ACTE II, SCENE V
Quoi ! me lromperait-011 ? Quels étonnans refus ? Vous n'êtes point mon fils.
HÉLÉNUS
Moi î je suis Hélénus.
HÉCUBE
0 ciel ! et sous son nom l'on vous présente encore î Pourquoi feindre à mes yeux ? Où donc est Polydore? Vous , après lui , l'appui si cher à mon espoir, Qu'avec tant de plaisir j'aimerais à revoir ! Quand je vous redemande avec tant de constance Un fils , le compagnon , l'ami de votre enfance , Je lis votre embarras dans vos regards confus : Je l'appelle, et mon fils peut-être ne vit plus. Hélénus , ah ! cruel , dont les secours propices Auraient plus dignement reconnu mes services-, Quel fruit, dans les froideurs d'un si faible retour, Des soins dont ma tendresse a payé votre amour ! Quand un père à mes soins confia votre enfance, Je lui gardai ce fils , dont je pris la défense. Troie et ses vains secours , la Grèce et ses malheurs , N'ont rien pu sur l'enfant dont j'essuyai les pleurs; Et même, en pleine paix, vous n'avez pu me rendre Un fils, le seul soutien que je puisse prétendre : De ses périls , que dis-je ? on n'a pu le tirer, Et tout m'instruit des maux qu'il me reste à pleurer.
HÉLÉNUS
Craignez moins pour un fils , et rassurez vos craintes : Plût aux dieux n'avoir pas d'autres sujets de plaintes!
HÉCUBE
Et quel malheur encor pourrait nous menacer ?
HÉLÉNUS
Je ne revois ces lieux que pour vous l'annoncer, Et n'évitais l'exil d'un malheureux voyage Que pour veiller sur vous sur ce triste rivage. Des Grecs toujours armés contre votre maison La haine verse ici son dangereux poison, Et d'un oracle faux semant la crainte vaine , Demande après Hector le sang de Polyxène. Achille qui, dit-on, mérita ses sermens, Venge ainsi de ses feux les douloureux tourmens, Lorsqu'au lieu de la main que Paris lui dérobe Il périt aux autels, des traits de Déiphobe. Ce héros vous poursuit de son barbare amour, Et pour dernier bienfait veut vous ôter le jour.
POLYXÈNE
Ombre jalouse ! ainsi t'irrite encor ma flamme , A peine un autre amour peut régner sur mon âme. Va , ne redoute point des cœurs faits à souffrir -, je périrai sans crainte et n'ai plus qu'à mourir.
HÉCUBE
Quoi! les Grecs, dites-vous, pousseraient l'infamie
Jusqu'à voir dans ma fdle une tête ennemie ;
Et sur la foi d'un ordre imposé par les dieux
Puniraient un enfant du tort de ses aïeux !
Mais non , ma fille , hélas ! vivrait malgré leur crime ;
Il faut pour la punir qu'Achille encor l'opprime.