‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 146 sur 517 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

Mais pourquoi rappeler de si vaines alarmes ?

Qu'a de commun ce songe et l'objet de vos larmes ?

Répondez.

POLYXÈNE

Pourriez-vous reconnaître les lieux , Dont ce songe fatal avait frappé vos yeux ?

HÉCIÎBE.

Oui; si mon trouble encor ne m'a point aveuglée, C'est ici qu'à mes yeux vous fûtes immolée , Aux mêmes lieux présens à mes esprits confus, Et qu'ô prodige ! encor je n'avais jamais vus.

POLYXÈNE

Connaissez donc du sort le barbare caprice, Et choisissez enfin de crainte ou de supplice.

D'un sommeil secourable , au fond de ce palais , Pour la première fois mes yeux cherchaient la paix : Tout à coup devant moi j'aperçois Polydore Pâle, les yeux éteints des pleurs qu'il verse encore, Sans voix , mais d'une plaie ouverte dans son sein Accusant l'attentat d'une barbare main.

Soudain pour l'embrasser de mon lit je m'élance, Quand de mes bras trompés il fuit et me devance : Je le suis à travers les murs de ce palais, Sous les sombres lambris des lieux les plus secrets, Et plus je crois toucher au but que je désire, Plus s'éloignant de moi je le vois qui m'attire. Enfin dans les détours d'un sombre appartement Il arrête ses pas, que je suis en tremblant 5

18 HECUBE.

D'un humide pavé le sang rougit la pierre, Et du sein du héros coule encor sur la terre. « Vois, vois, dit-il, ma sœur, les coups dont je péris; « Fuyez, et d'Héîénus écoutez les avis. » Tandis qu'à lui parler moi-même je m'essaie, Son sang à gros bouillons s'échappe de sa plaie, Et son ombre bientôt n'est plus qu'une vapeur. Je m'éveille et je fuis -, jugez de ma terreur. Hélas ! mon frère est mort !

HECUBE.

En croirez-vous un songe ?

Peut-il causer le trouble où son erreur vous plonge ? Vous savez comme un songe à mes sens soulevés Montra votre supplice, et pourtant vous vivez. Croyez qu'ainsi que vous votre frère respire.

Craignez qu'ainsi que lui moi-même je n'expire. A peine revenant du trouble de mes sens, Je tâchais d'écarter de vaius pressentimens, Qu'aussitôt du malheur une main trop fidèle Me remet de mon sort une preuve cruelle : Un billet dont l'écrit par mon frère tracé Contient l'événement par mon songe annoncé, Me dit que d'une main secrètement barbare La trahison horrible à jamais nous sépare 5 D'éviter des périls dont il frémit pour moi, Et qu'enfin d Hélénus j'en puis croire la foi.

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