ACTE I, SCÈNE V. l
Je n'attendais aussi que l'instant favorable
De vous prouver pour vous de quoi je suis capable.
Mais quel sujet enfin nous rend ici surpris
Et vous a fait quitter si brusquement Paris?
Madame de RAINVILLE.
L'espoir d'une union d'Eliante enviée , Cette jeune pupille à mes soins confiée ; C'est son hymen ici que je viens célébrer; L'accueil de Dorimont me le fait espérer.
D'HAUTEFARD.
Ah ! monsieur se marie ! et cette humeur sauvage , Ce soin de blâmer tout s'il n'est mis en usage , Au sentiment commun ont pu plier son choix; Lui, que l'on vit toujours si contraire à ses lois! Lui! toujours ennemi de nos travers qu'il fronde, Et qui pour les bannir s'est retiré du monde. Quelque important que soit ce bonheur inoui , Et le grand changement qui s'est pu faire en lui , Je doute , tout changé que son cœur nous paraisse, Que son humeur convienne aux vœux de sa maîtresse.
DORIMONT
La vôtre, vous croyez, serait plus de son goût! Et je lui plairais mieux, vous ressemblant en tout. Ma foi, sans me gêner, je vis à ma manière Et m'inquiète peu du malheur de déplaire. Le monde dont surtout vous aimez le fracas t Pour moi , je l'avoûrai, n'a point autant d'appas ,.
i6 l'original,
Et je ne trouve point de sujet de scandale
A fuir, en l'évitant , les travers qu'il étale.
Je n'ai point à souffrir, m'en tenant dispensé ,
Mille importunités dont je suis offensé,
De ces respects trompeurs que l'usage déploie
Et dont la fausseté Fait honte à qui l'emploie.
Je n'ai point à louer quelques attraits vieillis
Qu'on égale à Vénus parmi nos Adonis;
A suivre avec nos goûts dont le torrent s'écoule
Une mode du jour que s^arrache la foule ,
Et sans pouvoir fixer son caprice nouveau
Etre aujourd'hui sans frac et demain sans manteau.
Madame de R AIN VILLE, riant.
Ah ! ah! l'excuse est bonne et vraiment impayable !
( à d'Haute fard. ) Il ne changera point , il est inébranlable.
DORIMONT , à Madame de Rainville.
Ma foi , vous faites bien de vous moquer de lui.
D'HAUTEFARD.
Si l'on se moque , moi, je sais fort bien de qui ! Grondez, emportez-vous , c'est ma foi votre histoire: Dussiez-vous m'accuser d'avoir trop de mémoire, Et de vous dire ici ce qu'on a dit cent fois Du monde et de ses mœurs,et beaucoup mieux je crois; Je vous soutiendrai, moi, qu'une estime profonde Nous doit sans vanité plier au train du monde,