ACTE V, SCENE III
Il n'en faut point douter, c'est ma mort qui s'apprête - D'un dieu persécuteur le glaive est sur ma tête. Il me faut donc mourir ! Pour quelle offense, bêlas ! Dieux qui les connaissez , quels sont mes attentats ? 0 toi, dont me poursuit la jalouse colère, Achille, méritais-je un arrêt si sévère? J'ai banni de mon cœur l'importun souvenir Du rival préféré qui dut m'appartenir.
A tes seules douleurs mon âme , hélas! ouverte, O frère trop aimé! n'a pleuré que ta perte. Hélas ! par quel chemin conduits au même sort Tous deux sur ce rivage allons -nous à la mort? De tes tristes débris, la tombe encor sanglante, Au seuil de ton palais voit ta sœur expirante. Déplorable héritier des crimes de ton roi , Malheureux Hélénus , quel partage pour toi ! Mais quelle est cette tombe à mes regards offerte , De ces voiles de deuil en ce moment couverte ? Restes chéris d'un frère à mes pleurs enlevés Est-ce vous qu'en ces lieux nos soins auraient sauvés ? Que je l'embrasse au moins !
IDA
Redoutez- en la vue.
Moi-même à ces objets, à ce spectacle émue , J'ai craint d'autres revers que je n'attendais pas.
POLYXENE.
Et que craindre près d'eux, quand je sais son trépas ?
66 HECUBE.
IDA
Un malheur inouï qu'il faut que je vous cache...
POLYXÈNE
Un malheur I... de mes jours quand j'ai fini la tâche -, Lorsque Priam, Hector, mes frères ne sont plus ? Leurs jours à mes soupirs ne seront pas rendus. Hors le trépas d'Héeube en est- il que j'ignore? Eh ! quel malheur pour moi peut être à craindre encore ?
IDA
Sous l'affreux désespoir de ce sort accablant De tout autre revers le poids est consolant-, Que sa douceur du moins ne vous soit pas ravie ! Et jouissez des pleurs que ma voix vous envie. Vos malheurs ont produit de nouveaux attentats Que sans doute à vos yeux ils ne destinaient pas. Le ciel dans ce palais conduisant la vengeance D'une mère en fureur vient de punir l'offense, Et sur un roi cruel ses décrets suspendus De ses crimes affreux punissaient Hélénus. Hécube dans la nuit égarant sa colère, Porta sur lui les coups réservés pour son père. C'est ce crime, à nos yeux que le jour vient d'offrir ; C'est lui qu'à vos regards ces lieux vont découvrir.
POLYXÈNE
Ah ! que j'écarte enfin ce voile qui le cache.
( Le corps d'Hélénus , dans les mêmes vêtemens , est entièrement de'couvert. )
Cher prince î c'est donc toi que le destin m'arrache ?