‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 216 sur 517 · CL1TON, FINETTE · texte numérisé non relu

CL1TON, FINETTE

CLITON

Finette ici, déjà!

FINETTE

Monsieur, eh quoi ! vous-même Arriver comme nous ? ma surprise est extrême.

îl est vrai ; sur vos pas je suis vite accouru. Eh bien, ce mariage est-il enfin conclu?

u;te il, scène v. 3r

FINETTE

Mais, bientôt.

CLITON

Ah , peut-être ! il faut voir cet oracle; Et tel que tu me vois, je viens y mettre obstacle.

FINETTE

Vous?

CLITON

Ah, vois le tourment dont je suis agité! A peine au logis , seul, me suis-je vu quitte' , Je n'ai pu sans souffrir une douleur cuisante. Supporter la rigueur du de'part d'Eliante. Aux regrets, au dépit et même au repentir, J'ai bien vu quel amour elle m'a fait sentir. C'est un feu violent dont je ne suis pas maître. Il renaît de sa cendre, il s'éteint pour renaître. De quels traits en fuyant l'amour m'a-t-il blessé ! A peine a-t-il parlé, je n'ai pas balancé; Il ne me reste plus qu'un espoir bien précaire, Et je viens rompre ici l'hymen qui m'est contraire.

FINETTE

Peste ! quelle démarche, et quel empressement ! Quels transports nous cachait ce doux tempérament! Pour un sage , un Caton, que j'ai vu si paisible, Certes , c'est nous montrer une noirceur horrible.

Comment, de votre part, s'attendre à de tels coups?

Sur ce pied-là plus tôt que ne nous parliez-vous?

On s'arrange, ou du moins on se met en de'fense.

Depuis un si long-temps de pleine connaissance,

Jamais de votre part un soupir amoureux

IN'a fait connaître encor le sujet de vos feux.

CLITON

Que veux-tu? j'en conviens. C'est mon humeur sauvage, Qui toujours en chemin m'a fait perdre courage. Et depuis tout le temps qu'elle me fait brûler, Je suis, de mon amour, encor à lui parler. Sa pre'sence m'impose, et si je m'en irrite, Aussitôt d'un regard elle me met en fuite. J'ai résolu cent fois d'en hasarder le mot: Après mon plan forme j'étais encor plus sot. Je la quitte, étonne' de mon étourderie, Lorsqu'enfin fatigué de tant de gaucherie , J'ai réduit ma tendresse à soupirer tout bas. Heureux, en me taisant, d'admirer ses appas! Qui sait même aujourd'hui si je pourrai lui plaire ? Si mon amour fera ce que je prétends faire? Si son orgueil verra , sans en être irrité , Et ma sauvagerie, et ma timidité?

FINETTE

Il faut voir. Pourquoi non? la balle en est lancée , Ne quittons point le jeu qu'on ne l'ait ramassée. De vos succès, d'ailleurs, je forme un autre espoir Qu'à votre modestie il ne convient d'avoir 5

Page 1