‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 194 sur 517 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Hécube, dans la nuit égarant sa colère, Porta sur moi les coups réservés pour mon père; Mais loin de moi le tort d'accuser mon trépas ! D'un supplice trop doux, va, je ne me plains pas ; Polydore est vengé. Toi , que j'offense et j'aime , Hélas ! puisse ton cœur me pardonner de même !

POLYXÈNE

Qui? moi! te pardonner, à mes pieds abattu,

Et périssant pour moi, malgré tant de vertu?

Hélénus, le moment où finit ma tendresse,

Est le seul où mon cœur peut t 'aimer sans faiblesse.

Reçois donc aujourd'hui l'aveu dissimulé

Du violent amour dont pour toi j'ai brûlé;

Mais une fois instruit , respecte le silence

Des feux dont je rougis, dont mon orgueil s'offense ;

Je te plains, je t'excuse, et je fais mon devoir;

Content de mes regrets, cède à mon désespoir.

HÉLÉNUS

Leur douceur peut calmer la douleur de ta perte ;

Elle adoucit ma mort, l'horreur que j'ai soufferte.

Le ciel n'a pas permis que ton sang adoré,

Par ce honteux hymen se soit déshonoré ,

Et joigne au sang abject de l'assassin d'un frère,

La vertueuse main qu'il faut que je révère.

Je sens en te voyant mon âme s'affaiblir,

Et puis mourir au moins sans t'avoir fait rougir.

Polyxène, adieu-, va, pardonne-moi l'offense

De mourir avant toi , sans prendre ta défense.

8o VARIANTES D'HECUBE. ACTE V, SCENE III.

POLYXÈNE

Va, je te suis de près, et j'attends mon trépas .

HÉLÉNUS

Viens donc, et que la mort ne nous sépare pas. J'expire.

POLYXÈNE

Dieux jaloux ! de notre intelligence, Quoi! déjà, je le vois, le bonheur vous offense. Et ne craignez-vous point qu'un désespoir nouveau Ne me dispute à vous, même sur son tombeau, Et que des mêmes feux dont mon âme est remplie Je ne le suive encore au-delà de la vie ? Venez ; hâtez-vous donc , et d'éteindre nos feux , Et de détruire un cœur où nous vivons tous deux. Dieux! les Grecs! . . . Attendons; c'estma mort qu'onm'annonce.

FIN

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