ACTE V, SCÈNE III
Eh quoi ! des citoyens contre nous conjurés
Sont de Catilina les appuis déclarés }
Ses partisans secrets, nos amis infidèles,
Hâtent de tous leurs vœux l'approche des rebelles.
Que dis-je? en ce sénat, de nous -même ignorés,
D'ennemis plus ardens nous sommes entourés :
On craint de les punir! la voix qui nous implore
Nous semble à la faiblesse encourager encore î
Faisons- nous , j'y consens, ce généreux effort,
Et laissons la pitié maîtresse de leur sort.
Exemples malheureux d'une vertu trop rare ,
Oui, ce sont, croyez -moi, des mortels qu'on égare.
Laissons à Céthégus, pour prix de son forfait,
Du jour qu'il nous ôtait achever le bienfait ,
Si lui-même deux fois, au mépris de la vie,
Pour les mêmes bontés n'a trahi la patrie.
Par les mêmes égards qu'au crime encouragés
Lépide et Lentulus soient aussi protégés,
Si de ces inhumains l'orgueil et l'avarice
Ont respecté jamais les dieux et la justice.
Qu'ils tremblent ! jusque-là s'ils ont pu se flatter !
Et que l'arrêt fatal que vous allez dicter,
Contentant à la fois Rome qui vous contemple,
Soit de nos ennemis la terreur et l'exemple !
SILANUS
Romains , c'est le conseil que je vous ai donné.
CICÉRON
Je vois par votre avis le sénat entraîné.
Licteurs, éloignez -les. Qu'on les mène au supplice.
G CATILINA
LENTULUS
De cet inique arrêt vous êtes le complice?
Ah ! vous-même, avant nous , craignez de l'éprouver,
Violateur des lois que vous osez braver.
Seigneur, à vos genoux pourrai- je sans audace ?....
CICÉRON
Je puis à vos aveux accorder votre grâce : C'est le dernier bienfait dont Tullie envers Vous S'acquittait en mourant pour un indigne époux.
CÉTHÉGUS
Et je le recevrais, seigneur, de ma victime! Adieu ! de tout mon sang je cours laver mou crime.
(On emmène les conjure's. )