou arborescente, on voit qu’il présente toujours les caractères suivants :

Les feuilles sont alternes, à pétiole embrassant, à limbe divisé en huit ou neuf lobes palmés et dentés sur les bords.

Les fleurs sont le plus souvent monoïques, mais quelquefois polygames, les fleurs mâles et les fleurs femelles réunies sur un même épi, les premières se trouvant à la partie inférieure, tandis que les femelles occupent le sommet de l’épi. Les fleurs mâles sont formées d’un périanthe à cinq divisions et d’un grand nombre d’étamines à filets très-ramifiés, dont chaque extrémité porte une anthère à deux loges.

Les fleurs femelles sont formées également d’un périanthe à cinq divisions, d’un ovaire supère, sessile au fond du calice, globuleux, à trois loges uniovulés, surmonté de trois styles courts, donnant naissance chacun à un stigmate profondément bifide, à lobes velus, plumeux et colorés en rouge.

Le fruit est une capsule subglobuleuse, hérissée d’épines, à trois coques inonospermes; les graines sont ovales, convexes et arrondies du côté extérieur, aplaties et formant un angle saillant du côté intérieur. La surface est

grise, marbrée de brun plus ou moins foncé et luisante j l’enveloppe est mince et cassante; le périsperme est charnu, oléagineux et doué d’une faible âcreté.

Cette graine ressemble, comme je l’ai dit plus haut, à un insecte appelé ricin ou tique des chiens, ressemblance qui a fait donner à la plante le nom de Ricin.

Il existe deux espèces commerciales de graines de Ricin :

1“ Les graines de France, qui sont grises et à marbrures presque noires ;

2“ Celles d’Amérique, qui sont à marbrures rouges et se rapprochant du violet.

C’est principalement des environs de Nîmes que le commerce français tire ses semences de Ricin indigènes, où on les exploite pour en retirer l’huile que l’on emploie dans la médecine comme purgatif doux.

DEUXIÈME PAÏITIE.

■»£ L’HIULK DG R1CI!«.

L’huile que l’on extrait du périsperme des Ricins, lorsqu’elle est pure, est incolore, d’une saveur douce au premier abord, mais laissant à la gorge, au bout de quelque temps, une âcreté assez persistante.

Elle n’est pas aussi fluide que les autres huiles, elle est siccative, sa densité à + 12° est 0,969 ; elle se solidifie à —18°, elle bout entre 265 et 270“ et se décompose.

Elle présente une propriété toute particulière, c’est d’être complètement soluble dans l’alcool absolu. C’est M. Planche qui, le premier, signala cette propriété qui permet delà distinguer de toutes les autres huiles et de voir si elle a été falsifiée.

Cette huile est connue depuis très-longtemps; les Grecs l’employaient sous le nom de v.Umv ïXam, pour brûler dans leurs lampes, usage qui leur venait, sans doute, des Égyptiens, chez qui elle servait à l’éclairage. Son usage dans la thérapeutique est également ancien, car Pline rapporte que de son temps on la donnait comme purgatif avec une quantité égale d’eau chaude.

Chez nous, à cause de son prix élevé, son usage est borné à celui qu’en fait la médecine ; mais cependant aux Antilles, à Cayenne, aux Indes et en Tartarie, où les Ricins sont abondants, on l’emploie pour l’éclairage, et on la préfère à l’huile de poisson , parce qu’elle coûte moins cher et qu’elle brûle sans fumée.

11 est fâcheux qu’elle soit si peu abondante et d’un prix si élevé chez nous, car cette dernière qualité pourrait lui offrir un débouché certain dans le commerce.

Mesüe rapporte que de son temps on employait cette huile en clystère contre la colique.

En France, elle n’était pas employée comme purgatif, ou pour le moins très-rarement, avant l’année 1776. Ce fut Odier, médecin de Genève, qui, ayant vu cette huile employée en Angleterre sous le nom de castor oU, prôna ses excellentes qualités à son retour dans son pays.

On n’avait alors que l’huile d’Amérique, dont l’impureté causa de graves accidents, qui furent cause de la désuétude presque complète dans laquelle tomba ce médicament jusqu’en 1809. A cette époque, la guerre continentale força le commerce français à avoir recours à l’huile de Ricin indigène, et lorsque l’on fut obligé de préparer cette huile, on vit en quoi le mode de préparation était vicieux, on y remédia, et alors, au lieu d’avoir une huile âcre et fort colorée, on obtint une huile douce et blanche. On put se convaincre alors que les superpurgations observées autrefois ne pouvaient être dues qu’à une petite quantité d’huile de pignons, ajoutée à l’huile exotique soit par fraude, soit par négligence de la part des préparateurs. L’huile de Ricin revint en honneur, et aujourd’hui elle est trèsemployée.

Les Anglais ont, depuis cette époque, répandu dans les colonies les perfectionnements apportés par les Français à la préparation de l’huile de Ricin , et aujourd'hui les huiles exotiques le disputent à celles de Nîmes pour la bonne préparation.

11 existait autrefois deux modes de préparation de l’huile bien distincts, mais donnant des produits à peu près semblables, celui d’Amérique et celui des Indes.

En Amérique, après la récolte, on mettait les fruits du Ricin à sécher au soleil ; la capsule des graines s’ouvrait par l’effet de la déhiscence. On les pilait ensuite avec leur enveloppe et l’on en faisait une pâte avec de l’eau chaude ; on jetait successivement cette pâte dans des marmites contenant de l’eau en ébullition. L’huile s’élevait à la surface sous la forme d’une écume blanche ; on l’enlevait au fur et à mesure de sa formation avec une plume ou une cuiller, ü’autre part, on soumettait cette huile à l’évapora-

tion dans une bassine pour la dépurer, ensuite on la passait à travers un linge ou une étoffe, afin de séparer la petite quantité de matière solide quelle contenait {Bull, de ph.., t. I).

Aux Indes, sa préparation était différente : on torréfiait les semences dans des espèces de fourneaux de galère, sur des plaques portant le nom de plat mis, puis on traitait les Ricins comme dans le procédé américain.

On comprend facilement qu’une pareille huile devait être colorée, puisque l’on n’enlevait pas l’épisperme qui avec l’eau donne un extrait trèscoloré, extrait dont une partie se dissolvait dans l’huile lors de la deuxième évaporation,[La torréfaction augmentait encore les substances colorantes en altérant plus ou moins l’épisperme ou certaines parties de la graine.

M. Charlard, qui s’occupa beaucoup de l’huile de Ricin au point de vue pharmaceutique, commença par en perfectionner la préparation. Après de nombreux essais, ce praticien reconnut qu’il était complètement inutile de torréfier les graines pour obtenir de l’huile des Ricins, qu’il suffisait de les traiter directement par l’eau bouillante comme dans les colonies. Plus tard on se contenta de les exprimer, et c’est ce procédé qui est en usage aujourd’hui.

On monde autant que possible les Ricins de leurs enveloppes, et on les soumet à la presse. On filtre l’huile, et on l’emploie de suite pour l’usage de la médecine. Ainsi préparée, l’huile est très-douce et incolore ; mais elle ne se conserve pas longtemps à cause de la grande quantité de matières albumineuses qu’elle retient en suspension. On a l’habitude, dans le commerce, de la faire légèrement chauffer avec un peu d’eau pour la priver de toutes ces substances qui se coagulent par la chaleur.

Il ne faut cependant pas attribuer aux Français seuls la découverte de ce procédé, car Pline, en parlant de l’huile de Ricin et des procédés en usage, s’exprime ainsi : Coquitur in aqua, innatansque oleum tollitur At m Ægypto ubi abundat, sine igné et aqua sale aspersum exprimitur : cibis fœdum, lucernh utile (Plin., lib. XV). Ce qui montre que le procédé en usage maintenant a été simplement copié sur celui des Égyptiens.

llnllc de Iticlii sous le point de vue cliimlquc.

Un grand nombre de chimistes se sont occupés de l’huile de Ricin, et se sont efforcés d’établir sa composition chimique.

MM. Bussy et Lecanu ouvrirent la carrière par leur savant et mémorable travail sur l’huile de Ricin, dans lequel ces chimistes étudièrent les produits que l’huile donne à la distillation et à la saponification [Journ. depharm. et de cliim., t. X). Il résulte de ce travail que l’huile de Ricin, en se décomposant sous l’action de la chaleur, donne deux produits distincts, l’un fixe et l’autre volatil.

La partie fixe est jaune, friable lorsqu’elle a été lavée à l’alcool, brûlant avec un certain éclat, et pouvant former des savons avec les alcalis.

Dans la partie volatile, MM. Bussy et Lecanu ont trouvé une huile volatile, de l’eau, de l’acide acétique, un peu d’acroleïne, une petite quantité d’acide œnanthilique et deux acides gras particuliers, ayant beaucoup d’analogie avec les acides fournis par les autres huiles, mais en différant par leur grande âcreté et par la solubilité dans l’alcool des sels qu’ils forment avec la magnésie et l’oxyde de plomb. De ces deux acides, l’un est en masse blanche et nacrée ; sa saveur est extrêmement âcre, il fond à 22* et se volatilise sans presque éprouver d’altération : c’est l’acide ■ ricinique ; l’autre, liquide jaune et âcre, cristallise au-dessous de zéro, c’est l’acide (l’idiodiquc.

Par la saponification, l’huile de Ricin a fourni à ces chimistes de la glycérine et trois acides gras particuliers : l’acide margarilique, et deux acides se reproduisant par la distillation, l’acide ricinique et l’acide œlaïodique.

M. Bussy reprit plus tard l’étude de l’huile volatile, à laquelle il a trouvé la composition de l’aldéhyde œnanthilique et qu’il appela pour cela œnonihol.

En traitant l’huile de Ricin par l’acide azotique, on obtient de l’acide subérique, de l’acide oxalique et surtout de l’acide œnanthilique.

M. Boudet a fait à l’huile de Ricin l’application de son procédé par l’acide hypoazotique, et il obtint une matière neutre à laquelle il donne le nom de palmine, matière susceptible d’être dédoublée par les acides en

glycérine et en acide palmique; mais ces noms se rapprochant beaucoup trop de ceux donnés aux dérivés de l’huile de palme, M. Gerhardt a donné à ces substances les noms plus rationnels de ricinelaïdine et acide ricinelaïdique, qui rappellent l’huile dont elles tirent leur origine.

En soumettant l’huile de Ricin à l’action de l’acide sulfurique et du bichromate de potasse, M. Arzbœcher a obtenu de l’acide œnanthilique et du valérol.

Enfin, dans ces dernières années, M. J. Bonis a repris la question de l’huile de Ricin , et s’est occupé de l’action sur elle de l’ammoniaque, et de la potasse aidée de la chaleur {Annales de phijs. el de ch., 1855).

M. Jules Rouis, par l’action de l’ammoniaque, a obtenu la ricinolamide , substance blanche, cristallisée en mamelons, fusible à 66° en un liquide transparent, qui devient par le refroidissement opaque et cassant. Ce chimiste remarqua de plus que si l’on chauffe cette substance avec de la potasse ou de la soude concentrée, on obtient deux produits : l’un volatil, c’est l’alcool caprylique; l’autre, qui se trouve dans la cornue, est un savon qui, décomposé par un acide, donne de l’acide sébacique. M. Bouis a constaté de plus qu’il n’était pas nécessaire de préparer la ricinolamide , qu’il suffisait de distiller l’huile de Ricin avec la potasse pour obtenir l’alcool caprylique.

En se fondant sur ce procédé, ce chimiste donne un moyen de reconnaître la falsification de l’huile de Ricin. On prend 25 gr. d’huile que l’on distille dans une cornue avec 10 à 12 gr. de potasse caustique, dissoute dans le 'moins d’eau possible. 11 se produit de l’alcool caprylique; on doit en obtenir 5 centimètres cubes au moins. Une plus petite quantité indiquerait une fraude avec les autres huiles.

Maintenant que j’ai passé en revue les principaux travaux chimiques entrepris sur l’huile de Ricin, il ne me reste plus qu’à traiter du principe actif.

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