ACTE II, SCÈNE III. I
Mais bien plus propre au ton que ce rôle regarde, Vous me paraissez, vous, d'une humeur bien gaillarde ; Et si, diaprés cela, je ne juge pas mal , Vous me semblez vous-même assez original.
T rouvez-vous? quelque peu. Du moins si l'apparence
Est, de tous mes efforts, l'exacte ressemblance.
Dès mes plus jeunes ans de ce titre jaloux ,
Je fis, de l'obtenir; mes plaisirs les plus doux.
Quelle gloire ! en bravant la clameur populaire,
De s'e'lever sans crainte au-dessus du vulgaire.
L'originalité , ce titre tant blâmé ,
Du monde , qu'il diffame , ennemi diffamé,
Est en effet l'honneur de l'homme de mérite.
Affranchi de l'erreur que la mode a prescrite ,
N'ayant que la raison pour son unique frein ,
Et de ses volontés arbitre souverain ,
Il fait ce qui lui plaît, fuit tout ce qu'il condamne,
Est de la vérité le miroir et l'organe;
De sa conduite alors prêt à le censurer ,
Le critique jaloux ne peut que l'admirer:
Répandu dans le monde , ou vivant solitaire ,
De ses goûts son caprice est l'excuse ordinaire :
Et d'un habit grotesque allât-il revêtu ,
Pour le faire excuser il suffit qu'il l'ait eu.
C est bien dit! oui,vraiment; un tel discours me charme, Et sur votre début m'assure et me désarme.
28 l'original y
Monsieur le philosophe, eh bien ! pour vous servir,
A quoi d'heureux pour vous puis-je ici réussir?.
CLITON
Il me suffit , d'abord , d'obtenir l'avantage
D'écouter les leçons et les discours d'un sage:
Ensuite en ma faveur , vous voudrez vous prêter,
Sur un besoin pressant que j'ai de consulter.
Pour mieux juger du fait qu'ici je vous expose
Pensez que ce soit vous que regarde la chose ;
Et pour rendre un conseil à porter quelque fruit,
Supposez- vous ici celui dont il s'agit.
Un vieux fou , car enfin faut-il que je le nomme,
Un vieil original , au fond assez bonhomme,
Mais fort rébarbatif, se déclare amoureux;
Et se prétend lier à l'objet de ses feux.
Pour s'opposer aux vœux de son âme charmée
D'un rival moins heureux sa maîtresse est aimée,
D'un jeune philosophe, amoureux il est vrai,
Mais très-honteux de l'être, aimant contre son gré.
Sur un frivole espoir, qui, sans doute, l'égaré ,
Sa chimère sourit a notre amant bizarre;
Mais il ne saurait plaire, et s'en va tout de bon
A la philosophie attirer quelqu'affront.
Quel est en tout ceci le rôle du jeune homme ?
Cédera-t-il sa place au sage qu'on renomme;
Ou bien, me direz-vous si notre original
Pourra forcer la main à son jeune rival;
S'exposant dans des nœuds dont il voit l'importance
Au revers qui doit suivre une telle imprudence ?