‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 13 sur 517 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TAURUS, PHOENOR.

TAURUS

Ministre des rigueurs qu'à ce peuple on prépare , Phœrior, accomplit-on leur cruauté barbare ?

THOENOR,

Tout s'arrange -, on se hâte, et ce peuple expirant N'attend plus que la mort de moment en moment. On presse avec effroi la lugubre assemblée Où des jours de ses fils la fortune est réglée. En ordre rassemblés , ils marchent vers ces lieux. Le bras , le glaive nu des soldats , autour d'eux Repoussant et les cris et les larmes des mères , Des mutins , sur leurs pas , étouffent les prières. Mais un fléau plus grand , plus terrible pour eux : On semble avec plaisir perdre ces malheureux ; Un inflexible arrêt sans retour les condamne ; Au conseil de leur roi leur voix n'a plus d'organe.

TAURUS

Oh ! d'un peuple égaré funeste empressement !

Je vois , je plains comme eux leur triste abaissement.

Tout livre à la fureur d'une haine rivale

D'un peuple malheureux l'inconstance fatale.

Une cour avilie , un maître sans pouvoir,

De briguer nos mépris font leur premier devoir.

Dirai-je que la reine ?....

,4 THÉSÉE

PHOETNOR.

Eh bien ?

TAURUS

En ta présence Je voudrais dérober sa coupable imprudence : Elle m'offre sa main. Sa main, teinte de sang, De son troisième époux vient de m'offrir le rang. Je m'indigne en secret de voir tant de bassesse , Et rougis d'un pouvoir conquis sur la faiblesse. Mais il faut obéir au devoir souverain D'assujettir Athène et lui donner un frein ; Rien ne la peut sauver des mépris qu'elle brave, Et, déjà suppliante, elle doit être esclave. Mais loin d'un nœud pour moi plus cruel que la mort , D'une jeune mortelle éclaircis-moi le sort: Tout en elle révèle une naissance illustre , Et des pleurs qu'elle verse emprunte un nouveau lustre. A l'offre de tes soins a-t-elle répondu? En reçois-je le fruit que j'avais attendu ?

PHOENOR.

Tout vous l'annonce au moins. A la fin, moins rebelle , Elle cherche à vous voir. Dans sa douleur nouvelle , Ici , dans votre absence , elle vient d'accourir. Ses vêtemens , ses traits , tout semble découvrir Des femmes de la Crète et l'âme et le langage. Dans le nouvel espoir où sa douleur l'engage, Avec les jeunes Grecs que le sort va choisir Sur la nouvelle flotte elle cherche à partir -,

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