‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 169 sur 517 · ACTE IV, SCENE IL 4g · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL 4g

N'accablez que moi seule 5 ou, juste en votre haine, De vos malheurs accrus punissez cette Hélène Qui, sans part aux revers des partis opposés, Insulte impunément aux pleurs qu'elle a causés. Nos larmes jusqu'ici n'ont coulé que pour elle : Vous lui devez le prix de leur rançon cruelle. Seule elle en jouira.

AGAMEMNON

Ne forcez point ma voix De s'expliquer pour vous les motifs d'un tel choix. Je vois trop que du sort les rigueurs légitimes Voudraient encor de nous de plus chères victimes , Et que de leur bonheur le triomphe odieux D'un supplice trop lent semble accuser les dieux : Mais quand à nos fureurs vous désignez Hélène , Achille a demandé le sang de Polyxène.

HÉCUBE

Ma fdle! la ravir à mes embrassemens ?

La perdre ?... que je pleure à mes derniers momens Cet appui !... Quelle main fermera ma paupière? Est-il à ma douleur une perte plus chère ? Non; vous n'obtiendrez point, cruels ! qu'avec ma mort L'appui qu'on veut m'ôter.

AGAMEMNON

Résignez-vous au sort, Et voyez , dans le deuil qui fait votre tristesse , Un voile dont la nuit couvre toute la Grèce.

5o HECUBE.

C'est un malheur commun à bien d'autres que vous. Que de peuples en deuil, qui le sont par vos coups. Pleurent le sort des leurs perdus dans cette guerre , Ou le trépas d'un fils, ou la perte d'un frère ! Moi-même, de quel sang répandant des ruisseaux, Ai-je immolé ma fille aux soins de ces héros ! Ses pleurs de la pitié me défendent les charmes : C'est sa mort dans le cœur que je verrai vos larmes.

POLYXÈNE

Ma mère ! ah ! désormais tout effort serait vain : Jugez, à vos regrets, s'il doit être inhumain!

HÉCUBE

Moi ! vous perdre ?

POLYXÈNE

Il le faut. Voilà donc l'hyménée Auquel tantôt encor vous m'aviez destinée ! Que dirai-je à Priam -, et sur les sombres bords Pour Polydore aussi quels seront mes transports?

HÉCUBE

Je ne vous charge point de ce triste message, Ou moi-même à ces bords je me fais un passage.

( A Agamemnon, )

Vous voyez du malheur un modèle accompli !

Une mère implorant l'enfant qui m'est ravi !

Ne la retenez plus. Par ces pieds que j'embrasse,

Laissez-moi de ses pas vous dérober la trace.

Ces bords , ces mers , ce ciel vont m'offrir quelqu'abri j

L'enfer même à mes pleurs va céder, attendri.

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