CLITON, DORIMONT
DORIMONT , à Crlspin qui s'en va.
Ah! fripon ; tu t'amuses!
CLITON
De l'incivilité je vous fais mes excuses.
Non , monsieur, à coup sûr il ne vous trompe point;
Mon désir de vous voir l'excuse sur ce point.
Excité par le bruit de votre renommée
Ce désir fut l'objet de mon âme charmée.
De grâce, en ma faveur, excusez un brutal.
Je sais que l'on vous tient pour un original,
Un homme en traits pîaisans à vous passer vous-même,
Et de qui pour cela je fais un cas extrême.
DORIMONT
De vos respects, monsieur,certes l'hommage est beau!
^6 l'original,
Et pour vous excuser le détour est nouveau.
Qui, moi ! d'original vous me traitez en face?
Oui , monsieur ! je le fais ; et crois vous faire grâce : Et plus à cet honneur vous voulez résister, Plus d'homme singulier je prétends vous traiter. Quoil ne vous voit-on pas jaloux de cet hommage, D'un sage consommé faire le personnage; Et n'admettant pour loi que l'exacte raison , A nos goûts approuvés fermer votre maison, Et vivre dans le monde en parfait solitaire, Des erreurs de son siècle exilé volontaire? Que dis-je? A cet habit grotesquement tourné, A défaut d'autre indice, on vous eût deviné. Allons, convenez-en ; par pure modestie , Vous refusez , monsieur, d'être de la partie , Quand je vous mets au rang de nos originaux , En homme revenu de nos communs défauts.
DORIMONT, à part.
Voilà sans doute un fou qui nous apprête à rire!
Et qu'il faut se garder surtout de contredire.
{Haut.) Ma foi , dans ma façon d'agir, de me vêtir ,
Si du travers public j'aime à me garantir,
Ce n'est pas, croyez-rnoi, le fruit d'aucun système ;
Ce que j'en fais,monsieur,cen'estque pour moi-même;
Et je suis le caprice et ma commodité,
Sans prétendre aux honneurs de la célébrité.