HÉLÉNUS, POLYMNESTOR, HÉCUBE, POLYXÈNE
POLYMNESTOR
Ciel ! que vois-je ?
HÉCUBE
Ah seigneur ! Agamemnon vous quitte :
Les dieux n'ont pas long-temps suspenduleur poursuite. A peine en vos états je vous viens implorer Comme le seul appui que je puisse espérer. Seigneur, défendez-moi de la plus noire injure Dont puisse un fier tyran outrager la nature ; Après l'indigne sort qu'il m'a fallu subir, Esclave , dans les fers , c'était peu de souffrir, Et la Grèce en fureur redemande ma fdle , Pour la rejoindre au sort de ma triste famille $ Sous les plus saintes lois qu'autorise le ciel , Dans son dernier asile on lui trouve un autel , Et jusque dans vos bras leur cruauté la frappe. Aux mains des ravisseurs que la victime échappe !
3a HECUBE.
Sauvez-la ; sauvez-moi des dernières rigueurs Dont un destin cruel puisse éprouver mes pleurs.
POLYMNESTOR
Je me jette au devant du péril qui vous presse i Et voudrais en mourant vous prouver ma tendresse j Oui , madame , et la Thrace ouverte devant nous , N'a point d'asile sûr , qui n'en soit un pour vous. Mais malgré mes efforts que fait ma résistance ? Que peut contre une armée opposer ma constance ? La Grèce invoque encor des droits trop peu vengés ,■ Et pour lui résister les temps sont bien changés.
HÉCUBK.
Cruel î de l'amitié voilà donc le langage ? Et comme à mes revers cède votre courage ?
POLYMNESTOR
Ah ! des plus grands efforts je tenterais le prix ! Que serviraient des vœux par le ciel démentis ? La Grèce à vos succès n'est pas le seul obstacle , Madame ; avec les Grecs vaincrai-je aussi l'oracle Dont l'ordre tout-puissant en impose à leurs yeux ? Et pour vous secourir faut-il braver les dieux ?
HÉCUBE
Non , ne les bravez pas et soyez-en complice ; Barbare , votre aveu la condamne au supplice î Voilà donc cette paix , cet asile assuré , Que d'un zèle si faux votre foi m'a juré !