‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 172 sur 517 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Que n'a pu pour ses jours ma douleur paternelle Ce que pour votre fils a déjà fait mon zèle !

hécube.

Mon fils? Ah ! que ce nom ranime mes regrets!

Hélas ! et désormais le verrai-je jamais ? Mais enfin je veux bien approuver l'importance Des soins que de ses jours a pris votre constance. Mon fils respire. Eh bien ! le puis-je entretenir ? De quels traits dans son cœur graver mon souvenir ? Et comment , prête encore à quitter ce rivage , L'informer des secrets qui sont son héritage ?

POLYMNESTOR

Pour laisser dans son sein ces aveux délicats, Doutez-vous de ma foi ?

HÉCUBE

Non ; je n'en doute pas-, Et veux bien confier à ce zèle sincère Tout le fruit que j'attends d'un important mystère. Seigneur, dans ce palais où nos destins cachés Au malheur qui les suit viennent d'être arrachés, Où de tant de bienfaits que votre gloire avoue, Moi-même avec justice il faut que je vous loue \ J'ai pu , contre le sort acceptant un abri , De notre éclat passé recueillir le débri , Et cacher ces trésors arrachés au pillage , Dont j'avais pour mon fils réservé l'héritage ; Noble ouvrage d'Ilus et de Laomédon , Destiné, sur ces bords, à soutenir son nom i

54 HECUBE.

Et qui doit de mon fils , dans des jours plus prospères,

Rétablir la fortune au trône de ses pères.

Hélas ! je vous devrais sa gloire et son bonheur,

Et de le protéger vous auriez eu l'honneur !...

Mais je n'ai pas encor perdu toute espérance,

Et vous me promettez de prendre sa défense ?

Eh bien ! donc ces trésors en mes mains demeurés

Par vos soins à mon fils doivent être livrés?

POLYMNESTOR

Oui, madame, et ma bouche, en cet instant suprême, Jure de les lui rendre.

HÉCUBE

A mon fils ?

POLYMNESTOR

A lui-même,

HÉCUBE

Ah ! que de tant de soins si noblement remplis Il me tarde déjà de vous donner le prix ! Venez donc.

POLYMNESTOR

En quels lieux ?

HÉCUBE

En ces lieux plus propices Recevoir de mes mains le prix de vos services. Mais, seigneur, en effet, vous ne pouvez savoir Quel danger du secret me doit faire un devoir, Et me fait des détours employer la prudence. Vous avez , je le vois , embrassé l'espérance

Page 1