‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 213 sur 517 · ACTE II, SCÈNE III. I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. I

Mais bien plus propre au ton que ce rôle regarde, Vous me paraissez, vous, d'une humeur bien gaillarde ; Et si, diaprés cela, je ne juge pas mal , Vous me semblez vous-même assez original.

T rouvez-vous? quelque peu. Du moins si l'apparence

Est, de tous mes efforts, l'exacte ressemblance.

Dès mes plus jeunes ans de ce titre jaloux ,

Je fis, de l'obtenir; mes plaisirs les plus doux.

Quelle gloire ! en bravant la clameur populaire,

De s'e'lever sans crainte au-dessus du vulgaire.

L'originalité , ce titre tant blâmé ,

Du monde , qu'il diffame , ennemi diffamé,

Est en effet l'honneur de l'homme de mérite.

Affranchi de l'erreur que la mode a prescrite ,

N'ayant que la raison pour son unique frein ,

Et de ses volontés arbitre souverain ,

Il fait ce qui lui plaît, fuit tout ce qu'il condamne,

Est de la vérité le miroir et l'organe;

De sa conduite alors prêt à le censurer ,

Le critique jaloux ne peut que l'admirer:

Répandu dans le monde , ou vivant solitaire ,

De ses goûts son caprice est l'excuse ordinaire :

Et d'un habit grotesque allât-il revêtu ,

Pour le faire excuser il suffit qu'il l'ait eu.

C est bien dit! oui,vraiment; un tel discours me charme, Et sur votre début m'assure et me désarme.

28 l'original y

Monsieur le philosophe, eh bien ! pour vous servir,

A quoi d'heureux pour vous puis-je ici réussir?.

CLITON

Il me suffit , d'abord , d'obtenir l'avantage

D'écouter les leçons et les discours d'un sage:

Ensuite en ma faveur , vous voudrez vous prêter,

Sur un besoin pressant que j'ai de consulter.

Pour mieux juger du fait qu'ici je vous expose

Pensez que ce soit vous que regarde la chose ;

Et pour rendre un conseil à porter quelque fruit,

Supposez- vous ici celui dont il s'agit.

Un vieux fou , car enfin faut-il que je le nomme,

Un vieil original , au fond assez bonhomme,

Mais fort rébarbatif, se déclare amoureux;

Et se prétend lier à l'objet de ses feux.

Pour s'opposer aux vœux de son âme charmée

D'un rival moins heureux sa maîtresse est aimée,

D'un jeune philosophe, amoureux il est vrai,

Mais très-honteux de l'être, aimant contre son gré.

Sur un frivole espoir, qui, sans doute, l'égaré ,

Sa chimère sourit a notre amant bizarre;

Mais il ne saurait plaire, et s'en va tout de bon

A la philosophie attirer quelqu'affront.

Quel est en tout ceci le rôle du jeune homme ?

Cédera-t-il sa place au sage qu'on renomme;

Ou bien, me direz-vous si notre original

Pourra forcer la main à son jeune rival;

S'exposant dans des nœuds dont il voit l'importance

Au revers qui doit suivre une telle imprudence ?

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