ACTE I, SCÈNE V
Et que sans ce conseil un amant en effet
Peut bien sans s'en douter déplaire à qui lui plaît.
Que ce n'est qu'avec lui que de la politesse,
On acquiert une fois le tact et la justesse;
Qu'il faut, en le voyant, saisir cet agrément
D'un esprit accompli véritable ornement;
Plaire au sexe , avec lui déployer ces manières
Exactes sans fadeur, grandes sans être fières ,
Et dépouiller enfin l'air, le poil hérissé ,
Enveloppe d'un ours ou d'un esprit blessé.
C'est par là qu'à nos yeux bientôt vous pourrez plaire ,
Et briller dans le rang où Ton vous considère.
DORIMONT
Et je vous soutiens , moi ! que, sans tant de façons, On peut fort bien de plaire avoir quelques raisons ! A moins de tant de frais être homme et raisonnable, Maître au logis !
Madame de RAINVILLE , riant.
Ah! ah!
DORIMONT
N'est-il pas véritable?
Dites; que vous en semble?
Madamb de RAINVILLE,
Et mais , le sens commun Me range assez pour moi de Favis de chacun.
i8 l'original,
Je nie trouve fort bien de suivre la routine, Et je suis de l'avis où le monde domine; Avec cette ressource on se conduit fort bien.
DORIMONT
Eh non ; vous dis-je! non 5 sa ressource rrest rien.
J'ai bien étudié le secret de nos âmes,
Et ce n'est point du tout ce qui convient aux femmes-.
Un mari sans façon est bien plus tôt leur fait
Qu'un galant petit-maître, insensé freluquet.
Au reste, vous savez, que je vis à ma mode;
Monsieur peut la trouver peut-être moins commode ;
Il peut rester chez lui; liberté sur ce point :
Je ne veux point gêner, je ne me gène point.
Et pour paraître en tout à ce dessein fidelle ,
À neuf heures trois quarts une affaire m'appelle-,
J'y cours; et dès l'abord certain de l'achever,
Dans votre appartement j'irai vous retrouver.
Monsieur, avec plaisir, vous fera compagnie,
Et vous savez son goût pour la cérémonie
D'HAUTEFARD.
Eh ! venez avec nous.
Madame de RAINVILLE.
Revenez promptement.
DORIMONT
Non, je n'oublîrai pas qu'Eliante m'attend*