HÉCUBE, POLYXÈNE
HECUBE
Polydore accompagne ses pas.
Ah ! ma fille , au moment qui comble notre attente , D'où naît, dans votre esprit , cette sombre épouvante ? Vos yeux semblent frappés de nouvelles horreurs , Et le jour qui les chasse obscurcit vos terreurs.
,6 HECUBE.
Ce palais , cette cour, n'est plus un port tranquille ? Expliquez-vous enfin.
POLYXÈNE
Ah ! quel sauvage asile !
Quel barbare séjour ! des antres de ces mers L'abîme est moins affreux sur leurs rochers déserts. Vous reposez eh paix dans cette triste enceinte , Et vos yeux au sommeil s'y sont fermés sans crainte. Savez-vous dans ces lieux le sort qui vous attend ? Ma mère , savez-vous si mon frère est vivant ? 0 crime ! horrible sort !
HÊCTJBE.
Je vois couler vos larmes ; Ma fille , dissipez ou comblez mes alarmes ï Expliquez-vous !
POLYXÈNE
Vous-même , avant de m'écouter, Ma mère , à mes désirs cessez de résister. La nuit qui vous jeta sur ce triste rivage , De quel songe sinistre eûtes-vous le présage ?
hécube.
Eh bien! puisqu'à vos vœux je ne le puis cacher, Des bras qui vous gardaient je vous vis arracher. Funeste image encor trop présente à ma vue ! Je songeais que d'un voile à mes yeux revêtue Sur le fatal bûcher l'on conduisait vos pas , Et qu'à l'autel des dieux le glaive de Calchas....