SCÈNE IL AGAMEMNON, HÉCUBE, POLYXÈNE
AGAMEMNON
Dérobez-vous ici votre fille au trépas?
Quand mon ordre un moment l'a bien voulu suspendre,
J'ai lieu de m'étonner que vous osiez reprendre
La victime promise à nos dieux immortels ,
Et que leur voix encore écarte des autels.
HÉCUBE
Ah ! d'un œil moins superbe écoutez une mère, Une reine à vos pieds apportant sa prière. La mort, de tous côtés, entoure et suit nos pas, Et je la viens, seigneur, éviter dans vos bras !
Je n'attendais ici que l'instant favorable D'exposer à vos yeux mon destin misérable-, Et s'il faut espérer ce charme à mes malheurs, J'ai cru de vos regrets attendrir les douleurs. Le sort peut-il plus bas jeter votre captive? N'est-ce donc pas assez du rang dont il me prive ; D'un désastre au-dessus de mes faibles efforts ? Et dois-je encor ma vie à vos cruels transports ? Mon courage est à bout.
AGAMEMNON
Trop juste récompense De l'orgueil dont votre âme a connu l'imprudence : De quel front inflexible, et riant de nos pleurs, Jadis vous insultiez à nos propres malheurs !
POL YXÈNE.
Moi l dans l'enfance encor j'ignorais vos alarmes ; Et pour mes frères morts je répandais des larmes !
HÉCUBE
Hélas ! des dieux puissants j'atteste l'équité
Contre un reproche injuste et si mal mérité.
Ils savent si jamais, aux mortels implacable,
Je fus sourde aux douleurs dont le poids les accable !
Mais si la haine enfin, sévère malgré moi,
Des rigueurs du pouvoir venge un injuste effroi,
Ne punissez que moi des torts de ma naissance,
Et de ma fdle au moins épargnez l'innocence î
Moi seule , j'ai des Grecs irrité les mépris ;
Je suis la mère enfin d'Hector et de Paris î